Daphné
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

La terreur

    Bonjour monsieur,

En premier lieu je tiens à vous préciser que je connais mal la période qui a trait à la Révolution française. En ce début du XXIe siècle où je vis, les hommes et les institutions de notre pays se réfèrent continuellement à la République, et l'idée d'avoir un monarque ne vient à l'idée que de quelques-uns... Encore que, actuellement... Bref, bien que l'idée de vivre en république ne choque plus personne, la violence qu'a mis ce régime pour s'instaurer nous pose parfois problème. Je voudrais savoir exactement ce qui a motivé la Terreur, par exemple, et comment vous la justifiez. Auriez-vous la gentillesse de m'en parler avec précision?

Avec tous mes remerciements,

Daphné

Mademoiselle,

La seule chose qui a mis en place la politique rigoureuse appelée la Terreur, fut le salut de la patrie, et c’est également sa justification car il est certes moins cruel de se défier de tous nos ennemis que de la compromettre. L’épouvante mise à l’ordre du jour, l’était à la demande du peuple et ne l’est que pour les méchants, les intrigants, les traîtres et les factieux.

Pour l’honneur de l’Homme, il faut plaindre la nécessité qui nous a conduits à ces extrémités, mais il faut plaindre aussi la République contre laquelle tout a conspiré. Ce n’est point elle qui a engendré la violence! C’est l’ennemi qui l’a remplie des conjurés, s’est emparé de nos villes, de nos ports, a brûlé les arsenaux, a ourdi les trahisons et ranimé la sédition. Quoi! Croirait-on que la meilleure façon d’accueillir une république naissante était de lui faire la guerre, de la combattre et de la corrompre? Voudrait-on nous faire croire qu’elle qui porte au monde la lumière des droits de l’humanité, aurait moins de droit de défendre son existence que les tyrannies l’avoisinant ne défendent la leur?

Si cela vous pose problème, c’est que vous vous êtes éloignés de la nature et vous plaignez les bourreaux et non la victime, comme la vraie sensibilité l’exige.

Ai-je répondu à vos questions, mademoiselle?

Vive la République!

L. A. Saint-Just