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Alexandre 
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Héphaïstion
Héphaïstion

Tendre Héphaïstion

    Tendre et si doux Hephaïstion,

Voilà des nuits et des nuits que je pense à toi... et Dyonisos a exaucé ma demande! Je voulais tant te parler. Comment pouvais je seulement imaginer qu'un tel honneur, un si grand bonheur, allait m'être accordé? Gloire à Dyonisos!

Je lis beaucoup, et je viens de finir -mais ce n'est pas le mot puisque justement je ne le peux- les écrits de Mary Renault sur ton grand et doux Seigneur dont j'ai la chance et le bonheur de partager le nom. Son histoire m'a, depuis mon enfance, passionné... mais c'est vers toi que se sont toujours tournées mes pensées les plus douces. Je te sais plutot timide et c'est ce qui m'émeut beaucoup. Votre amour me bouleverse depuis toujours. Et je  berce mes nuits dans ces ecrits dont je te parle, de tous ces moments décrits si joliment de votre si tendre intimité. Que n'ai-je moi aussi un tendre Hephaïstion avec qui partager mon manteau dans les si froides nuits de champs de batailles lointains! Parle moi de lui. Parle moi de vous,de ton époque si fascinante. J'ai tant de questions... Je vous espère ensemble quelque part!

Salue de ma part ton si bel amant dont je suis fier de porter le nom. Puissent les dieux vous chérir à jamais! Vous êtes dans mon coeur pour toujours. Laisse moi juste un instant poser ma main sur la tienne.

Alexandre



Cher Alexandre,

Je vais répondre à tes deux missives car n'ayant eu la patience de le faire auparavant, je souhaite réparer mon tort. Nous venons actuellement de rentrer des Indes, et je suis assez mal en point ces derniers temps, ces changements de climats et le moral des autres influent beaucoup sur ces lettres auxquelles je me dois pourtant de répondre.

Il s'est trouvé flatté que tu portes son nom lorsque je lui ai parlé de toi et de ton désir concret d'avoir quelques mots de ma main. Il a souri et a lu par-dessus mon épaule, puis m'a fait envoyer un peu d'aide, un jeune éphèbe écrivant sous ma dictée, tant ma toux sanguinolente salissait chacun des parchemins commencés.

Pardonne-moi, lointain Alexandre, d'avoir été si long et demandé. J'ai aussi pensé à toi les nuits qui ont suivi la réception de ton épistolaire déclaration. Je ne savais qu'en penser. J'ai cru tout d'abord à une farce, puis il était évident que personne de mon entourage qui se voudrait moqueur, ne serait au fait de mon secret. Alors, avec plus de considération j'ai rêvé de toi, car sachant que dans ton monde mon Amour n'est plus, je me suis pris à penser que tu étais peut-être sa descendance spirituelle ou lié d'une façon ou d'une autre. Oui, alors, gloire à Dionysos. Je ne connais pas cette Mary dont tu parles, mais qu'a t-elle écrit sur Alexandre et nous?

Je suis plus timide? Elle a dit ça? Bien, je pense que je suis plus réservé en effet, mais je n'ai pas l'étoffe d'un roi, lui se doit d'être grandiose, moi je ne puis qu'être son ombre. Notre intimité? Eh bien cette Mary semble savoir beaucoup de choses! Transmets-moi ses écrits si tu le peux.. ou sa région, que je lui fasse parvenir une missive à mon tour. Toi, tu me bouleverses de tes jolis mots, et de ta tendresse, puisses-tu trouver cet autre que tu recherches. Beaucoup de gens m'ont demandé de parler, de dire tout ce qui me passait par l'esprit, je dois avouer que je l'ai fait tant de fois que cela finirait par manquer de sincérité, mais un tel legs semble nécessaire, aussi, fais-moi parvenir tes questions, et j'y répondrai si je le puis. On m'a tout demandé, la couleur de ses yeux, le goût du miel et s'il existait du pain à Babylone, alors je t'en prie, ne doute pas.

Ma main se tiendra toujours dans la tienne si tu le désires, et de chastes gestes s'attarderont si tu en fais la demande. J'aime ces gens comme toi qui montrent une telle dévotion envers la sagesse et l'amour, vous devez être, toi parmi les plus hauts Alexandre, bénis de tout l'Olympe.

Qu'ils te gardent et veillent sur toi.

Hephaïstion.



Tendre Hephaïstion,

Ma première missive a traversé tous ces siècles mais elle est revenue vide de tes mots... et pleine de mes larmes. Je ne suis qu'un tout petit Alexandre mais je t'en prie, je souhaiterais tant que tu me répondes... Je t'avais demandé de me parler de ton amour pour ton Roi... de ton époque fascinante.

J'ai perdu mon Achille dans un combat inhumain contre une maladie d'horreur... Il était perse et adorait le feu. Il a rejoint Ahura Mazda voilà quelques années. Je n'ai jamais été dans son pays, mais toi qui l'a parcouru auprès de ton Amour, pourrais-tu m'en dire plus, est-ce aussi beau qu'il me le décrivait? Quels étaient tes sentiments avant les batailles? Comment as-tu supporté et surmonté ta peur de perdre ton Alexandre... ce qui pouvait arriver à tous moments pendant toutes ces campagnes...

Participais-tu dans une quelconque discipline dans les Jeux qu'Alexandre organisait parfois?

Que les dieux veillent toujours sur vous.

Vous êtes dans mon coeur.

Ushta te... c'est du persan... (que la joie soit en toi).

Alexandre



Doux Alexandre,

Je t'écris encore à quel point tu me vois désolé et bas.

Je suis étendu sur ce lit qui me donne l'impression d'appeler la mort de mes voeux.

Dieux, je veux mourir sur un champ de bataille.

Ainsi que tu implores, je te réponds.

Mon amour, pour mon Seigneur est plus grand que cet empire, plus grand que ce que nous ne verrons jamais, et ma loyauté, plus forte et plus étendue encore.

Il est le seul à qui je ne peux mentir, le seul sous qui je me sens défaillir et je suis moi le seul à pouvoir me comporter de la sorte avec lui.

J'ai prié pour ton Achille disparu, les maladies sont un réel fléau, parfois nous arrivons à force d'onguents et de patience à en guérir certaines mais certains meurent d'une vulgaire piqûre...

Était-ce il y a longtemps?

Quel était son pays dont tu me parles?  L'Orient? La Perse, L'Inde?

Ce sont des contrées magnifiques, où le soleil ne semble jamais s'éteindre, où les pluies sont démentielles mais où il fait bon vivre.

Babylone est de ces cités où vivre est un délice, car en été on peut se reposer à l'ombre des palmes alors qu'en hiver de doux braseros et de belles personnes s'occupent de vous réchauffer.

Les paysages sont tellement différents de notre Macédoine que même les arbres nous sont apparus comme étranges.

Les Alexandries sont de pures merveilles, je te recommande d'y aller, si elles ont survécu à tous ces siècles que tu nommes.

Les épices et le sang ont un autre goût, passé certaines frontières.

