Vesper
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

La liberté doit être défendue même au prix d'une révolution

   

Citoyen Saint-Just,

Dans nos siècles, le soi-disant siècle de la République et de la Démocratie, les principes de la Révolution que vous avez faite en 1789 ne sont pas respectés.

Dans le pays où j'ai le malheur de vivre (je ne vis pas en France, mais en un autre pays européen, une respectable République), Liberté, Égalité et Fraternité sont des mots dépourvus de sens. Notre président, un homme corrompu et immoral, et son gouvernement ne s'occupent que de leurs intérêts économiques. Ils nous privent de notre liberté, à partir de la liberté de la presse, et vous pouvez bien comprendre comment on se sent privés de liberté. Évidemment, il y a des protestations contre notre président, et lui-même a dit que, dans notre pays, il y a un «climat jacobin».

Quand je l'ai entendu parler, j'ai pensé à vous. J'ai seulement dix-huit ans, mais je vous admire depuis longtemps, et j'admire aussi vos actions et votre Révolution. Je voudrais que vous fussiez ici, pour aider mon peuple à comprendre que la liberté doit être défendue même au prix d'une révolution.

Avec la plus grande dévotion et admiration,

Votre citoyenne Vesper



Citoyenne Vesper,

Je soutiens que le peuple n’a qu’un seul ennemi redoutable, c’est son gouvernement. Il tend naturellement à la tyrannie et à la corruption, empiète sur la liberté publique et préfère constamment ses intérêts privés au bien public. À cela, un seul remède: mettre véritablement en pratique la souveraineté populaire, c'est-à-dire séparer les pouvoirs, confier le pouvoir législatif –pouvoir suprême– à l’assemblée des représentants du peuple et lui subordonner étroitement l’exécutif.

Comme l’énonce la Déclaration des Droits de l’Homme, «la seule cause des malheurs de l’humanité est l’oubli ou le mépris des droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme». Tant que les hommes s’éloignent de ces principes et placent naïvement ses espoirs dans l’exécutif, il en sera ainsi. Seul le peuple peut conquérir et préserver sa liberté, mais il faut pour cela qu’il saisisse et défende les véritables principes de cette liberté.

Vive la République!

Louis Antoine Saint-Just