Sébastien
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Blérancourt (2)

   

Bonjour citoyen,


Je suis impressionné de vous écrire. La maison de mes grand-parents se situait à cent mètres de la vôtre. Lorsque nous faisions nos promenades dominicales, nous passions devant votre maison. C'était devenu un poulailler. Cela m'a longtemps intrigué que la maison d'un personnage si illustre soit devenue un garde-manger. Et j'étais très intrigué qu'on puisse vivre dans un si petit logement. J'ai appris, il n'y a pas si longtemps de cela, qu'elle avait été réhabilitée et qu'il y avait maintenant un petit musée.

Que pensez-vous de la mémoire qu'il faut accorder aux hommes illustres? Pensez-vous mériter qu'on vous honore? Plus personnellement, la commune de Blérancourt vous a oublié plus de deux cents ans; cela vous chagrine-t-il?


Citoyen,
 
Que sont devenues aujourd’hui les demeures de Solon, de Lycurgue, de Brutus? Poussière. Où s’abritent-ils maintenant? Au Panthéon de l’Histoire. Où est la maison où le grand Rousseau avait vu le jour? Nulle part. Mais le grand philosophe vit à jamais dans nos cœurs.

Aussi, ce ne sont point des palais somptueux, ni même des pauvres chaumières, que les grands hommes lèguent à l’humanité, mais tout le bien qu’ils lui ont fait. C’est à la hauteur de leur vertu, de la sagesse de leurs lois, de la fermeté de leurs principes, de la justesse de leurs jugements, qu’ils doivent être honorés par les peuples.

Il n’est pas interdit de chérir le lieu consacré par la présence d’un homme célèbre, mais il n’entre pas dans mes vues de prétendre en être un. Comme mes frères d’armes, je ne fais que servir de mon mieux la république et le peuple français. A lui de décider après ma mort si j’ai (bien) mérité de la Patrie.

Salut et Fraternité!

L.-A. Saint-Just