La peur se surmonte étant jeune, lorsque l'on se sait guerrier, on apprend ces choses-là.

Je n'ai jamais eu peur de perdre Alexandre, et ma foi inaltérable en ses missions et en son courage m'a été d'une grande utilité.

Lorsque le champ de bataille nous appelle, il faut se montrer humble et non méfiant comme tu le suggères car c'est peut-être là que nous rejoindrons les Champs-Élysées, je n'ai jamais eu peur en ces instants, et j'espère qu'aucune de mes phalanges ne l'a jamais eue, aucune lance ni aucun cavalier, car ce n'est pas la mort en elle-même qui apeurerait les coeurs, mais le déshonneur qui pourrait en résulter.

Je participais peu à ces amusements, je me contentais de regarder, comme beaucoup.

Mais plus jeune j'étais imbattable dans certaines disciplines athlétiques.

J'aimais le disque, la course et la lutte, où je suis resté très bon.

Écris-moi, si tu le souhaites.

Que les Dieux veillent sur toi, et pour toujours, Alexandre.

Ushta te.

Hephaïstion.



Si doux Héphaïstion,

Ton premier écrit m'est parvenu hier soir... et le second à l'instant. Avec une joie immense j'ai lu tes réponses. Merci à toi du fond de mon coeur! Je vais d'abord répondre à ta première missive, puis demain je répondrais à la seconde. Tu ne peux savoir le bonheur que tu me donnes. Je te fais parvenir déjà ce message pour te dire comme je suis heureux, pour te dire encore merci et surtout pour te dire que je pense à toi et que je ne lâche pas ta main.

Que les dieux te gardent. Je te réponds tout de suite.

Alexandre



Tendre Héphaïstion,

Je devais répondre à ta deuxième missive et je n'ai pas eu un instant. Pardonne-moi. Là où je travaille, c'est un peu comme après vos combats... C'est plein de souffrance et de gémissements, de sang et de larmes.. C'est un hôpital et, avec d'autres bien sûr, j'opère, je coupe, je recouds, je répare; surtout j'essaye de soulager à défaut de guérir... Par Asclépios, je t'assure, je fais ce que je peux. Hier j'ai eu trois longues opérations dans le jour et je suis rentré épuisé.

J'ai un peu peur aussi de t'avoir embarrassé avec ma lettre, car tu ne réponds pas. Si c'est le cas, je t'en demande pardon. J'espère me tromper, mais comme je n'ai pas eu de tes nouvelles, je n'ai pas osé écrire... Dis-moi...

J'aimerais savoir si un médecin vous suit dans les combats pour pouvoir intervenir plus vite ou si ce n'est qu'après que vous rameniez les blessés au camp Qu'avez-vous pour soigner? Sais-tu le nom des remèdes et des instruments?

As-tu déjà été gravement blessé? Comment t'a-t-on soigné?

Avant de te poser d'autres questions je préfère attendre tes réponses...

J'espère que tu vas mieux...

Que les Dieux te protègent toujours, toi et ton Amour.

Réponds-moi, je t'en prie.

Ushta te.



Cher Alexandre,

Je te remercie de ta lettre, de ta chaleur, j'espère être aussi plaisant par mes écrits que tu te veux bien l'être.
Je n'ai pas bien compris ce qu'était ton métier? Tu es médecin c'est cela? Tu t'occupes de graves blessés ?
Tu ne m'ennuies pas avec tes lettres. J'espère en faire autant.

Concernant tes questions, non, une personne qui ne se situe pas dans un corps guerrier de l'armée ne peut pas nous suivre dans le coeur de la bataille, tout simplement parce qu'au lieu de nous aider elle se ferait probablement tuer plus facilement, et nous n'aurions ensuite plus d'aide de ce type, mais en revanche il y a une centaine d'aides de camps habilités aux soins et ceux-là sont dans des tentes, montées près de celles des somatophylaques, les gardes personnels des hauts gradés, et à tour de rôle nous nous y rendions lorsque la nécessité s'en faisait sentir, à Babylone il y avait des maisons de guérison et des médecins compétents, tout comme en Grèce ou sur les hautes terres d'Égypte.

Il est difficile pour moi de te répondre clairement en ce qui concerne le domaine des soins car je suis général et non pas médecin, mais je puis te confier quelques pratiques et autres rites de guérison. Tu cites Asclépios en bonne référence car c'est effectivement lui qui fait office de protecteur des soigneurs et autres manipulateurs de couteaux à chair.
Tu demandes comment nous pouvons nous en sortir, parfois c'est possible, d'autres non.
On conjure un serpent en suçant le poison puis en se purifiant la bouche ainsi que la plaie d'une eau pure, mais on ne remédie pas à une tête coupée, dans ton monde si?

J'ai déjà été gravement blessé, oui pas mal de fois, étant jeune, de mauvaises chutes de cheval m'ont laissé le genou broyé pendant près d'un an, mais à part cela, et je devais avoir huit ans, rien d'aussi long, en terme de convalescence, mais j'ai déjà été au contact de glaives et de lances qui m'ont laissé un souvenir ému. La plupart du temps, si c'est sur le champ de bataille, on ne prend pas le temps de recoudre, on verse une liqueur si c'est possible puis on applique une lame incandescente sur la plaie avant de nous laisser repartir si l'on est toujours conscient et en état de se battre.
Les termes et les noms, en voilà une question! J'ai demandé à un ami, chargé de cela, en ce qui me concerne et il m'a répondu assez vaguement.
Mais voici, ceux qui nous gardent se nomment ἰατήÏ�, dans ma langue, mais beaucoup se présentent comme tels alors qu'ils se sont que des charlatans, au même titre que celui de devin ou de guide, il faut donc choisir soigneusement celui qui peut vous sauver la vie.

Tu as déjà sauvé la mienne.

Mais pour poursuivre il m'a expliqué, et je me le rappelle à présent, que le dieu des guérisseurs est adoré dans de grands endroits, chez ces amateurs de jeunes garçons athéniens par exemple, où un rituel consiste à se baigner dans un bain purificateur avant d'offrir un sacrifice ou bien un autre qui consiste à entonner péans et cantiques avant de s'endormir sous l'idole bienfaitrice d'un dieu, où il rêvera sûrement dudit dieu lui prédisant les médications à se procurer ou bien d'un toucher gracieux, lui ôtera tout mal.
Quoi qu'il arrive, tous ces services se paient, d'une manière ou d'une autre.
Les bouillons, cataplasmes ou élixirs qui sont prescrits par la suite peuvent varier entre sang de poule béni ou réels onguents.
Mais il y a bien des instruments coupants et filandreux qui servent à soigner, ainsi que tu le demandais.
Et nombre d'Alexandries se veulent dotées de telles choses pour parfaire la santé du peuple. Et cette science artistique se développe, par exemple les seigneurs envoient à leurs médecins les corps encore vifs de grands criminels afin de leur permettre de trouver des moyens radicaux et précis moins vagues que ceux envoyés par les divinités.

