Robespierre
       

       
         
         

Hélène Roudenko

      Cher citoyen!

Je vous serai reconnaissante de votre réponse. S'il vous plaît racontez-moi votre première rencontre personnelle avec Robespierre.

Merci à l'avance.

Cordialement à vous,

Helene Roudenko,

La Russie

 

       

 

       

Louis Antoine Saint-Just

      Chère Citoyenne,

Notre première rencontre avec Maximilien ne s'est pas passée aussi bien que l'on pourrait l'imaginer.

C'était un mercredi, juste avant l'ouverture de la Convention. Vous savez, sans doute, que Maximilien est d'un abord très difficile; réservé et parfois méfiant, il recevait peu à ce moment. Néanmoins, il m'a notifié une entrevue. Au début son accueil n'était guère chaleureux; vous allez rire, mais il ne m'a même pas proposé de siège (sans parler d'une tasse de café...)

Aujourd'hui je peux m'attarder sur ces détails. Mais à l'époque, je ne les remarquai point, j'étais au septième ciel du bonheur de pouvoir enfin rencontrer celui qui m'a guidé de loin, que je ne connaissais auparavant que, comme Dieu, par des merveilles, comme je lui en avais écrit en août 1790. Ce jour-là, Dieu est descendu sur la Terre...

D'ailleurs, Maximilien s'est vite adouci après s'être souvenu de cette lettre. Une conversation s'est alors nouée, passant de mon essai sur l'esprit de la Révolution aux inquiétudes de Maximilien quant au déroulement de la prochaine session de l'Assemblée, à l'hostilité grandissante de la Gironde à l'égard des patriotes de Paris, à leurs calomnies de «triumvirat». Il faut avouer que j'étais encore novice dans les intrigues politiques, et Maximilien, avec sa perspicacité habituelle, l'a bien perçu. Alors il m'a promis de m'aider et de me guider aussi bien de près, que jadis de loin, dans mes débuts sur la scène parisienne.

Sa dernière phrase, qu'il prononça en me serrant la main, a scellé à jamais mon destin: il se dit être mon ami!

Salut et Fraternité,

Louis Antoine Saint-Just