Merci, Citoyen Saint-Just!
       

       
         
         

Vanesa Montacuto Chaminaud

      De tout mon respect: je vous remercie de vos soucis d'essayer de remplir ma curiosité, Citoyen Saint-Just... Eh oui, il est vrai. Je me souviens de vous avoir connu au Forum de Philippe Royet. J'y ai connu bien de gens agréables, mais je ne peux pas m'empêcher de dire que vous êtes le plus agréable de tous. Pour moi c'est un honneur de pouvoir vous écrire. Philippe a été un peu dur envers vous, mais je sais apprécier vos collaborations dans le forum. Vos renseignements à propos du général Hanriot m'ont été bien utiles et je vous en remercie.

Maintenant je suis en train de chercher quelques renseignements sur le Citoyen Amar. Je sais qu'il a été membre du Comité de Sûreté Générale et qu'il a écrit l'accusation des Girondins tombés le 31 mai 1793, qu'il a été l'ennemi de Danton et qu'il a été l'ennemi de Robespierre et même votre ennemi. Vous connaissez bien ce citoyen?

Amicalement,

Vanesa Montacuto Chaminaud

 

        

 

        

Louis Antoine Saint-Just


 
Chère Vanesa,

Je m'empresse de vous écrire, pour me faire pardonner de ce long silence. Assurément, je me souviens de vous, aussi peu que fut le temps de ma présence au Forum de Royet, car je n'ai point de loisir à m'y amuser. Je vous remercie de vos compliments, quoique je crois avoir été au moins aussi dur que ledit citoyen. Et il en va de soi, évidemment, que je n'oublie jamais mes correspondants de Dialogus. 

Alors, chère citoyenne, vous vous enquérez sur Amar. Heureusement qu'il ne soit pas au courant de cette attention, il n'apprécie guère être l'objet des renseignements. Heureusement aussi qu'au jour d'aujourd'hui il soit hors d'état de nuire, j'ai même ouï dire qu'il est en train de sombrer dans je ne sais quelles niaiseries des illuminés.

Ce citoyen Amar, non seulement je le connais, mais malheureusement j'avais à le côtoyer dans mon travail. Avec sa mise assez soignée, mais d'un visage quelconque et d'un zèle épuratoire démesuré, il est borné et rigide comme un marteau; tout chose qui dépasse les limites de sa vision, aura sa haine. Il faut voir les individus atroces qui lui tiennent compagnie! Voilà un personnage qui ne m'inspire point de sympathie.

Cette hostilité était d'ailleurs réciproque. Depuis que Maximilien a critiqué et a fait envoyer à la révision son piètre rapport sur l'affaire de la Compagnie des Indes, Amar, blessé dans son orgueil, lui vouait une haine sans merci. Moi aussi, je fus également sur sa «liste», puisque je suis l'ami de Maximilien et puisque le Comité de salut public a créé le bureau de la police générale sur mon rapport. D'après Amar, ce serait porter atteinte aux attributions du Comité de sûreté générale, qu'il considère visiblement comme son fief. Et le culte de l'Être Suprême fut la dernière goutte, car ce citoyen est terriblement émancipé et la simple évocation de la divinité le fait sortir de ses gonds.

Je le tiens, avec Vadier, pour largement responsable de cette campagne des attaques outrageusement haineuses dirigée aux comités contre Maximilien, et je ne le lui pardonne pas. Je sais qu'il finira par la regretter, car il y a un fond de patriotisme en lui. Seulement, il sera trop tard.

Avec mes salutations les meilleures, chère citoyenne,

Louis-Antoine Saint-Just