Citoyen Maurice
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Un petit «coup de barre» à droite

    Citoyen Louis Antoine,

Trop content d'avoir pu dialoguer avec toi à travers le temps, et malgré la barrière de la mort qui nous sépare, j'ai dû abuser un peu de ton temps et de ton énergie. Tant pis, car j'en ai été ravi. On peut penser que c'est bien toi, et non pas «Dialogus» qui m'a répondu. Si tu avais été là, tu m'aurais fait de toutes façons les mêmes réponses. Ton retour à la vie (par le biais de «Dialogus») est tout simplement génial.
 
Une question encore, si tu permets. En quoi l'athéisme peut-il être un délit? C'est bien l'une des choses que les partisans de Robespierre ont reproché à Hébert, n'est ce pas? Le citoyen Hébert était sûrement critiquable sous bien des aspects, mais il avait quand même bien le droit d'être athée, non? En outre, s'il s'attaquait à l' église catholique, je dois avouer que celle-ci le méritait largement. Toujours du côté des «nobles», des riches, des grands et des puissants. Toujours à oppresser le menu peuple, sa logique proclamée de «charité» et «d'amour du prochain» étant toujours en porte-à-faux vis-à-vis de ses agissements. Très intolérante, elle a au cours de son histoire, à plusieurs reprises, souillé de sang ses mains. Et reconnaissons unanimement que ses doctrines abusives dans «le domaine du divin» sont quasi-stupides et heurtent la raison. Ajoutons à cela que sa morale sur la sexualité est à vomir. Son aveuglement lié à l'obscurantisme, son fanatisme, et son intransigeance ont toujours considérablement freiné le progrès. Rappelons-nous de la «Sainte Inquisition», de la liquidation des Templiers, des albigeois, et de Jeanne d'Arc, ou bien de l'affaire Galilée (partisan du système planétaire de Copernic), et de Giordano Bruno, ou encore de ses bûchers de juifs, de la saint Barthélémy, de son opposition hystérique à la contraception, au droit à l'avortement, au préservatif etc. Aujourd'hui encore, en 2009, l'Église nous empoisonne la vie. Les catholiques n'évolueront-ils donc jamais? Hébert avait raison de les emmerder un peu, c'était bien mérité! Un juste retour des choses. D'autre part, tu le sais, la France est très attachée au principe de laïcité, découlant du droit à la liberté de conscience. Alors, pourquoi donc le grand Robespierre est-il allé faire le guignol en organisant malencontreusement une grande fête en l'honneur de l'être suprême? J'admets qu'il fût croyant. Mais ceci doit rester une affaire privée. Il ne fallait pas instituer ce culte. J'en déduis qu'il s'agissait là d'un petit «coup de barre» à droite que Maximilien Robespierre aurait pu nous épargner. C'est très dommage, surtout venant de la part d'un si grand homme.

Citoyen Maurice,

Tu dénonces le fanatisme séculaire de l'Église et déplores son manque de tolérance, mais je n'en ai pas beaucoup trouvé non plus dans ton message… Si tu approuves les persécutions des catholiques pour leurs croyances, en quoi seras-tu différent des fanatiques et que fais-tu donc de la liberté des cultes, affirmée par la déclaration des droits de l'homme? Qui pourrait décemment croire d'ailleurs que l'on pouvait venger l'humanité des siècles du fanatisme en faisant des mascarades vulgaires et des processions profanes?

Ne confondons point le culte civique de l'Être suprême avec une quelconque religion, et ne souffrons point que l'on nous oblige à rougir de la divinité! Un individu peut être athée ou se prétendre tel. Ce n'est point l'athéisme qui délivrera la cité de la corruption, mais la morale, mais les institutions! Robespierre n'a pas fait «le guignol»! Citoyen, cette expression est indigne de toi que je connais comme un bon républicain. Robespierre a non seulement fait réaffirmer la liberté des cultes que les agents de l'étranger osaient remettre en question, mais faisant voter les fêtes consacrées à la divinité et aux vertus civiques, il a inauguré le début de mise en œuvre des institutions douces qui seules sont capables de mettre l'union dans les familles et l'intérêt public à la place de tous les autres intérêts. Grâce à elles, l'amour du bien devient la passion de tous les citoyens. Elles seules sont capables de ramener l'homme à la nature, de faire régner la justice dans l'état civil et de faire disparaître le despotisme des factions.

N'oublie pas, citoyen, la République reste encore à fonder, et ces institutions, qui garantissent la liberté publique contre la corruption des mœurs, ainsi la liberté du peuple contre la corruption du gouvernement, lui sont plus que jamais nécessaires. Tu pourras désormais en mesurer toute l'importance.

Salut et fraternité!

Louis Antoine Saint-Just