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Alexander 
écrit à
Héphaïstion
Héphaïstion

Un peu d'amour

   

Héphaistion,

Je suis si terriblement ému de te parler enfin, parce que je ne peux  plus vivre sans toi... J'ai essayé mais c'est impossible, vraiment! Ma main  est si froide depuis que tes doights ne la touchent plus.

Je sais que ce n'était que un rêve... Pardon! Mais je ne pense qu'à toi et mon monde me délaisse. Je n'ai pas besoin de lui, je ne veux que tes yeux et ta tendresse et tout ce que tu voudras! Surtout cela. Parle-moi vite, car j'ai tant besoin de toi. Je rentre de Paris, où j'ai découvert ton adresse par hasard. Je hante le Louvre toute la journée en imaginant et en tremblant de bonheur à chaque objet de ton époque et de ton pays que je voyais car je pense dans mon coeur que c'était peut-être le tien. J'aime les musées, vraiment! Ils ne me parlent que de toi.

Mon pays a perdu la coupe malheureusement mais je te retrouve. Je crois que tu ne peux pas tout comprendre, n'est-ce pas? Alors, écoute juste ce mot-là. Réponds-moi très vite, mon coeur est si vide. J'avance un doigt timide vers ta main très douce, je le sais.

Réponds-moi, je t'en supplie.

Alexander


Cette effusion. Cette grammaire maladroite. Ces attentions. Cet amour. Ce nom.
Un Alexandre venu de loin, qui me conte louange et quémande amour et tendresse.
Que dire? Vraiment.
Mon médecin est parti. Mais pourquoi tout me ramène-t-il à lui lorsqu'un de ses contemporains m'adresse quelque missive que ce soit?
Je ne sais plus, moi-même. Toutes ces drogues, toute cette chaleur. Et ces domestiques qui rôdent.
De quelle coupe me parles-tu? Si tu l'as perdue, je peux t'en offrir une, il y aura même un excellent vin, à l'intérieur.
Que souhaites-tu m'entendre te susurrer, mon doux Alexandre?

Mon coeur est encore palpitant. Puisse-t-il te servir de guide. Pour me trouver, ou trouver ce que tu cherches, au fond.

Héphaïstion



Héphaïstion si cher,

J'ai trouvé hier soir ton message, et ma soirée est devenue tellement pleine de lumière. Je devais aller à une invitation mais quand je l'ai trouvée, je n'ai voulu juste que rester avec toi, et lire encore et encore, tes mots pour moi. Mais il faut j'y aille, alors mon coeur emporte que tu m'appelles «mon doux Alexander». J'étais très ému et très bouleversé vraiment. Lors de la fête je n'ai pensé qu'à toi, tu sais, et j'ai la tête qui tourne, même si je ne bois rien. Oui je veux être si doux pour toi. Ai-je le droit?  Mon bras porte ton signe.

Je rentre enfin pour t'écrire, toute la nuit, plein de feuilles, si pleines de lettres, si pleines de mots d'amour qui sont dans mon coeur si longtemps. Et après, je n'ose plus t'en envoyer.

Pardonne mon langage. J'espère que tu comprends, j'ai beaucoup de mal pour parler de cela. J'ai si peur de ne pas avoir les mots pour trouver ton coeur. C'est lui que je veux trouver, je ne recherche rien d'autre.

Je te remercie de ta réponse si rapide et si tendre, je tremble encore tant je suis heureux vraiment. 

Quels mots j'attends, doux amour? Tous les mots que tu veux, tous les mots pour ne plus jamais dormir, tous les mots que tu as envie de me dire; tu m'écris toujours n'est-ce pas?

Tu es ma vie, mon soleil et la lune aussi, tes yeux sont tous mes jours et mes nuits. Mon coeur est pour toi. Toujours.

J'ai lu les autres lettres. Seule une personne m'a fait pleurer.

