Lettre à St-Just
       

       
         
         

Joseph Holc

      Cher citoyen, je te salue!

Dieu si tu voyais ton pays aujourd’hui, tu regretterais bien le temps où l’injustice faisait espérer des jours meilleurs. Plus rien de tel, plus la moindre morale ni le moindre idéal... J’ai le regret de t’annoncer que la France a cessé d’exister... Elle n’est désormais qu’un petit fantôme gesticulant au grand Baal de l’empire du Démon: l’Europe dont les «Rois» bien pires que nos feux tyrans ne se parent plus d’or mais ne jurent que par l’argent...

Je m’égare cependant, et en viens à ma question: il est souvent dit de toi que tu étais beau comme un ange, et que tes discours n'en étaient que plus captivants... Est-ce vrai? Ne sois pas modeste, sois juste!

J’attends ta réponse avec impatience et t'embrasse citoyennement.

Holc Wolsky (très beau aussi)

 

       

 

       

Louis Antoine Saint-Just

      Citoyen, bonjour,

Ce n'est pas à moi que doit revenir le rôle de porter un juste jugement sur mon apparence... Pour ma part, j'ignore comment sont les anges, mais je me trouve assez joli. Pas en ce moment, peut-être, car je suis bien épuisé par les missions aux armées et les journées interminables au comité, et il est bien temps que je confie ma tête au coiffeur, mais j'ai connu des moments où il m'est arrivé de me croire même beau.

Je doute que ceci puisse rendre un discours «captivant», surtout aux yeux d'un auditoire masculin.

En outre, Citoyen Wolsky, garde-toi bien de regretter le temps de la tyrannie, car les Français aujourd’hui libres de choisir leur destin, ne l'étaient point à cette époque heureusement révolue. Le peuple français, toi compris, est désormais maître de faire venir des jours meilleurs s'il s'estime malheureux.

Avec mes affectueuses salutations,

Louis-Antoine Saint-Just