Ton sentiment personnel
       

       
         
         

Benjamin

      Salut citoyen Louis-Antoine,

J'aurais aimé savoir comment as-tu pris (ton sentiment personnel au-delà de ta réaction publique) l'événement de la condamnation à mort de Louis Capet le 19 janvier 1793?

Amicalement,

Benjamin

 

       

 

       

Louis Antoine Saint-Just

      Bonjour Citoyen Benjamin,

Je ne voudrais pas paraître cruel ou insensible, mais, au risque de te choquer, j'avoue que, lorsque Vergniaud lisait les résultats du scrutin, mon premier sentiment était celui de soulagement, et la première idée venue dans ma tête était «Enfin, on peut rentrer!» J'avoue que j'étais très fatigué: on a commencé l'appel nominal le 16 janvier au soir, et on n'a fini que jeudi le 17 à 20 heures. Et il a fallu attendre encore trois heures pour connaître les résultats! À ton avis, après plus de 30 heures de veille pouvais-je ressentir autre chose que la fatigue, et penser à autre chose qu'au repos?

Quand j'ai entendu «la peine capitale», je n'étais ni heureux, ni malheureux, car je n'étais pas surpris. Pour moi, l'issue de ce procès était évidente dès qu'il a commencé. Même Danton le comprenait, «si on le juge, il est mort», disait-il. Déjà, je trouvais assez futile de consacrer autant de temps et d'énergie à ce problème comme s'il était unique. Alors imagine mon agacement quand le 19, ils ont encore inventé un appel nominal, cette fois-ci à propos du sursis, et c'est après 3 heures du matin que la séance était levée!

Je t'avoue qu'il y avait des moments où il me faisait pitié, Louis. Et mon coeur bondissait alors. Mais il m'était impossible de ne point ressentir une sorte de satisfaction: dorénavant, on pouvait se pencher sur la rédaction d'une nouvelle constitution et tant d'autres choses...

Salut et Fraternité.

Bien à vous,
Antoine St-Just