Junon
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

L'Organt

    Bonsoir!

Voilà, ma question vise à mieux comprendre l'organt, votre oeuvre. Je dois faire un exposé sur ce sujet, mais j'aimerais vraiment saisir l'idée importante qui en ressort. Donc, j'ai l'audace de demander votre honorable aide! Quelle que soit la réponse, je demeure votre plus fidèle servante!

Mes profondes salutations, mon Prince.


Bonsoir, chère Citoyenne,

C’est déjà grandement flatter une si petite œuvre que cet «Organt» que de penser que des idées importantes puissent en ressortir, et vous m’en voyez de nouveau sincèrement honoré! D’après mon dessein d’auteur, ce poème doit servir de tableau à l’analogie générale des mœurs avec la folie, et je crois que c’est précisément cette idée qui doit en découler si je l’ai bien réussi. Malgré un sujet extravagant, je voulais surtout crier la déception et l’écoeurement profonds que m’inspirait le milieu artificiel et dénaturé qui m’entourait. Les moeurs pures y étaient moquées, les sentiments humains pervertis, les valeurs inversées, le bien n’y était qu’une belle chimère, et la folie -surtout la folie des puissances- mise sur le trône.

Mais si, après la lecture, cette conclusion ne vous paraît pas évidente, n’en soyez pas trop déçue, car malgré le désir vaniteux qu’aurait tout auteur à voir son œuvre grande et célèbre, je me rends bien compte que ce ne fut jamais qu’un petit amusement littéraire, bien tourné quand même vu l’âge du poète! Je l’ai écrit parce qu’il me fallait exorciser mon âme de tous les sentiments qui me submergeaient alors, mais en fustigeant ce monde injuste, j’y ai peut-être égratigné quelques personnes qui mériteraient de ma part plus d’amour et de révérence que ne pouvait contenir alors mon cœur.

En espérant vous avoir aidée comme vous l’avez souhaité, je demeure, chère Citoyenne, votre humble et dévoué concitoyen,


L. A. Saint-Just