Je peux caresser tes cheveux? Ils sentent si bon ta chaleur.

Viens plus près de moi.

Je n'ai jamais écrit de lettres d'amour, tu sais, dans ma vie.

Dis-moi des choses de toi, ce que tu voudras... Je ne sais pas.

La coupe, c'est juste un jeu tu sais... Mais c'est très important tout de même, chez moi. Mais maintenant je préfère le tien, et je partage le vin avec toi.

Je pose mes lèvres sur ta main très douce et dans le creux si parfumé je dépose un baiser.

Très douce nuit, si tendre Héphaïstion, reste dans mon rêve.

J'attends tes mots dès le matin, plus que tout;

Je t'aime.

Alexander



Je reviens très doucement pour ne pas te réveiller peut-être. Tu dors petit soldat?
Je te promets avant de ne pas t'écrire de nouveau si je n'ai plus de nouvelles de toi... Mais je ne le souhaite pas...
J'attends, j'attends et je n'en peux vraiment plus.
Tes mots d'hier étaient si froids alors qu'ils sont tellement importants pour moi.
Ai-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas?
Écris-moi avant que la nuit ne revienne.
Écris-moi parce que tu me manques beaucoup.
S'il te plaît,
Alexander



Tu dis tellement de choses.
Tu m'expliques que je suis ton souffle, bel Adonis mais tu n'es pas là.
Je rêve.
Je meurs, le sais-tu?

Mes mains transpirent et tremblent. Je ne serais plus capable de tenir une simple épée de bois.
Prie pour moi, mon Alexandre.

L'Héphaïstion Amyntaros.



Mon Héphaïstion,

Où étais-tu? J'ai tant prié! Explique-moi, tous ces mois...

Je n'ai jamais reçu ta réponse. Écris-moi s'il te plaît.

Je ne veux pas du tout que tu meures! Et ton épée, c'est moi qui la porterai. Ne me laisse plus jamais, il fait trop froid et sombre dans mon monde .

Alexander



Je dormais. Je ne suis plus éveillé.
Y'a-t-il encore de l'air dans cette ville?
Qui a éteint le soleil mon Alexandre?

Écris-moi encore.
Encore.

Héphaistion



Héphaïstion,

Je suis si heureux pour ta réponse si rapide; je suis très touché et désemparé en même temps! Je n'ai jamais recu ta réponse à ma dernière lettre, et tes mots me manquaient tant, mon doux ami.

Je n'ai vu ton retour qu'hier, et les larmes sont venues à mes yeux. Elles n'en finissent pas de couler; je croyais que tu m'avais oublié. Tous ces mois, toutes ces larmes et ces mot perdus, peut-être!

Parle-moi, laisse-moi te soulager. Je n'ai rien à te pardonner, je ne suis rien, ne demande pas pardon.

Ne me laisse plus, s'il te plaît. Tous les jours, j'étais contre le vent, face à la mer pour hurler ton nom. Là, je te lis des poèmes; mon chien se serre contre moi. J'ai jeté de la bruyère dans les vagues, debout sur le falaise... Et j'ai alors attendu  la nuit puisque je ne t'attendais plus. Seul le bruit des vagues me renvoyait ton nom, me laissant là, jour après jour... Parfois la nuit. Et tu es enfin revenu.

Parle-moi, dis-moi , donne-moi tes yeux pour que je puisse vivre, doux Héphaïstion.

Alexander



Alexander,

Pardonne-moi, mon ange. Les mois ont été si rudes. J'ai l'impression d'avoir combattu cent ans cette fièvre empire.

Tu sais, toi? J'ai répondu jusqu'à n'en plus pouvoir. Excuse la main tremblante d'un guerrier mourant si ma missive n'est jamais parvenue.

Prie encore si tu en as la force. Je ne te laisse pas. Je ne te laisserai jamais.

