Guillaume
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

L'amour et la révolution

   

Citoyen!

Vous qui, pendant la révolution, fûtes jeune et passionné, avez-vous connu l'amour? Aimions-nous davantage? Aimions-nous plus rapidement? Les promesses qu'apportait la révolution embrasaient-elles davantage les cœurs?

Comment doit-on aimer à une époque où tout est affreux, perverti, gluant, spectaculaire? Où, dans une société dominée par l'argent, «l'amour fou», dont parle André Breton - que vous n'avez malheureusement jamais pu lire - se heurte à la «force des choses» - comme vous le dites si bien.

Amicalement,

Guillaume

P.S. En passant, j'adore le passage dans «Stello» où vous apparaissez. Sublime!


Citoyen,

Je ne vais point le nier, j’ai connu l’amour... J’ai été heureux.

Aimions-nous davantage ? Peut-être, car la Révolution a balayé les préjugés qui séparaient autrefois les amoureux et troublaient leur affection. Aimions-nous plus rapidement? Peut-être bien aussi, le temps nous fut si souvent compté! Mais nous aimons toujours avec le cœur; c’est ainsi que les hommes doivent aimer, quels que soient les temps et les époques, cela seul compte.

Salut et fraternité, Citoyen !

Saint-Just