Louis Sami
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Qui êtes-vous?

   

Monsieur,

Permettez-moi de me présenter: je suis l'actuel duc de Bourgogne. Je sais que c'est la première fois que je vous écris, mais j'aurais quelques questions à vous poser. D'abord, qui êtes-vous? Quel est votre titre de noblesse? Racontez-moi la mode à votre époque.

Mes respects,

L.Sami, duc de Bourgogne



Monsieur,

Je n’ai point coutume ni envie de converser avec les aristocrates et autres ducs, surtout lorsque ce sont en toute apparence des faux. Nul besoin d’être noble pour savoir que ce titre futile ne sert d’apanage qu’aux princes de la famille royale. Si vous en faites partie, je n’ai pas grand-chose à vous dire. Si vous vous prénommez ainsi par vanité stupide et ridicule qui ne trompe personne, je vous plains.

Vive la République!

Saint-Just


Monsieur,

Que voulez-vous dire par «un prétendu duc»? Monsieur, sachez que vous m'insultez en me détitrant! Vous insultez toute ma famille et la famille royale aussi, en transformant avec vos paroles un duc en un prétendu duc. Si je vous demande d'arrêter ces bêtises, c'est pour vous, pour ne pas finir guillotiné comme feu Sa Majesté! Que serait le résultat de brûler toutes les maisons des nobles?

À mon tour, Monsieur, de vous dire que vous ne manquez pas d'audace pour me parler ainsi. Je ne suis plus au XVIIIe siècle votre époque. Je vis au XXIe siècle; donc, je ne trouverai point votre exemplaire de discours. Je m'en renseignerai. En quelle année m'écrivez-vous? Et où êtes-vous?

Vive la France!

L. Sami, duc de Bourgogne


Allons, Monsieur, il n’entre point dans mes vues d’entretenir cette polémique avec vous! Discuter de la république avec un prétendu duc, c’est risible, voyons!

En outre, vous ne manquez pas d’audace de m'inviter à vous réciter en aparté mon discours sur le procès du roi! Si vous désirez tant en connaître le fond, veuillez demander un exemplaire de ce discours imprimé par ordre de la Convention, à l'Imprimerie Nationale, rue des Deux-Portes à Paris.

Salutations,

Saint-Just


Monsieur,

Si vous saviez combien vous pouvez être têtu des fois! Je vous ai dit que j'étais pour la République. Que vous le pensiez ou non, les princes, les ducs, les comtes, ont leur droit d'être républicains. Vous dites de moi que je «prétends être quelqu'un d'autre et m'affuble de titres de noblesse ridicules». Je vous prierais donc d'oublier mon identité de duc! Vous ne me croirez jamais: aujourd'hui (en 2011), il n'y a plus de rois mais uniquement des présidents (à l'exception de l'Angleterre, du Portugal, de l'Espagne) qui parlent au nom de leur peuple; cependant, il y a toujours des nobles. Je tenais à vous dire autre chose: je vis au XXe siècle et je sais votre futur. Si vous continuez ainsi à mépriser le roi et sa famille, vous serez guillotiné!

Vous allez sûrement me répondre que vous ne craignez point la mort, si cela réjouit le peuple, comme l'avait dit l'innocent Louis XVI qui ne cherchait que le bien du peuple français! Eh bien, monsieur, sachez qu'avec ces simples paroles, vous n'irez point très loin dans la république!

P.-S.: je n'ai point trouvé le texte de votre discours sur le procès du roi. Prière de bien vouloir me le réécrire banalement, afin de savoir ce qui vous dérange enfin! Réjouissez-vous, Louis l'innocent sera guillotiné le vingt-et-un janvier 1793.br>
Vive la France!

Louis Sami de Bourbon, duc de Bourgogne


Monsieur,

On n’est pas «avec» la République; on est républicain ou on ne l’est pas. Il n’y a pas de princes ni ducs dans la République, il n’y a que des citoyens. Qui veut prétendre être quelque chose d’autre et s’affuble de titres de noblesse ridicules, n’a pas de place dans la Cité.

Quant à mes raisons de condamner Louis Capet, je les ai annoncées publiquement pendant le vote à la Convention; veuillez donc vous rapporter aux comptes-rendus des séances et aussi à mon discours sur le procès du roi, imprimé par ordre de l’Assemblée.

Vive la République!

Saint-Just


Monsieur de Saint-Just,

Sachez que tout prince d'une famille royale peut être avec la République; c'est mon cas. Vous me parlez d'une façon méchante; je cherchais juste à savoir qui vous êtes. Je peux aussi vous assurer que je suis bel et bien duc contre la royauté, même si je suis membre de la famille royale. Votre attitude, monsieur, est décevante, pour ne pas dire inacceptable! Être avec la République ne veut pas dire être sanglant et méchant. De toutes façons, nous sommes tous des descendants d'Adam et d'Ève. Vous disiez «Vive la république» et moi je dis: Vive l'égalité! Je suppose que vous êtes pour la décapitation de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Je vous prierais (avec plus de gentillesse cette fois) de bien vouloir me dire quelle est votre raison d'être contre eux et de même contre nous!

Je vous salue, Monsieur.

Vive la République!
Vive l'égalité!