Gaëlle
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Loi des suspects

    Cher citoyen,

Tout d'abord, je souhaite vous dire que je vous admire beaucoup, et c'est un honneur pour moi de pouvoir vous parler. Comme j'aurais aimé vous connaître!

J'en viens à ma question: je crois avoir appris cette année au lycée que c'est vous qui avez écrit la Loi des Suspects. Malgré tout le respect que je vous dois et malgré mon admiration, ne pensez-vous pas, avec le recul, que cette loi est peut-être trop cruelle? (ou peut-être est-ce moi qui ne connais pas bien cette loi... dans ce cas là, vous m'en voyez navrée) Je vous remercie d'avance pour votre réponse,

Avec toute mon estime,

Citoyenne Gaëlle.



Chère Citoyenne,

Je vous remercie de votre estime dont vous voulez bien m'honorer.

Je m'empresse de dissiper une erreur: ce n'est certainement pas moi l'auteur du texte de la loi des suspects. Si ma mémoire est bonne, c'est Merlin de Douai qui en était le rapporteur, mais il n'a fait que présenter au nom du comité de législation les principes mis en bonne et due forme du décret que l'Assemblée avait adopté quelques jours auparavant sous l’mpulsion des sections dont la demande légitime était de mettre à l'abri la vie et la liberté des patriotes.

À mon sens, Citoyenne, le mot «cruel» ne convient point, ou plutôt il est employé à mauvais escient. Les ennemis de la République qui conspirent incessamment pour sa perte, sont cruels. La République ne l'est point: face aux menaces et dangers, elle se bat pour sa survie. Dans les circonstances extraordinaires où elle se trouve, elle a le droit d'arrêter les citoyens suspects d’intelligence avec les ennemis: ils ne perdraient leur liberté pour un temps que pour la conserver pour toujours, s'ils étaient innocents.

Mes hommages,

Louis-Antoine Saint-Just



Cher Citoyen,

Je vous remercie de m'avoir répondu, et voudrais m'excuser, car je n'étais pas du tout au courant de cette Loi. Lorsque nous en avons parlé en classe, elle ne m'avait pas semblé très juste, car on nous avait dit que tous les Citoyens pouvaient être arrêtés, parfois même sans procès.

Je m'excuse encore et espère ne pas vous avoir froissé.

Avec toute ma reconnaissance,

Citoyenne Gaëlle.


Chère citoyenne,

Étant donné votre jeune âge, on ne peut point vous tenir rigueur de votre confusion face à la complexité de la situation de la France en Révolution. Comme me laissent craindre vos hâtives et fausses conclusions, votre incompréhension ne vient point de conscience corrompue mais plutôt de mauvais enseignement... Vous éclairer était donc un plaisir, sinon un devoir, et je vous invite à ne pas hésiter à redemander des explications que vos instituteurs ne semblent pas en mesure de vous fournir clairement.

Au plaisir de vous servir, votre dévoué concitoyen,

Louis Antoine Saint-Just