Il y a encore tout l'art de guérison égyptien mais je ne saurais t'en parler car personne n'est là pour me renseigner, je suis moi-même alité depuis deux jours et c'est assez contraignant, nous sommes à Ecbatane, te l'ai-je déjà dit?
Rentrés des Indes, en route pour notre Babylone.

Je pense à toi.
Ushta te.
Accepte mes humbles réponses.
Pose toutes tes questions, ami.
Ah! Mon Amour mon Amour mais où est-il alors que Thanatos m'appelle ?


Hephaïstion.



Mon doux Héphaïstion,

Je ne sais plus trop à quelle lettre tu as si gentiment répondu car mon impatience à te lire m'en a fait envoyer plusieurs à la suite...

En fait si je sais, mais j'avais si peur de t'embarrasser de ma tendresse et de mon amour pour toi.

Ne pars pas, tu n'as rien entendu, Thanatos ne t'appelle pas, c'est parce que tu es faible. Ne m'as-tu point vu à ton chevet? tu ne m'en as rien dit? S'il te plaît, réponds-moi.

Ne suis-je donc voué sur cette terre qu'à perdre ceux si chers à mon coeur?

Pourquoi? Ai-je fais quelque chose de mal pour lequel les dieux me punissent?

Je t'ai déjà parlé de mon Achille... Merci d'avoir prié pour lui. Moi aussi j'ai prié, demandé de prendre sa place, supplié mais les dieux sont restés sourds à mes prières. Il a beaucoup souffert et moi, comme médecin, je n'ai rien pu faire. Rien. Juste le soulager un peu, et l'aimer, l'aimer, l'aimer.

Tu m'as demandé si c'était il y a longtemps... Oui, quelques trop longues années déjà, mais tu sais pour moi, le temps n'est rien. C'est comme si cela s'était passé hier. J'ai hurlé trois jours entiers. Il est parti un jour d'hiver, très triste, même le ciel versait des larmes de pluie.

Il venait de Perse. Il était très beau, avec de grands yeux noirs magnifiques et si doux, des cheveux longs flottant sur ses épaules. J'ai l'impression qu'il a toujours été dans ma vie. Quand nos regards se sont croisés j'avais quinze ans et lui vingt-cinq. Il enseignait dans mon école, mais n'était pas mon professeur, heureusement... Comment aurais-je pu travailler s'il m'avait dispensé des cours? J'ai préféré, et de loin, l'enseignement qu'il n'avait que pour moi!  Nous nous sommes aimés comme des fous jusqu'à sa disparition... et je l'aime toujours. Je pense que tant que nous aimons et que nous parlons de nos Amours, ils ne meurent jamais... Ainsi même s'il est vrai aussi que dans mon monde ton Amour n'est plus, sache que dans mon coeur il est toujours vivant... ;

Je trouverais le remède... Dis-moi exactement ce qui provoque ta si vilaine toux.

Mon tendre petit général, ne me laisse pas toi aussi.

Tes mots me bouleversent toujours, le sais-tu? Tout ce que tu me dis de ton Amour, je le devinais; je sais qu'il passe pour toi avant tout, avant les honneurs, le pouvoir, et tout le reste.

A-t-il assez de temps pour toi? Ne te languis-tu pas trop souvent de sa présence? Son statut de Roi l'occupe à un point tel qu'il doit être difficile de vous préserver. Mais si douces sont alors les heures de la nuit. Je pense à ta délicieuse phrase:»Il n'y a que sous lui que je me sens défaillir». Puissent les dieux vous protéger et étendre leurs bienfaits sur vos boucles mêlées.

Merci de ta longue réponse à mes questions médicales. Tu ne peux imaginer mon bonheur à trouver tes parchemins quand je rentre de mon hôpital. Tant de choses que j'ignore. En fait, pour répondre aux tiennes, oui, je suis médecin: chirurgien, connais-tu ce mot? J'opère les malades, très gravement blessés. Souvent malheureusement quand des catastrophes naturelles agitent mon monde, je m'engage, je pars sur place avec une équipe pour opérer. Cela doit ressembler à tes champs de batailles. Alors pendant des jours et des nuits nous travaillons sur le terrain, dans le sang et le désespoir, la fatigue extrême, mais pour une vie sauvée -même rien qu'une- j'irai au bout du monde. Dans les yeux de mes patients, je vois toujours les grands yeux noirs suppliants de mon Achille pour qui je n'ai pu donner que de l'Amour et il m'aide alors à oublier la fatigue.

Il me faut aller à présent ...

Tendre Héphaïstion, si doux dans mon coeur, je reste à ton chevet.

Tu me dis que j'ai déjà sauvé ta vie: je ne comprends pas...

Que les dieux aussi restent penchés sur toi.

Je pense à toi. Ta douceur m'accompagne là où je dois aller. Ne me laisse pas tout seul, je n'en ai plus la force.

Alexandre



Tendre Alexandre,

Comme j'attends de tes nouvelles à chaque fois. À présent je réponds à chacune de tes dernières missives. Ton amour pour moi? Tu me l'apprends. M'aimes-tu, mon petit médecin?

Thanatos me réclame, je le crains. La faiblesse est présente mais l'agonie aussi; pourtant, lorsque nous sommes en communion, j'ai bien l'impression que le temps suspend son envol. Je ne te vois pas à mon chevet, où te caches-tu? Tu ne me perdra pas, c'est pour cela que je te disais que tu avais déjà sauvé ma vie, en te rappelant que je sens la mort arriver et je n'éprouve aucune gloire, ni aucune crainte, parce que je sais que le nom d'Alexandre, et tu en es l'exemple concret, et ses exploits perdureront encore et encore, et mon nom associé, sera aussi  éternel.

Tu n'as rien fais de mal, tu vis avec ton coeur et laisse tes émotions prendre le dessus. Fais attention, cela te jouera sûrement de mauvais tours, et tu pourrais en souffrir.

Ton Achille, j'en suis sûr, s'épand aux Champs Élysées, il t'aime et t'espère, j'ai prié pour lui, oui.  J'ai ressenti ta tendresse envers lui et j'ai eu mal, aussi. Les dieux sont capricieux et tu le sais, si le seigneur du Tartare a réclamé son âme c'est qu'aucune ne pouvait être apportée à sa place. Il te jalousait sûrement, Alexandre. Tu me vois désolé mais comme je te comprends lorsque tu exprimes ton désarroi face à ton métier qui, dans ce cas bien précis, n'aura pas réussi à le sauver. Je ne souhaite pas te faire mal davantage, mais mes compétences militaires n'ont pas forcément sauvé les gens que j'aimais non plus. J'ai décapité un ennemi avant qu'il ne s'en prenne à Cassandre sur qui il donnait l'assaut, mais c'est probablement Cassandre et d'autres qui m'ont mis dans cet état.

