Le citoyen Maurice
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Est-il arrivé au tribunal révolutionnaire de pardonner un coupable?

   

Citoyen Saint Just, salut à toi!

Est-il arrivé au tribunal révolutionnaire de pardonner à un coupable? Bien sûr, quand celui-ci montrait un repentir sincère. Quel rôle aurait eu à jouer, dans ce cas-là, l'accusateur public, le sinistre Fouquier-Tinville?

Vive la République!

Le citoyen Maurice



Citoyen Maurice,

Je ne surveille pas sans relâche tous les travaux du tribunal révolutionnaire. Cependant, ta supposition me paraît très peu probable. Les décrets qui régissent la marche du tribunal ne lui accordent point de droit de grâce. À titre général, ce droit serait le décès des lois, car il mettrait l'homme à la place des lois. La justice de la République est rendue non par la volonté, mais par la bouche du magistrat. Il appartient au législateur de fixer des peines en proportion des délits, il appartient aux jurés de reconnaître le prévenu innocent ou coupable des crimes dont on l'accuse et, le cas échéant, il appartient au juge d'appliquer la peine prévue par la loi. C'est cela, la justice, et il n'appartient point au juge de prononcer des dérogations ou des grâces, une fois l'accusé reconnu coupable. Cela s'applique davantage au tribunal compétent pour les délits aussi graves que les crimes contre-révolutionnaires.

Voilà ma réponse.

Salut et fraternité!

Louis Antoine Saint-Just