Frania Caspari
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Le général Kléber

    Citoyen,

J'aimerais beaucoup savoir ce que tu penses du général Kléber, que tu as eu l'occasion de croiser lors de tes missions à l'armée du Nord et des Ardennes.

Salut et fraternité!

Frania



Citoyen Saint-Just,

Je t'écris parce que j'ai l'impression que ton site est devenu bien silencieux. Non seulement tu ne me réponds pas (as-tu réussi à prendre des vacances, ou as-tu des difficultés à te prononcer sur le général Kléber?) J'espère que tu n'as pas l'intention de quitter le site.

Ce serait dommage...

Salut et fraternité.

Frania (alias Liberté)


Citoyen Saint-Just,

Je peux comprendre que tu ne désires pas t'exprimer sur le général Kléber, comme tu l'as fait à propos du général Hanriot, pour toutes sortes de raisons...

En fait, il m'a semblé que vous aviez tous les deux une forme d'humour ravageur, qui devait faire des étincelles.

C'est pour cela que je vous posais cette question, bien consciente qu'il y a des choses plus importantes dans le déroulement de la Révolution. Si vous ne désirez pas me répondre, faites-le-moi savoir, je comprendrai fort bien.

Salut et fraternité.

Frania.



Citoyenne,

Je vous demande mille fois pardon de n'avoir pas plus tôt répondu aux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Les raisons qui vous poussent à vous intéresser avec tant de chaleur et de persévérance au général Kléber me restent inconnues mais, quoiqu’il y ait assurément, des affaires plus importantes pour le salut de la République, je m'empresse de satisfaire votre curiosité et en même temps de vous rassurer: il n'a jamais été dans mes intentions d'abandonner ma mission au sein de Dialogus.

Je ne suis pas sûr d'avoir cette espèce d'humour dont vous parlez, et j'ignore si Kléber le possède. Je ne me rends point au front pour échanger des plaisanteries avec les généraux, mais pour assurer la victoire, et Kléber, comme les autres, ne se trouve point là pour badiner, mais pour vaincre ou pour mourir.

C'est ainsi que je l'ai connu à l'armée du Nord, et je n'ai nullement de peine à me prononcer sur son compte. Kléber a montré maintes fois des talents durant la campagne sur la Sambre, et il a bien mérité de la patrie lors de la bataille de Fleurus. Je lui ai confié le commandement de l'aile gauche de l'armée de Jourdan, et je n'ai pas eu à le regretter. Je rends justice à sa témérité, sa circonspection et son sang-froid.

La République ou la mort,

Louis-Antoine Saint-Just