En abandonnant Robespierre
       

       
         
         

Olivia

      Citoyen Saint-Just,

C'est un honneur de vous écrire. Pardonnez-moi, Citoyen, je ne parle pas français bien. J'ai seize ans et je n'étudie pas le français depuis un longtemps, juste pour quelques années.

Ma question est: avant Thermidor, avez-vous considéré si vous pourriez sauver votre vie en abandonnant Robespierre. Vos écritures avant Thermidor semblent fatalistes, mais s'il y avait une occasion de se sauver, auriez-vous essayé de l'utiliser? Ou y avait-il aucune question que vous resteriez avec lui jusqu'à l'extrémité?

Aussi, je sais que c'est une question personnelle, mais quelles étaient vos raisons quand vous vous êtes séparé de votre fiancée? Il y a beaucoup d'histoires avec explications, mais certaines, comme l'histoire de tabac à priser, semblent étranges. Aussi, qu'est-ce qui s'est passé avec votre amitié avec Lebas à cause de ça, il y a des histoires contradictoires.

Merci pour votre temps,

Olivia
         
         

Louis Antoine Saint-Just

      Citoyenne Kelley,

Interpellé par vous récemment, je m'empresse de vous répondre. 

Je crois que mon attitude en thermidor de l'an II présente en soi la réponse à votre requête, et j'ose remarquer qu'une observation même furtive de ma vie toute entière aurait pu vous éviter cette question. Le choix entre la fidélité stoïque, mais douloureuse, et la lâcheté méprisable, mais profitable, nous est toujours offert et sachez, qu'à cette époque dramatique, les occasions de quitter Paris ou d'embrasser la cause de l'intrigue et de trahir Robespierre ne me manquaient point. Vous connaissez sans doute la manière dont j'ai résolu ce dilemme qui n'en fut jamais un pour moi, en vérité. 

Quant aux raisons qui m'ont poussé à rompre les fiançailles avec la citoyenne Lebas, elles sont simples. J'ai senti que je m'engageais sur une voie qui ne semblait pas être la mienne. J'ai préféré la quitter aussitôt, heureux de pouvoir le faire sans avoir causé trop de dommages sur ce passage. Sans dissimuler le chagrin que cette décision lui avait apporté, son frère a su la respecter, et m'a maintenu toute son affection.

Je vous adresse mes sincères salutations, citoyenne,

Louis Antoine Saint-Just