Claire
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Si vous reveniez

   

Nombre de politiciens actuels (je ne me rappelle plus lesquels, il y en a tant...) aimeraient que vous reveniez remettre un peu d'ordre ici. C'est impossible de ressusciter les morts, on le sait tous ici-bas. Mais supposons que ce soit possible, dans cette hypothèse que feriez-vous en premier?
 
Bien à vous,

Claire


Citoyenne Claire,
 
Un architecte vous dira: si un édifice n’est point stable, il faut en examiner les fondements; appliquez cette règle à la cité et vous aurez parfaitement raison. Pour remettre de l’ordre, il faut nommer la source du désordre. Or, il n’y a guère d’énigme: les véritables principes d’une société harmonieuse et régie par des lois justes sont déjà énoncés dans la Déclaration des Droits de l’Homme et la seule cause des malheurs de l’humanité est l’oubli ou le mépris des ces droits. Pour ma part, la première chose à faire serait donc d’examiner attentivement les lois qui administrent la République, et avant tout sa Constitution, pour s’assurer de sa conformité aux principes de la liberté et de la souveraineté populaire et des droits naturels de l’humanité.
 
Vive la République, Citoyenne!
 
Votre dévoué concitoyen,
 
Saint-Just


Je commençais à me demander si vous aviez lu ou reçu ma lettre. Comment allez-vous depuis ma dernière lettre? Dans mon cas, je me porte fort bien, j'espère que vous aussi.

Mais pour en revenir à votre réponse, je pense que vous devriez mettre la main d'une façon ou d'une autre sur notre Constitution pour la comparer à celle que vous avez rédigée il y a bien des années.

Mais que pensez-vous de la montée du nationalisme en France et ailleurs en Europe? Personnellement cela m'inquiète assez... Je trouve que cela est très éloigné des valeurs pour lesquelles vous vous êtes battu toutes ces années durant lesquelles vous étiez parmi nous.

Je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année!

Bien à vous,

Claire


Merci, chère Citoyenne, de vous enquérir de mes nouvelles. Je vais aussi bien que je le puis, malgré la charge de travail qui est la mienne.

Jamais nous n’avons pensé, Citoyenne, à assujettir les générations futures à notre vision des choses. Aussi, ce n’est guère avec la constitution que nous avons écrite, qu’il convient de comparer la vôtre, mais avec la Constitution universelle, immuable et irréfragable, donnée par la nature, qui est la Déclaration des droits de l’homme. Elle seule doit guider le législateur dans sa tâche.

Je ne sais que penser de ce que vous appelez le nationalisme. Je ne peux que redire ce que j’avais dit déjà: on peut vouloir du bien à tous les peuples de la terre mais on ne peut en faire qu’à son pays.

Je vous remercie pour vos vœux, mais sachez que nous avons abandonné le calendrier ancien et nous fêtons désormais la nouvelle année républicaine au 1er vendémiaire, soit aux environs du 22 septembre.

Salut et fraternité, Citoyenne!

Saint-Just