Lettre d'acceptation
de Louis Antoine Saint-Just
à l'Éditeur
        Louis Antoine Saint-Just

       
         
         

Louis Antoine Saint-Just

     
Paris, la Conciergerie,
le 10 thermidor an II de la République
Citoyen Dumontais,
Citoyens,

Le voeu le plus tendre que puisse faire un bon citoyen d’un peuple libre, c’est la chute des factions et le triomphe éclatant de la vérité. La force des choses a voulu que, laissant derrière toutes les faiblesses humaines, je sois venu hier à l’Assemblée Nationale pour combattre les factions et la haine qui poursuit les hommes justes, pour faire reprendre au gouvernement la route de la sagesse qu’il avait quittée, et pour défendre mon ami des outrages auxquels, homme sincère et innocent, il n'avait point à répondre. Je ne demandais à la Providence que quelques jours seulement pour corriger le mal présent et répandre la lumière sur les erreurs commises.

Hélas, le destin en a décidé autrement et les factions semblent triompher. Certes ce serait quitter peu de chose qu’une vie où je serais condamné à être ou le complice ou le témoin impuissant du mal, et je saurai accepter, sans me plaindre, le sort qui m'est réservé. La contre-révolution peut nous persécuter et nous ôter nos vies, mais elle n’aura jamais notre honneur. La victoire du crime sera courte et passagère, et la vérité et son empire, éternels et invincibles. La magnanimité et la sagesse l’emporteront sur le prestige de la calomnie, et l’amitié ne s'est point envolée de la terre.

Cette extraordinaire tribune aux harangues qu'est Dialogus, m'offre inopinément une deuxième chance de reprendre la parole si cruellement enlevée. Je suis résolu de monter à la tribune de votre forum, qui me permettra de m'exprimer librement pour défendre la cause de la Révolution dont les principes sont chers à quiconque aime la Patrie, le Peuple et la Justice. C'est désormais mon ultime moyen pour rendre publique la moindre vérité et révéler comment les choses se sont réellement passées.

Ô vous, la postérité innocente des maux présents, j’ai cru que la vérité vous était due et je ne romprai mon silence que pour vous. Je répondrai aux questions qui se posent selon mon âme et ma conscience, et je demande au Ciel le courage et la sagesse nécessaires pour tenir cet engagement.

La République ou la mort!

Louis Antoine Saint-Just