Jean-Daniel
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Marie-Antoinette

    Monsieur,

Je vous l'avoue , nous serions ennemis par les armes si nous nous croisions car je suis un partisan du roi. Cela n'empeche pas deux ennemis d'avoir un profond respect mutuel. Ainsi, je vous écris, non pas comme un royaliste à un révolutionnaire mais comme un homme qui s'adresse à un autre homme.

Je souhaiterais, loin des considérations et des urgences conjoncturelles, que vous répondiez sur le fond et la forme à propos de la manière dont la Révolution s'est débarrassée de la reine de France. Les accusations d'inceste qui ont été portées contre elle par l'accusateur Fouquier-Tinville, quelle boue! Que vous vouliez marquer les esprits de votre époque en décapitant le roi, passe... Mais la reine, monsieur Saint-Just!


Monsieur,

La Révolution ne s'est pas «débarrassée» de l'ex-reine, et il n'était point question de «marquer les esprits»; mais le peuple français a justement châtié celle qui était son ennemie jurée.

En outre, quel propos attendez-vous de moi? Le tribunal est indépendant d'une volonté extérieure, et il n'entre point dans mes vues d'en blâmer la marche. Il est à regretter que l'accusateur n'ait pas cru devoir se dissocier d'un libelliste dans ses paroles, mais les mœurs de la République ne peuvent que gagner de cet acte de justice. Nonobstant, Marie-Antoinette a été condamnée, d'une part, pour avoir secondé, voire inspiré, son mari dans des projets liberticides, et d'autre part, pour le crime de haute trahison, pour avoir eu des intelligences avec les puissances étrangères en guerre avec la République tendant à leur faciliter la victoire. Ceci est suffisant pour établir quels ont été les véritables griefs portés contre elle et lever toute ambiguïté sur son procès.

Vive la République!
Louis Antoine Saint-Just