Aude Beauvallet
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Révélation! Joie! Interrogation.

   

2 Messidor An CCXII,

Citoyen représentant,

À peu que les bras m'en soient tombés à te voir revenu d'entre les morts où je t'imaginais devisant avec tes illustres devanciers lacédémoniens et romains. A dire le vrai, j'avais toujours accueilli avec désenchantement le spectacle des charrettes de Thermidor et avec mépris la joie atroce des affairistes qui t'y avaient expédié.

Tu me vois donc ravi de ta résurrection.

Je ne puis toutefois pas te dissimuler que les temps ont changé et que l'idéal républicain est aujourd'hui prisonnier des épigones de Barnave, des séides de Mirabeau et des imitateurs de Lameth.

Que comptes-tu faire et comment procéder?

Je mets à ta disposition le peu que je puis avoir de talent et la certitude d'une motivation sans faille.

Salut et fraternité.


Citoyenne,

Il est triste d'entendre les révélations aussi peu consolantes sur la décadence politique future qui attend la cité républicaine, mais je crains qu'il me soit impossible de la prévenir... Je suis monté à la tribune de Dialogus afin de répondre aux questions que les hommes peuvent se poser sur le passé et de répandre ainsi la lumière sur les événements de la Révolution si souvent calomniés et travestis, mais je n'ai nulle possibilité, de ma retraite, de modifier le futur (qui est pour vous le présent). Vous seul(e)s, la postérité, pouvez remédier aux maux et vices du corps politique actuel, et redonner à l'idéal républicain tout l'éclat glorieux et pur de ses premiers jours.

Salut et fraternité, Citoyenne,

Louis-Antoine Saint-Just