Quoi qu'il en soit, aime, aime et aime. Vraiment, je ne connais que trop bien ces sentiments dont tu me parles. Ton ami avait l'air d'être beau et exceptionnel, et il est normal que ta flamme ne se voit pas amoindrie par sa disparition, cela a du être brutal. Mais je ne pense pas qu'il aimerait te savoir aussi malheureux que tu me le décris. Qu'en pense-tu ? Ne trouves-tu personne pour te combler? N'y-a-t-il aucune femme dans ta vie? Ou bien n'aimes-tu que les hommes? Même dans ce cas, tu pourrais trouver l'amour, ce qui ne signifirait pas l'oublier, car tout ce que vous avez partagé a fait ce que tu es aujourd'hui, surtout à l'âge où tu l'as rencontré, l'âge où l'on devient un homme.

Tu souhaites trouver un remède? Oh, je ne sais pas! Le médecin m'a prescrit de la diète, immonde supplice alors qu'ils font la fête dehors. J'ai mangé du poulet bouillli et bu trop de vin ces derniers jours, et je me sens si faible! On me dit très pâle, mes mains tremblent et je suis constamment en sueur; mes paupières sont si lourdes que lorsque je m'endors; j'ai parfois bien l'impression que je ne me réveillerai pas.

Tu sais tout de moi et tu me trouves toujours tendre. Quelle ironie! Peut-être alors sais-tu, dans ton futur, que je suis bien sur mon lit de mort.

Il a tout le temps du monde pour son général, parce qu'il sait que mes stratégies sont compétentes, parfois, mais pour l'amant il est bien plus rare d'avoir une intimité concrète, parce que d'une part, l'amour n'a pas besoin de se manifester par la chair; un regard suffit, un toucher, un sourire et de plus parce que nous sommes mariés à plusieurs femmes, qu'il nous faut tout d'abord honorer avant de penser à son amour primitif et secret. Il est en moi, et de partout: dans mon souffle, dans mes élans de glaive et dans mes coups de reins. Son temps pour moi est donc bien réparti. Bien sûr que je me languis, lorsque nous ne dormons pas ensemble, lorsqu'il est dans les bras de cette cousine de ton Achille, qui me hait autant que ton traître de père. Oui, si douces sont les heures de la nuit.

Oh! Oui, les réponses au sujet médical, j'ai essayé d'être clair, mais est-ce que cela t'a été d'une utilité quelconque? En sais-tu plus maintenant? Chirurgien, oui je connais ce mot, peu de gens peuvent se targuer d'être chirurgien. Ici c'est un grand honneur au même titre que devin, mais t'avais-je dit qu'il y a partout sur terre des gens qui prétendent guérir en ne faisant qu'amasser de l'or? Ils soignent avec une prétendue magie bénéfique venue du Panthéon et, alors qu'on les sollicite pour des rhumatismes aux pieds, ils préconisent des linges humides sur la tête et un verre de sang de boeuf sacrificiel tous les quatre jours!

Ce que tu fais, tu as l'air de le faire bien et dans de meilleures conditions qu'ici. Ainsi j'espère que tu continueras encore longtemps, car si moi je prends des vies, toi tu en donnes et en sauves, et tu mériterais d'avoir toute cette gloire que je ne mérite pas tant que ça.

Va donc, à présent. Va en paix.

Amour, amour. Les dieux m'oublient parce qu'ils ont trouvé mieux, je le pense. Quelqu'un qui parcourt cette terre à la recherche de corps à sauver est plus glorieux qu'un homme qui marche dans l'ombre d'un Grand, en fauchant toutes les vies que le précédent tente de sauver.

Rester à mon chevet ne t'apportera que tristesse, Alexandre.

Ushta te.
Doa tan dorosti.

Et alors tiens ma main.

Hephaïstion.



Alexandre

Mon tendre petit général,

Depuis ce matin, je t'attends... Bénis soient les dieux! Merci de cette si tendre lettre. J'ai si peu de temps pour te répondre. Alors toi aussi tu attends mes nouvelles, cela remplit mon coeur. Dis-moi que nous pourrons nous écrire encore puisque malgré tous ces siècles, cet échange a pu être possible: pourquoi faudrait-il que ce ne le soit plus?

Oui, je t'aime, je t'ai toujours aimé et de pouvoir te le dire me bouleverse à un point que tu ne peux imaginer. Je connais ton histoire par coeur, elle a bercé tous mes rêves comme je te l'ai dit. Jamais je n'aurais pu imaginer ce bonheur, cet échange avec toi. Mon coeur se serre. Les gens avec lesquels je travaille me trouvent changé, ils me croient souffrant: moi  aussi et je le suis. Ils chuchotent entre eux que je dois être amoureux et comme ils ont raison! Mais je te garde bien caché dans mon coeur.

Tu as toujours fait partie de ma vie. Tous les mots que tu me donnes se gravent à jamais dans mon coeur. Tes parchemins ne me quittent pas, ni le jour, ni la nuit! Je suis près de toi, des larmes coulent de mes yeux et brouillent toutes ces lettres que j'essaye de former pour te les envoyer au plus vite!

Laisse moi t'écrire encore,je t'en prie! Je suis à genoux près de ton lit de souffrance et je revois cet autre lit d'où mon Amour m'a laissé. Je sais quel est le nom de ton mal, je sais comment le guérir, laisse-moi venir près de toi...

Je me suis échappé de mon travail pour t'écrire ces quelques mots. Je ne pourrai répondre à cette grande lettre que demain soir car je vais travailler toute cette nuit et demain matin sûrement.

Je reste près de toi, toutes mes pensées vont vers toi.

Je mets ma main dans la tienne, mon si doux Héphaïstion. Ne pars pas ou alors emmène-moi... Tes mots sont si doux pour moi. Que les dieux entendent mes prières. Repose toi , je veille. Je veux rester près de toi. Je t'écrirai demain  mais si tu veux me parler cette nuit, je suis là. Je verrai tes mots et ils m'aideront dans cette longue nuit de veille.

Tendres baisers,

Alexandre



Alexandre,

Comme c'est étrange tous ces mots qui me bouleversent! J'attendrai des lunes pour te lire, tendre éphèbe, mais je sais qu'ils seront doux ces mots que tu m'enverras de si loin. Où que tu sois, je te souhaite le meilleur, puisse ta nuit de veille être des plus paisible! Puissent ces personnes sur qui tu veilles partager ta quiétude et trouver le repos.

Nous nous écrirons encore et encore, jusqu'à la fin de ces jours, jusqu'à ce que mes lèvres puissent dicter aux scribes, jusqu'à ce que je ne sois plus, nous parlerons encore et encore, doux Alexandre, si cela est ton souhait, car à l'heure où les psaumes de convalescence vont retentir dans tout ce palais, je sais que toi, tu ne me pleureras pas car tu seras béat et heureux, peut-être, de me savoir plus près de toi encore, veillant.

Tu dis que tu m'aimes! Ah! Mon coeur! Mes entrailles! Par Aphrodite! Tous ces Alexandre que j'aime donc!

Tu sembles tant savoir de moi, mais moi... Tous ceux de ton monde me parlent de cette représentation picturale de moi, de nous, un film je crois, c'est cela?  Je n'ai que trop peu compris mais qu'à cela ne tienne. Toi tu sais, plus sûrement.

