Maurice
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Ne te méprends pas sur mes sentiments

   

Citoyen et ami,

Quand je t'écrivais: «Je suis le citoyen Maurice, qui t'admire et qui t'aime», j'espère fermement que tu as compris le message dans le bon sens. Il n'y a aucune connotation homosexuelle la dessous. L'homosexualité me dégoûte au plus profond de moi-même. Tu m'as répondu: «J'ai juré que ce serait la Révolution mon unique et éternel amour!» Cette réponse m'a un peu choqué. Alors, s'il le fallait, je tiens à te préciser que je t'aime au sens amical du terme, sans dérive perverse d'aucune sorte. Ce n'est pas parce que je dis que tu es «mon petit chouchou» parmi tous les héros de la Révolution française qu'il faut pour autant comprendre les choses de travers!

J'ai un sens très haut de l'amitié. Je ne tolère pas qu'on vienne sournoisement galvauder ce sentiment en y mêlant le sexe.

Certains esprits médiocres vous ont accusés, le grand Robespierre et toi même, d'avoir été amants. Deux tapettes, en somme... Ces gens là ont cherché à vous salir, de toute évidence. Et puis, ils font la triste démonstration qu'ils ignorent ce que c'est que l'amitié. S'ils savaient ce que c'est, ils n'oseraient pas commettre ce sacrilège. Saletés de gens! Ni Robespierre, ni toi, ni moi ne sommes des homosexuels. Que les calomniateurs s'étouffent eux-mêmes avec leurs propres calomnies.

Maintenant, je vais te poser une question: que penses-tu des monarchies constitutionnelles modernes qui prétendent, avec orgueil, être autant démocratiques, sinon plus, que notre pauvre malheureuse et infortunée République française du XXIe siècle? Il est vrai qu'en 2008, notre scélérat de président Sarkozy est pire qu'un roi! ( Lui et toute sa bande de voleurs)

Pour ma part, je hais les monarchies, même démocratiques, pour la seule raison que ce sont des monarchies. C'est intolérable pour moi!

Salut et fraternité.

Ma femme et mes deux fils se joignent à moi.

Maurice, ton ami de toujours.


Citoyen,
 
Me voilà rassuré sur ta moralité et la nature exacte des sentiments que tu me portes! Ce malentendu étant levé, on passe à ta question.

Le pouvoir monarchique est pervers par sa nature, car la raison ne peut s'accommoder de la puissance (héréditaire!) sans bornes de celui qui se croit au-dessus de tous, souverain à la place de la nation. Aucune constitution ne peut rien y changer, et rien ne peut légitimer l'usurpation de la souveraineté du peuple. Si le roi règne, son pouvoir est par définition tyrannique, et tout homme a sur lui, par la loi de la nature, le même droit que Brutus avait sur César. Si le roi ne règne point, que vient-il faire donc à la cité où il est un étranger? Il n'est pour la nation qu'un fardeau inutile et honteux, symbole infâme des temps d'esclavage, haï et méprisé par les patriotes qui suivraient ton exemple. Le roi doit régner ou mourir, je l'ai déjà dit: pour moi, il n'y a pas de milieu.

Je te prie d'accepter, Citoyen, mes amicales salutations.

Vive la République!
 
Louis Antoine Saint-Just