L'endroit où vous habitiez
       

       
         
         

Keiko

      Enchantée, bonjour,

Je m'appelle Keiko. Je suis Japonaise. J'adore la France et le français. Je m'intéresse beaucoup à l'histoire française, surtout, le temps révolutionnaire. Je suis venue en France cet avril. C'est la deuxième fois que je suis venue en France. Je suis allée à Blerancourt en Picardie, Paris et Versailles. J'ai visité votre maison à Blerancourt. La maison était belle à cause de travaux de réfection. Il y avait beaucoup de verdures belles. On entendait le chant des oiseaux.

À Paris, je suis allée à la rue Gaillon pour chercher l'Hôtel des États-Unis où vous habitiez. Mais il n'y avait pas l'hôtel sur la rue. Le bâtiment de cet hôtel est démoli?

Je suis allée au musée Carnavalet et j'ai trouvé votre pistolet et votre cocarde. Est-ce qu'il y a vos objets oubliés en dehors de cela? J'ai envie de chercher vos souvenirs de plus en plus.

Si j'avais été à Paris il y a 200 ans, au temps révolutionnaire, je serais allée au club Jacobin pour écouter vos discours. J'ai voulu vous voir du fond du coeur. Je me demande où j'étais il y a 200 ans.

Un jour je voudrais être interprète du français. J'étudie le français à la maison et dans une école de langues.

Salutations distinguées.

 

       

 

       

Louis Antoine Saint-Just

      Bonjour, mademoiselle Keiko,

Il est en effet fort regrettable que vous n'ayez pas été à Paris en 93 car je ne doute point un instant que votre apparition chez les Jacobins ait été très chaleureusement accueillie. Les patriotes du monde entier ont le même langage car ils portent les mêmes idéaux dans le coeur. Je serais ravi de faire votre connaissance. J'ai parcouru votre missive avec un intérêt et un émoi sincères. Je suis touché à l'idée que vous soyez venue chez nous à Blérancourt; et vous avez vu juste, c'est un endroit merveilleux, j'y avais passé une enfance délicieuse. Je me demande parfois comment j'ai pu le quitter...

Par contre, mademoiselle, je crains ne pouvoir répondre aux questions que vous me posez. En effet, à mon arrivée à Paris je suis descendu à l'Hôtel des États-Unis, rue Gaillon, ni mauvais ni bon, en plus, fourré des députés girondins. J'ignore ce que sont devenus ses murs à l'heure actuelle, et je vous assure que pour moi, cela n'a pas la moindre importance. De même pour mes affaires - ne possédant pas grand-chose, j'ose espérer que ma succession ne se réduit pas à un pistolet et une cocarde, mais qu'importe? ce n'est pas la mémoire que je désire laisser derrière moi. J'aurais souhaité que la postérité, si toutefois elle se souvient de moi, s'intéresse non pas à quelques chiffons ou quelques objets, m'appartenant, mais uniquement à l'humble tribut que j'ai apporté à la chose publique. Les noms des patriotes trouvent refuge non dans les sarcophages ou les musées, mais dans le coeur des gens de bien. Les papiers sont périssables et les corps redeviendront poussière; seules les idées comptent car, éternelles, elles gouvernent les esprits.

Avec mes félicitations pour votre maîtrise de la langue française et tous mes voeux de réussite sur le chemin de la liberté,

Salut et fraternité,

Louis Antoine Saint-Just