Daniel
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Ton rôle lors de la bataille de Fleurus

    Citoyen Saint-Just,

Tu es resté jusque-là discret, comme il sied à un digne et modeste républicain, sur ton rôle exact lors de la campagne qui vit l'armée de Sambre-et-Meuse remporter la victoire de Fleurus. Mais peux-tu en dire plus pour éclairer nos contemporains, maintenant que tu ne peux plus être suspecté d'être animé par la vanité ou l'orgueil?


Citoyen,

J’ai toujours dit qu’il n’y a que ceux qui sont dans les batailles qui les gagnent, mais je conviens que les représentants du peuple ont aussi œuvré de leur mieux pour approcher le jour de la victoire de Fleurus.

Cette campagne a été éprouvante. Des forces considérables étaient regroupées sur la Sambre: trois armées, plus de cent mille hommes –et quels manquements constants en munitions, subsistances, chevaux… et quel désordre dans le commandement, quelle disette terrible de généraux talentueux! On a dû réorganiser entièrement cette force pour en faire le fer de lance de notre offensive. J’ai pressenti Jourdan pour le commandant en chef et je ne me suis pas trompé; mais en attendant, mes collègues et moi, avons dû prendre en main la direction des opérations militaires, mais malgré nos efforts, plusieurs contre-attaques entreprises se sont soldées par des échecs.

Je suis reparti le neuf prairial pour Paris pour me concerter avec le comité. À mon retour, Jourdan était déjà en place. Dès lors, on s'est mis à préparer le siège de Charleroi; la place s'est rendue le sept messidor et j’ai la faiblesse de croire que ma ferme réponse au gouverneur venu négocier, y était pour quelque chose. Mais les Autrichiens arrivaient et une bataille était inévitable.

Le combat a été terriblement rude, mais l’intrépidité et l’ardeur des Français l’ont emporté. Je peux en témoigner: j’y étais avec mes collègues. Commencée avant l’aube, elle a duré toute la journée; le front était trop étendu. Nous avions déjà commencé la retraite, lorsqu’un courrier est venu annoncer la victoire du général Lefevre; nous avons repris alors l’attaque et avons repoussé l’ennemi, la cavalerie aidant. Les Autrichiens ont fui en désordre devant nos forces, c’était une belle victoire! Le soir même, je suis reparti pour Paris.

Voilà, citoyen, j’espère que tu ne me tiendras pas rigueur du retard pris à rédiger ce compte-rendu.

Vive la République!

Louis Antoine Saint-Just