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Louis Antoine Saint-Just

     
   

Bis repetita placent

   

Citoyen représentant, Tu ne pourras que sourire de me voir t'assaillir de courrier quand tu connaîtras l'objet de celui-ci.

J'y viens donc.

Toi dont le laconisme n'est plus à vanter, comment comptes-tu l'imposer à nouveau en un temps où les circonvolutions formelles et les litanies creuses tiennent le haut du pavé?

Plus largement, tant sur le plan de la forme que du fond, peut-on être sans concession alors même qu'aujourd'hui toute réussite suppose une prostitution de l'âme?

Les temps sont-ils mûrs pour un nouveau 93 ou bien sommes-nous encore dans les limbes pré-révolutionnaires d'une décadence à la Louis XV?

Nous sommes deux à t'écrire et, à titre d'exemple des désordres du temps, nous nous sommes vus refuser le mariage républicain par deux mairies ainsi que le baptême républicain pour notre enfant. Sais-tu comment y porter le fer?

Salut et fraternité.

Citoyens Aude&David.


Citoyens Aude et David,

Certes, le magistrat coquin qui enfreint les lois de la République mérite d'être expédié à la Conciergerie. Mais, au risque de vous décevoir, je tiens à répéter que je n'ai point le pouvoir d'imposer quoique ce soit dans votre époque puisque je n'y vis point. Il vous appartient à vous, nos descendants, de maintenir le feu sacré que la Révolution avait allumé ou de l'éteindre pour toujours.

Il est faux d'imaginer qu'il y eut un temps où une âme pure et vertueuse fut à l'abri de la corruption et de l'avilissement. C'est à l'homme de choisir de rester sobre et fidèle à la vertu et aux principes et se contenter du bonheur frugal de la Grèce, ou de leur préférer l'hypocrisie de la cour et de la luxure perverse de Persépolis.

En réponse à vos préoccupations, je vous dis que ceux qui s'aiment sont époux et n'ont nul besoin d'afficher leurs engagements; s'ils ont un enfant, ils sont tenus de déclarer simplement leur union au magistrat. Il n'y a point besoin des rites compliqués et artificiels là où le coeur et la nature ont parlé.

Acceptez, Citoyens, mes fraternelles salutations,

Louis Antoine Saint-Just