Serge
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Saint-Just et l'irrémédiable 

   

Je te salue citoyen.

Enfant, tu étais pour moi l'incarnation du «salaud» objectif: un être qui n'hésitait pas à sacrifier les gens pour ses idées, sans affect. Terrifiant. C'est à l'école, en cours moyen, que j'ai entendu parler de toi pour la première fois, à travers l'opéra rock «la Révolution française». En passant tu as dû te réjouir de voir que ton éternel ami, Maximilien, était incarné par Bashung, témoignage qu'il existe une vie de l'esprit à travers les siècles! Puis j'ai lu «Le retour du tragique» de J.-M. Domenach. Un chapitre t'y est dédié (cf. le titre du sujet) et m'a appris qui tu étais: quel personnage! Héros tragique, sans tomber dans le piège romantique. Depuis ton style et ton esprit demeurent en moi. Comme tu vois j'ai fait du chemin! Ta radicalité est telle que je lui trouve une dimension humoristique, un humour salvateur (je pense notamment à ta réponse aux émissaires autrichiens). Mais connais-tu le livre de Domenach? Et la pièce de J.-C. Brisville, intitulée «Saint-Just»? Les juges-tu fidèles, dans l'esprit, à ce que tu es? J'ai également vu le «Danton» d'Andrzej Wadja, qui m'a autant amusé qu'intéressé... Si tu l'a vu je suppose qu'il en aura été de même pour toi aussi. Je suis plutôt curieux de connaître ton avis sur toutes les œuvres que j'ai citées. As-tu d'autres références à me conseiller?

Respectueusement

Serge


Citoyen,

Je m'étonne de devoir t'expliquer expressément que je ne suis pas en état de connaître lesdits auteurs, pour la bonne raison qu'ils ne me sont point contemporains. Tu m'excuseras donc de n'avoir rien à ajouter.

Salut et fraternité!

L. A. Saint-Just

Bonjour citoyen!

Merci de m'avoir répondu. Même si ta réponse était un peu sèche, j'apprécie néanmoins.

Je me suis permis de tenter d'échanger sur ces références car tu t'es fendu par ailleurs d'un long commentaire sur le livre d'A. Ollivier, qui ne me semble pas non plus être un de tes contemporains... J'ai ce livre, que j'ai par ailleurs parcouru, et j'ai beaucoup apprécié ton commentaire, très instructif. Je souhaitais en quelque sorte poursuivre dans cette optique, à travers d'autres œuvres, convaincu que la vérité d'un homme n'appartient pas à une époque et se révèle à travers la littérature, décidément souveraine en la matière, tous supports considérés. Ma démarche me semblait être d'autant plus fondée que je m'adressais à l'homme qui a dit: «je défie qu'on m'arrache cette vie que je me donne dans les siècles et dans les cieux». Ai-je donc naïvement cru que les lois temporelles ne pesaient plus?

Je te prie d'accepter mes excuses si je t'ai importuné.

Salut et fraternité!

Citoyen,

C'est vrai que je me suis prononcé sur un livre traitant de moi, mais j'avais été obligé, pour ce faire, de me renseigner auprès de ceux qui œuvrent au sein de Dialogus. J'ai depuis pris la décision de ne plus avoir recours à ce procédé car inévitablement, cela me rend dépendant des opinions des autres (et il serait d'ailleurs bien mal seyant de ma part de les importuner incessamment). Ne pouvant juger des choses par ma propre raison, je préfère m'abstenir de tout jugement.

Ne prends donc pas mal mon refus de parler des ouvrages de ton temps qui sont bien davantage attrayants pour toi que pour moi, et tâche de comprendre ce choix.

Salut et fraternité!

L. A. Saint-Just



Bonjour Citoyen,

Merci pour cette précision qui, au-delà du sujet traité, témoigne d'une bienveillance à laquelle je suis sensible. C'est un fait: tu ne t'appartiens plus, et c'est le prix à payer pour que tu vives à travers les générations.

Tu peux être fier de ce que tu as pu inspirer, notamment à des hommes comme J.-M. Domenach et J.-C. Brisville, qui perpétuent à travers la culture cet esprit que tu as incarné. Je tenais à te le signaler, même si c'est éloigné de tes préoccupations, car je pense que c'est une source de joie de découvrir que l'on a des compagnons de route -et de quelle qualité!- à travers les âges.

Pour finir, permets-moi de te livrer cette petite anecdote: dans un petit livre d'histoire, consacré à celui qui est très vraisemblablement à ce jour le plus grand homme de l'Histoire de France -parce que son sauveur, le général De Gaulle (si! c'est son vrai nom!), l'auteur (M. Agulhon) relate son parcours d'historien, et se décrit comme longtemps hostile au général, avouant qu'il lui avait fallu du temps, beaucoup de temps, avant de pouvoir l'appréhender objectivement. Le déclic est venu lorsqu'il a visité la demeure du général. Il s'attendait à voir un intérieur bourgeois avec de multiples références culturelles réactionnaires, mais fut très surpris de constater qu'il n'en était rien. Meux encore, la seule référence historique majeure était un grand tableau à la gloire des soldats de l'An II, signe éclatant d'une communauté de destins dont on ne saurait être plus fier!

Là où tu es, je te souhaite la joie et la paix.

Salut et Fraternité!

Serge Hodey