Ne reste pas à genoux, et soigne-moi donc, si tu peux le faire. Si. Prends-la, cette main et mes pensées aussi. Et écris moi demain, comme tu me l'as promis, en réponse à mon autre missive.

Je reste, regarde.

Héphaïstion



Mon tendre Héphaïstion,

Je viens de rentrer.Cette nuit de veille près de toi et en même temps à mon travail... Un grand chirurgien très renommé a opéré cette nuit dans mon hôpital, un cas grave. Un changement d'organe très délicat. J'ai assisté l'opération avec deux autres médecins, une très longue opération: c'est pourquoi j'ai travaillé cette nuit, mais toutes mes pensées, sache-le, étaient tournées vers Ectabane. J''ai gardé ta main dans la mienne comme tu me l'as demandé, et je la réchauffais de mes lèvres. As-tu senti ma chaleur?

Il faisait encore nuit quand, sur mon bureau, j'ai vu ton message déposé, mais l'aube pointait déjà... Doux sont tes mots à mon coeur fatigué.

J'ai dormi trois heures, car ma journée à moi allait commencer. J'espèrais ne pas rentrer trop tard.

Je réponds à tes deux lettres.

Je crois que je suis un tout petit peu plus âgé que toi mais si tu me voyais, je suis là devant cette feuille, si timide tout à coup, de tous les mots que j'ai envie de te dire et que je n'ose pas. Mes mains en tremblent.

Tu me dis que nous pouvons nous écrire, encore et encore et nous parler encore et encore: c'est vrai, n'est-ce pas tendre amour? Ce souhait m'est si cher en effet, tu ne peux savoir à quel point...

Merci de me laisser te soigner, je me ferai si doux que tu ne souffriras plus, mes gestes se feront si tendres que tu les sentiras à peine. Tu ne sentiras que des caresses sur ta peau si douce.

Mais promets-moi, il ne faut rien manger, les lésions de ton estomac ne sont pas encore guéries sûrement... Tu as la typhoïde. mais tu peux boire de l'eau pure, un peu. Laisse moi soutenir ta tête et porter la coupe à tes lèvres, elles sont pleines et si douces à mes doigts émus.

Te rappelles-tu que j'ai posé ma main sur ton coeur une nuit?

Tu me demandes aussi dans ta lettre si je ne trouve personne pour me combler. Je pourrais, je te l'avoue, avoir des rapports physiques, mais je ne veux pas. Personne en ce monde ne m'attire. Je n'ai pas envie de rapport charnel sans amour, sans tendresse, ni confiance, ni complicité. J'ai besoin d'autres choses en plus. Bien sûr, l'amour charnel a beaucoup d'importance pour moi et, depuis quelques jours, puis-je t'avouer que je t'imagine souvent dans mes bras? Je t'ai avoué dans une autre lettre que tu as été mon premier émoi et toujours tu as gardé une place de choix au fond de mon coeur. Alors tu comprends peut-être mieux maintenant pourquoi je suis venu vers toi.

Je me tiens là si désemparé, je ne sais plus que penser ni que dire. Aide-moi!

Tu dis:«tu sais tout de moi et tu me trouves toujours tendre»... Si doux Héphaïstion, je t'ai toujours trouvé adorable. Ton époque demande des soldats et des batailles. Cela a toujours été ta vie, tu me l'as dit, mais je te crois d'un bois très tendre, plein de sensibilité, de timidité même dans l'intimité et c'est pour tout cela que je t'aime, pour tout ce que tu es sous ta cuirasse, et que je devine. Par tous les dieux de l'Olympe, je suis très ému de t'écrire cette lettre; j'ai l'impression de ne plus savoir les mots. Me laisseras-tu te prendre dans mes bras? Je suis paralysé de peur de te déplaire par mes propos: dis-moi, guide-moi à présent, je t'en prie. Je sais commme l'amour peut être tendre près de toi: je l'ai lu dans les livres et je l'ai vu dans tes yeux. Je sais aussi ce que peut être juste un frôlement de main très doux, à l'insu de tous et même la délicieuse attente de ce frôlement... Je sais ce qu'un regard peut signifier, ce qu'il peut porter dans le coeur de celui qui le donne et dans celui qui le reçoit, car tout cela je l'ai vécu!

Tu as cité l'Avesta, doux Héphaïstion, et mon coeur s'est ouvert encore un peu plus sous cette caresse de toi. Merci. Mes mots te bouleversent, dis-tu, si tu savais comme les tiens sont doux et troublants à mon oreille, plus personne, depuis si longtemps, ne m'avait parlé ainsi, si tendrement depuis que mon Amour est parti!

Tu me demandes s'il y a une femme dans ma vie: non, je n'aime que les hommes.

Je sais à quel «film» tu fais référence. Des gens t'en ont parlé? Ne crois surtout pas que c'est la représentation qu'ils ont donnée de toi que j'aime et que c'est ce qui m'a poussé à t'écrire. Non, je n'ai pas voulu voir ce «film». Je ne voulais vous voir abimés peut-être, toi et ton Amour, mais je sais qui est l'acteur qui a endossé ton personnage. Rassure-toi, il est très charmant et bien fait.

Non, mon petit général, je t'aime depuis bien plus lontemps, je te l'ai dit, et justement dis-moi si l'image que je porte en mon coeur se rapproche de la vraie? Tu es grand, les yeux plutôt clairs et les cheveux sombres? Mais surtout je vois un regard très tendre, un coeur pur et aimant, je te sais sensible, sensuel je pense, avec un immense besoin d'amour, une peau de satin, un corps adorable.

Tu me dis attendre à présent aussi mes lettres!Veux-tu dire par là que tu ressens un peu de tendresse pour moi? C'est à toi maintenant de me dire, je me sens comme un petit garçon! Parle-moi. Je n'ai envie que de te parler d'amour car mon coeur est plein de toi, mais je n'ose pas. Tu m'as appelé «ton petit médecin». J'ai pleuré de bonheur, tu dois me trouver bien puéril! Mon doux amour, il me faut aller dormir un peu, écris-moi vite! Mes rêves, je le sais, seront peuplés de toi. Tu m'as dit que tu restais, je te crois! Je te regarde. Parle-moi vite!

Je pense à toi.

Ushta te.

Qu'Aphrodite veille sur toi à présent,

Alexandre



Mon tendre petit médecin,

Et que de voir les douceurs s'aligner sur ce papyrus déjà trempé me redonne un peu de couleurs.
Tu sembles avoir des nuits agitées, de par ton travail, mais c'est quelque chose que tu as choisi, je pense, comme une vocation, comme moi.
Je fais sans cesse des cauchemars, hier Alexandre m'a veillé, lui aussi, il était là, et bien que je ne connaisse rien de tes traits, dans ses gestes je voyais un peu des tiens, tant par tes descriptions tu semblais vraiment être là, en lui, en moi.
Il fait chaud, bien trop, et ces plumes sans cesse agitées devant moi ne font plus leur office depuis des jours déjà... De l'eau oui, je veux de l'eau, du miel, du pain, un verre de vin, des raisins mûrs, de belles cuisses et un coq énorme, et toi, ta présence et tes mots, qui me calment tant alors qu'ici tout le monde me monte déjà sur ce bûcher. Est-ce mal?
Je les priais alors que maintenant je me déçois à les maudire de t'avoir fait si loin de moi, si plein d'amour dont je ne puis profiter.
Mon Alexandre. L'autre, cet Alexandre.
Je sens encore ta chaleur, tes doigts agiles et tes lèvres sucrées.
Merci pour ta patience et tes sons si salvateurs.

