Maurice
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Pardonne-moi citoyen, je m'étais trompé

    Citoyen (et ami) Saint-Just,

J'ose espérer que tu me considères comme un ami. Je pense le mériter amplement, même si je ne puis hélas égaler en valeur le grand Robespierre que tu sembles idolâtrer fidèlement. Je te comprends: Maximilien était tout à fait «super».

Moi, je ne suis qu'un modeste petit Français minable qui n'a pas très bien réussi sa vie, mais par rapport à d'autres, je ne suis pas trop à plaindre. Tout cela ne m'empêche pas pour autant de t'admirer de toute mon âme, et de partager tes idées: justice, Liberté, Égalité, Fraternité, Droits de l'homme, etc.

Sans vouloir «fayoter», je tiens à te dire que c'est toi mon petit «chouchou» entre tous, parmi les magnifiques héros de la Révolution Française. Pourquoi?

C'est peut être parce que tu es le plus jeune des hommes politiques de ton époque, et que malgré cela tu es l'un des plus fervents, l'un des plus dévoués à la cause de la République... C'est sûrement parce que tu es certainement le plus méritant!

Mais l'amitié et l'admiration n'excluent pas la critique. Je persiste et je signe: «Je suis hostile à la peine de mort». Je te l'ai expliqué dans mon précédent courrier. N'y revenons pas. Tes idées: «Oui» - Tes méthodes: «Pas vraiment».

Je t'écris aujourd'hui pour te demander pardon. Lorsque je t'ai accusé d'avoir volé ta maman quand tu étais jeune, et que pour cette raison elle a décidé de te faire mettre en maison de correction, eh bien je me suis trompé.

Tu es allé en maison de correction, certes, mais pas du tout à cause d'un vol. C'était seulement à la suite d'une fugue. Ta maman n'a pas supporté cette fugue et elle a sévi.

Voilà, je te rends justice. J'aurais dû me rappeler que tu es trop droit pour voler. Une fugue c'est moins grave qu'un vol.

Au moment où je t'écrivais «l'erreur en question», dans mon esprit est survenue une confusion, et je t'ai confondu avec un autre. Tu as dû être très en colère. Pardonne-moi, mon ami.

Aujourd'hui, en France, nous sommes sous un régime de République parlementaire, en principe laïc (mais pas toujours). Nous sommes réputés comme étant l'un des pays les plus démocratiques du monde, cela grâce à des gens comme toi qui ont tant lutté pour la Liberté.

Les Français sont auréolés du prestige d'une tradition démocratique et révolutionnaire, laquelle est le résultat des luttes de nos aînés.

Tout devrait donc marcher comme sur des roulettes... Eh bien non! Nos hommes politiques sont corrompus jusqu'à la moëlle des os. Au lieu de veiller à assurer le bien commun, ils volent dans les caisses de l'état. Leurs lois et décrets n'ont qu'un but: «Nous en donner le moins possible»

Une minorité de nantis affiche une richesse scandaleuse alors que beaucoup de gens du peuple (de plus en plus nombreux) n'ont rien à manger. Certains crèvent de froid parce qu'ils dorment dehors dans les rues, sans domicile.

La Révolution ne serait-elle pas à refaire?

Je souhaite ton avis.

Amicalement.

Maurice


Citoyen,
 
Je te remercie pour ton estime, mais les nouvelles du futur que tu m'apportes m'attristent. Depuis longtemps j'avais prévenu que le seul ennemi dangereux du peuple était son gouvernement. À ce mal, un seul remède: diviser l'exécutif autant que faire se peut et le soumettre étroitement à la surveillance du peuple et de ses représentants, autrement il installera sans tarder une tyrannie pire que celle de la royauté. Si le peuple est asservi, une révolution est certainement à refaire, mais je crois que tu n'as pas véritablement besoin de ma réponse, car en examinant la situation, tu en apportes déjà une toute prête.

En outre, j'accepte tes excuses, mais j'avoue ne pas te comprendre à nouveau… De quelle «fugue» me parles-tu? Je ne suis pas musicien pour en faire! Faut-il remonter à la source latine fuga, donc fuite? Toujours est-il que je n'ai jamais fui; ce mot convient aux adolescents défiant l'autorité des pères, mais ne peut certes s'appliquer à moi. Enfin passons, je ne t'en tiens pas rigueur.

Salut et fraternité, citoyen!
 
Louis Antoine Saint-Just