Héphaïstion



Doux Héphaestion,
 
Je ne veux pas que tu pleures ainsi. Dis-moi où est le passage pour venir jusqu'à toi. Je viens pour te chercher, alors. Je sais que c'est un passage, il y a longtemps je le cherche.

Mon pays est dans le vent; j'entends la mer de ma chambre d'où je t'écris. Elle est très sauvage et belle aujourd'hui et les grands nuages font la course dans le ciel. Tout à l'heure, j'irai encore t'appeler sur la falaise. Je suis si heureux de ton retour! Tu m'as beaucoup manqué.

Je ne te laisserai pas rejoindre Achillus et Patroclus. Reste avec moi. On tressera la bruyère sur la  lande, et je mettrai la couronne sur ta tête. Et le vent chantera pour toi. Je prendrai ta main et le passage se fermera.

Que veux-tu que je te donne? J'ouvre mes mains vers toi, prends tout alors. Dedans c'est la mer, le vent qui hurle, le bruit de la pluie et mes caresses pour toi et toutes les choses que tu veux.

Mon île est très belle. Et moi je suis un étudiant, j'étudie l'Histoire. Et je t'aime. Je viendrai essuyer les larmes de tes yeux, et je te donnerai mon cœur si tu le veux. Tu es éternel, les dieux me le disent toujours. Alors, j'ai confiance. Viens. Ta main est très douce et tes yeux m'ont ouvert le ciel. Viens.

Alexander



Merci de tes touchants mots.

J'aimerais tant revoir la mer, si tu savais... Ici, il fait une chaleur à mourir et je ne sais plus très bien pourquoi je continue de ciller.

Je pleure sans me plaindre, je n'ai rien d 'autre à faire qu'attendre et c'est cette impuissance qui me tue. On me susurre que je rejoindrai Achille et son beau Patrocle. Le crois-tu, toi?

D'où viens-tu? Parle-moi de toi, de ton amour, de ta vie. Donne-moi quelque chose. Apprends-moi que tout n'est pas vain. Dis-moi que ce ne sera pas mon tombeau aux plumes de paon que je contemple chaque jour, de ma couche suintante et sale.

Héphaïstion, l'adoré.



So sweet Héphaïstion,
 
Je ne voulais pas, tu es si malade. Donne-moi ta main, laisse la fièvre passer en moi. Dans mon pays le vent guérissait les fièvres et il faisait danser la mer.

Oui, c'est mon souffle que tu entends, c'est le vent qui te l'apporte, écoute. Tu voulais du vin? Celui des coupes dont tu me parlais il y a déjà de si longs mois? Presque une année à attendre mais au milieu de tous ces siècles, une année ce n'est pas très important, vraiment!

Doux HéphaÏstion, parle-moi, ouvre ton cœur. Je n'osais pas écrire, les mots se mélangeaient mais je tendais mes mains vers toi. Je viens te chercher, tiens-toi prêt alors.

Alexander



Alexander,

Les mots manquent. Le souffle est court. Les doigts sont moîtes. Est-ce toi qui souffles contre ma peau pâle? Est-ce ton vin que tu m'offres?

Emporte-moi sur ton île. Je t'en prie, par Aphrodite et ses amours, je t'en prie.

Héphaïstion



Doux Héphaïstion,
 
Tu me rends très malheureux, tu ne comprends pas mes mots?
Je suis près de toi, je pose ma main sur la tienne.
Je reste près de toi, je ne m'éloignerai jamais.
La fièvre voile tes yeux peut-être.
À quoi sert ma vie si tu ne me comprends pas?
L'amour n'a qu'un langage, Héphaïston...
 
Alexander



J'ai compris tes mots. Hermès m'a tout rapporté.

La solitude rend fou et la folie tue.

Il y a eu une hécatombe hier... pour satisfaire les dieux. Tout le temps, il y avait comme une danse de mouches au-dessus de ma tête. À quoi sert mon amour s'il reste bafoué? Alexandre...

Héphaistion
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