Parle-moi de cette opération.
Vous pouvez offrir un organe à un mourant?
Comment est-ce possible? Cela relève de la magie des dieux...
Mon médecin a voulu me droguer lorsque je lui ai parlé de toi, son homologue, de tes oeuvres, de ta gentillesse, il a dit que ce n'était pas possible, et m'a presque insulté lorsque je lui ai dit, sous ton couvert, comment me soigner, et quel était mon mal, il continue de penser que c'est une malédiction du roi des éléphants, une peste rare ou une fièvre exotique.
Je t'écoute pourtant, je ne mange rien, mais je me sens défaillir, si faible.
Je tiendrai.
Je tiendrai.

Lorsque je t'écris il fait nuit aussi, car je dors le jour, le soleil me fait mal aux yeux, on me dépose parfois sur un balcon pour que je puisse en profiter, mais ils ne comprennent toujours pas que je leur demande de me rentrer. Il y a décidément toujours quelqu'un qui sait mieux que soi ce qui est bon pour nous.
Ces règles stupides m'agacent de plus en plus et ces coutumes protocolaires encore plus, qu'ai-je demandé pour être chiliarque?
Je voudrais juste être à des centaines de contrées loin d'ici, près de vous tous qui m'aimez tant, peut-être est-ce ce qui m'attend si je suis le seigneur dans sa chambre de mort comme il me l'intime.
Non, je tiendrai.

Tu es donc plus âgé? J'ai pour ma part trente-deux ans.
J'ai bien vécu si l'on peut dire.
Ne soit pas timide, l'heure n'est pas à la réserve, tu es mon secret petit médecin, tapi en mon sein, sur mes os et ma mémoire à défaut de hanches et de chairs.
Oui, nous nous écrirons parce que je te promets d'aller mieux, d'écouter tes posologies et tes prédictions, tu es toute magie et divin lorsque je t'imagine encore et encore, regrettant presque ma vie de soldat contre celle d'homme banal, gardien et aimant.
Mais la gloire, la gloire.. Notre temps et tout le reste.
Ne tremble pas et approche, mon doux feu, comme tu es chaud à mon âme.

Et voilà que mon nez saigne à nouveau, pitié, je ne souhaite pas cette missive tachée, et souillée, pardonne-moi.

Je comprends que tu ne veuilles pas te gâcher avec quelqu'un pour qui tu ne ressentirais rien, c'est honorable. Fais donc comme il te convient.
Lorsque tu aimes, tu le prouves par le don de soi, c'est beau. Tu mérites assurément quelqu'un d'aussi bon, et je ne doute pas de sa venue dans ton existence sous peu. Un bel homme, il sera fort et te soutiendra quoi qu'il advienne, il ne te fera pas oublier ton professeur mais sera pour toi plus qu'un confident ou amant, et tu aimeras plein de passion, à nouveau. Et je resterai dans tes bras, si tu le veux.

Tant de confidences, tu dis beaucoup de choses, et j'en suis touché.
Comment m'as-tu connu?
Pardonne ma curiosité, mais tu m'as parlé de livre, il y a une certaine Mary il me semble, mais c'est assez vague..

Tu me demandes de te guider, mais même si j'ai fait cela toute ma vie pour des milliers d'hommes, je me sens là, si petit et impuissant, je compte sur toi et réciproquement. Cela aurait pu être drôle en d'autres circonstances. Mais je suis là. Sache-le.

Es-tu donc dans l'attente d'intimité? De ce sourire et de ce toucher sur ta paume?
M'attends-tu?

Oh oui!
L'Avesta, ces écrits saints craints de beaucoup, moi-même je n'ai jamais voulu m'en approcher.
Mais de doux présages en émanant me sont apparus en songes depuis que tu m'as conquis.
Tu me vois fier d'avoir percé ton coeur de cette manière.

Je n'ose me hisser prés de ton Amour dans ta vision des choses, jamais, mais je suis flatté de tant de considération.
Ces gens de ton travail disent que j'ai un effet bienfaiteur sur toi, c'est bien cela?
Est-ce vrai?

On m'a parlé de ce film oui, et on m'a vanté les yeux de glace de cet homme qui me représente.
Il doit être très beau alors.
J'espère l'avoir été tout autant lorsque mes boucles étaient saines et brillantes, alors.

Tu sembles me voir comme un petit garçon, sans doute que c'est un peu le cas, mais je sais être dur et cruel, je ne suis pas là pour inviter de jeunes gens dans ma tente comme d'autres généraux avaient l'habitude de le faire, j'avais une tâche et mon essentiel était de m'en acquitter.
J'ai besoin de vie, des gens, d'amour et de tout. Besoin de toi, maintenant, j'aime tout explorer, tout connaître, être sage.

Pour te répondre, oui j'ai beaucoup de tendresse et de passion pour toi.
Pardonne-moi, c'est mes mots qui sont puérils à présent.
Mais à mon réveil ce sont tes mots que je cherche, ta voix et tes mains.

Parle-moi, de toi, d'amour, et de ton monde. Je t'en conjure, Alexandre.
Ne pleure plus, mon petit médecin, garde-moi juste auprès de toi.

J'espère que ta nuit aura été aussi paisible que je l'espérais.
Douce nuit quant à celle ci.

Je t'envoie tout ce que j'ai de plus cher, Amour.
Prends tout.
Ne rends rien.
Mais écris-moi encore, si tu le peux.

Ushta te.
Plus que tout.
Héphaïstion



Mon tendre chéri,

J'ai reçu ta missive cette nuit comme souvent. Je veillais, j'étais tout avec toi. J'ai lentement déroulé ton parchemin, en tremblant, incapable d'en lire un seul mot.

Tu sais, c'est rare que je travaille la nuit. C'était exceptionnel. C'est à cause de cette si longue opération à laquelle j'ai eu le privilège d'assister. C'était une transplantation cardiaque très délicate sur un patient déjà âgé. Il n'était pas mourant, mais avait besoin de ce don pour prolonger sa vie. Nous n'opérons pas les mourants, il faut les opérer avant que leur mal ne se complique.  Nous étions six dont ce très grand chirurgien qui s'est déplacé exprès. Le patient va bien, il se remet lentement. Moi, je n'opère que le jour, des cas moins compliqués. Oui, j'aime mon travail, c'est ce que j'ai toujours voulu faire, depuis que je suis enfant.

Tu fais des cauchemars, mon tendre Amour, que puis -je faire pour les éloigner? Viens vite dans mes bras et je ne laisserai plus aucun nuage noir assombrir tes rêves. Je te le promets. Oui, j'étais là près de toi, cette nuit-là... Je suis si heureux que tu ais senti ma présence et ma chaleur!

Suis-je donc aussi ton Alexandre? Béni soit tout l'Olympe. J'ai beaucoup de mal à t'écrire car ma main tremble. Je ne sais plus où j'en suis. Je me torture à cause des autres qui peuvent t'écrire et te plaire, te dire qu'ils t'aiment: que leur répondras-tu? Je suis comme un enfant perdu, aide moi! Je ne me reconnais plus. Je suis jaloux de tout ce qu'ils pourront te dire, je n'ai que mon amour...

Ne prend aucune drogue, mon aimé, ne bois que de l'eau pure, je t'en conjure! Et petit à petit tu pourras te réalimenter, tout doucement. Pour être encore plus près de toi, et te prouver mon amour, je suis le même régime, ainsi tu te sentiras moins seul. De toute façon je suis incapable de manger quoi que ce soit, je ne peux pas. Tu me nourris de tes mots et de ta tendresse et de ta douceur, je n'ai besoin de rien d'autre. Connais-tu cette expression «vivre d'amour et d'eau fraîche»?. J'en fais l'expérience en ce moment, à part que je la bois chaude... Par la belle Aphrodite, tu donnes à nouveau un sens à ma vie, Héphaïstion, je ne sais pas t'expliquer ce que je ressens, c'est tellement étrange! Depuis que mon Amour est parti, je n'avais plus senti mon coeur battre ainsi ni mon corps vibrer à la seule pensée de ta main sur la mienne, et plus encore, oui tellement plus!

Je viens d'avoir trente-neuf ans. J'espère que tu ne me trouves pas trop vieux! Rassure-toi, je ne te vois pas comme un petit garçon. Je te sais fort, je voulais parler de ce que je sens en toi. Tu n'es pas comme les autres. Je te l'ai dit, je lis le grec et le latin et j'ai lu tous les textes que j'ai pu trouver parlant de toi et de ton Roi. Tous les textes le disent: ils parlent de toi comme d'un général hors du commun, glorieux et juste, et tous ajoutent toujours une petite phrase vantant la douceur de ton regard, ta beauté -celle de ton corps et aussi celle de ton esprit.

Tu me parles d'un homme qui pourrait venir dans ma vie. Je n'en veux pas. C'est toi que j'aime. Tu me dis de n'être pas timide, mais comment ne le serais-je pas? Comment te dire ces mots qui brûlent mes lèvres et mon corps tout entier à la seule pensée de poser ma main sur ta peau de soie? Et d'oser une caresse...

Tu me dis que tu resteras dans mes bras. Reste, reste, ne t'éloigne plus, laisse moi te chérir à jamais. Je n'ai besoin de personne d'autre. Dans mon coeur, je n'ai de la place que pour deux et tu es l'un des deux, tu y vis depuis si lontemps, je te l'ai dit.

Je t'ai connu, j'avais onze ans. Ce fut un éblouissement. J'avais compris dans les histoires de notre professeur de grec qu'il ne disait pas tout. Alors je t'ai cherché tout seul dans les livres. Tu étais si proche d'Alexandre, et moi déjà si ému de ta présence à ses côtés. Les années passant, j'ai su votre doux secret et je me suis senti moins seul, car je me savais différent depuis lontemps. Je n'avais pas d'ami dans mon école, car les enfants sont cruels entre eux et ils ne me voulaient pas dans leurs jeux. Je n'en ai pas souffert, moi je galopais avec vous deux en terre macédonnienne!

Tu me demandes si je t'attends: oh oui, bien sûr je t'attends, je voudrais... je ne sais pas te dire... tes mots sont si adorables, oui ,je suis dans l'attente d'intimité. Je veux que toi tu me guides, car je ne sais si tu le souhaites aussi, j'ai tant besoin de toi. Tu me dis que tu as besoin de moi aussi, tu me dis tant de douceur: mon coeur déborde, mon tendre Amour, je ne peux même pas y croire!

Laisse-moi démêler tes cheveux. Tu verras, ils redeviendront aussi beaux qu'avant.Tu me parles encore de cet homme du film... N'aie crainte, je te trouve bien plus beau, tes yeux sont bien plus bleus et tes boucles bien plus douces à mes doigts!

Les gens de l'hôpital? Oui, ils me trouvent changé. Personne ne doute plus que je sois amoureux! Certains, les plus proches, m'ont posé des questions, m'ont demandé si j'allais te présenter à eux... J'ai fait celui qui ne comprend pas, puis j'ai souri et j'ai dit: "Non, car il habite très loin".

Je vais t'écrire encore tout à l'heure car j'ai encore plein de choses à te dire mais je veux déjà te faire parvenir cela. Je pense à toi, je n'arrive pas à arrêter de trembler. Je sais pourquoi.

J'ai envie de toi.

Ton Alexandre



Mon tendre amour,

Me voilà de retour avec ma coupe d'eau chaude. Veux-tu la partager avec moi, pour qu'après je puisse poser mes lèvres exactement où tu auras posé les tiennes?

J'ai repris toute ta lettre afin de ne rien oublier cette fois.

Tu me demandes si c'est mal de vouloir toutes ces choses que tu énumères? Beaucoup de choses,tu ne peux les avoir encore mais ce n'est pas mal, je te rassure. Si c'est de mes mots, et de ma présence dont tu ressens le besoin, je suis là, vois, à genoux près de ta couche, mon front contre ta paume offerte. Personne ne te touchera, je l'interdis! Qu'ils y brûlent donc ton médecin, sur leur bûcher! Comment ose-t-il t'insulter d'ailleurs celui-la! Sait-il seulement à qui il parle?

Moi non plus je n'aime pas le soleil.Ferme tes beaux yeux surtout afin qu'il ne te fasse pas de mal! Si je pouvais, je l'éteindrais pour toi...

Tu sais ici, dans mon monde, rien n'a changé, il y a aussi toujours quelqu'un pour essayer de te persuader de ce qu'il est bon de faire ou au contraire de ne pas faire!

T'ai je dit mon âge? Je ne me rappelle plus... Et voilà ton nez qui saigne! Ne t'en inquiète pas, tu es faible mais quand tu pourras remanger un peu, bientôt, tu verras les belles forces que tu reprendras. Je ferai glisser entre tes lèvres un peu de vin,de ma bouche à la tienne, puis des grains de raisins bien mûrs, comme tu les aimes, et tes lèvres si chaudes frôleront mes doigts, et au creux de moi alors, sous leur charmante caresse, je sentirais mon désir envahir tout mon corps.

Si ta lettre est tachée de ton sang, ne t'inquiète pas , elle n'en sera que plus chère à mon coeur!

Il y a d'autres livres encore qui me parlent de toi. J'y reviens si souvent qu'ils en portent les marques, certains dont je ne me sépare jamais, même quand je pars loin! Car quoiqu'il puisse m'arriver -on ne sait jamais dans le monde où je vis et dans les endroits où on m'envoie parfois: pays en guerre, révoltes- j'ai besoin de lire et relire toutes ces phrases. J'ai souligné depuis très lontemps les plus douces. Ainsi je ne me sens pas seul. Je n'emmène que peu de choses vraiment: les lettres de mon Amour et ces livres-la. La prochaine fois, je pourrai y ajouter tes lettres; puisse mon bagage devenir très lourd!

C'est vrai que j'ai changé. Je dois avoir l'air heureux, ils ne sont pas habitués à me voir sourire, les yeux dans le vague... C'est pourquoi tout le monde s'interroge à mon travail. Comme je te l'ai dit tout à l'heure, mes amis proches m'ont posé des questions: je leur ai juste dit que tu avais un poste très important dans l'armée. Ils ont voulu savoir quelle armée, j'ai dit une armée étrangère pour qu'ils me laissent en paix. Puis ils m'ont dit: un poste important? Il doit être bien âgé alors... Je dis que dans cette armée là, la valeur n'attend pas le nombre des années (comme quelqu'un l'a déjà dit si joliment avant moi!) et puis je m'isole dès que je peux pour t'écrire ou juste être en pensée avec toi, te sentir contre moi, juste en fermant les yeux.

Je te rassure, je fais bien ce que j'ai à faire, même si en opérant c'est à toi que je pense, je te l'avoue. Mais cela ne peut qu'être bénefique pour le patient car quand on est heureux cela passe par tout le corps et l'esprit et on est encore plus à même de donner. Et puis le bonheur que l'on porte, on le partage sans le vouloir et tout le monde en profite. Merci tellement de tout ce que tu me donnes, mon petit général chéri!

Tu me dis avoir besoin d'amour, de vie, et de moi maintenant. Est-ce vrai mon aimé? Moi aussi je veux tout explorer, tout connaître avec toi, mais je ne veux pas être sage du tout...

Tu dis qu'à ton réveil tu cherches mes mots, mes mains... Mon tendre amour, je suis ainsi que toi. Tes lettres je ne les ouvre plus qu'en tremblant, je les attends, je ne vis plus que dans l'attente de la prochaine où tu me diras des tendresses, où tes mots ne seront que caresses. Mon doux Héphaïstion, je n'arrive pas à me rendre compte vraiment de ce qui se passe, j'ai peur de rêver, je ne veux plus me réveiller en tout cas! Suis-je fou? Rends-moi heureux, qu'importe ce que pense la terre entière et ces siècles ridicules qui nous séparent! Je ne suis pas tellement plus vieux que toi n'est-ce pas? Pose tes mains sur moi, je t'en supplie, je veux les sentir, je veux me bercer en toi! Tu dis que tu as de la tendresse et de la passion pour moi, c'est donc que tu m'aimes un peu n'est ce pas? Pardonne-moi, je suis tel un enfant, j'ai tant besoin de toi, de tes mots pour me rassurer, pour me dire que j'existe donc encore pour quelqu'un! Que les dieux te chérissent comme tu le mérites!

Je ne pleure plus, si tu restes ainsi près de moi, pour toujours, au creux de mes bras, au creux de mon corps.

Écris-moi vite, afin que je puisse à nouveau te respirer! Et je t'écrirai encore et encore...

J'ai du mal à te laisser. J'attends tes réponses le plus sagement possible!

Ushta te.

Reviens moi vite.

Ton Alexandre



Alexandre,

Tu ne devrais pas être si ému à l'ouverture de mes lettres, elles sont maculées et je suis moins glorieux qu'alors.
Je suis impressionné par tous ces termes que tu utilises pour ton métier.
Moi enfant, un instant j'ai voulu élever des chevaux, j'en ris à présent, c'est eux qui m'élevaient au rang de militaire plus que d'homme.
Mes cauchemars sont là même en plein jour, ils partent puis reviennent inlassablement.
Des gens m'écrivent même pour m'insulter, dire que je ne mérite pas mes grades ou que je suis pitoyable, que répondre alors ?
Viens mon enfant, et trouve une place dans mes entrailles, tu ne seras plus jamais perdu.

Je ne me drogue pas, non ce médecin m'en prescrit pourtant des herbes puantes, je t'ai bien écouté et reste pur.
La tendresse ne guérit pas, et je t'intime de te nourrir convenablement, je ne veux pas de mourrant autre que moi dans cette pièce..
Mes soldats ne te soigneront pas, eux.
Aphrodite semble dicter tes mots d'amour, tu as l'air paisible, je ne saurais te combler, pourtant et tu le sais.
Tu n'es pas vieux, j'entretiens des correspondances avec Aristote, et il est probablement ton grand-père.

Je suis flatté par toutes ces lectures que tu à faites et qui nous vantent en tant qu'individus.
Laisses moi en quelques extraits si tu le peux.
Ne m'attends pas Alexandre, si quelqu'un d'autre doit me voler ton coeur, qu'il te rende heureux dans ce cas, moi je ne suis sûrement plus en position de livrer bataille pour une âme.
Ma peau de soie, comme tu le dis, t'espère et sent ton souffle contre elle quand mes yeux deviennent plus lourds que le poids de la poussière.
Je sais comme les enfants peuvent être cruels entre eux mais tu es grâce Alexandre, et je sais qu'aucun de leurs maux n'aurait pu t'atteindre.
Tu me veux, je le sens bien, mais regardes un peu, comme je suis faible et mourant, si j'avais mes vingt ans sans doute pourrions-nous courir jusqu'à mourir de sueur avant de nous épancher sur de vertes étendues, mais à présent, je sais bien que je ne goûterai plus à la chaleur du lit d'amants, et que je ne courrai plus nulle part.

J'aurais voulu connaître tes amis, leur dire que je pense beaucoup de bien de mon petit médecin, mais effectivement je suis bien loin.
Mon médecin sait à qui il parle, mais il me croit fou, parlant de toi, m'aimant, et capable de me guérir à des milliers de siècles de là..
Il faut le comprendre.
Tu éteins le soleil pour moi, quand c'est à la nuit tombée que tu viens me veiller.
Tu es doux, et je ne doute pas que tu aies les patients les plus chanceux du monde.
Tes amis sont perspicaces, mais je ne suis pas si vieux qu'ils le pensent!
C'est tant mieux si je te donne un peu de joie, si cela transparaît dans les soins que tu procure aux gens.
J'en suis heureux. Vraiment.
Tu devrais pourtant être sage, avec moi, avec tous; car comment comptes-tu défier Charon sans sagesse?

Oui, je te cherche Alexandre, parfois je trouve un roi, encore béat, endormi contre ma poitrine lacérée et je me dis que je suis béni.
Parfois, personne.
Tu existes, tu respires mon tendre, et je suis là pour le prouver.

Qu'Aphrodite, la plus douce des douces, t'apaise.

Ushta te.
Héphaïstion

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