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Marie 
écrit à
Héphaïstion
Héphaïstion

Mes salutations

   

Salut à toi, ô noble Héphaïstion!

Combien de temps ai-je rêvé de te parler, à toi si grand par ta noblesse et ton courage! Excuse-moi, Seigneur, si mes questions t'importunent. Ce n'est pas cette intention qui me guide mais ma soif de savoir!

Tu es un grand homme qui mérites la gloire. J'ai souvent pensé à toi, à ton histoire, au rôle que tu joues auprès d'Alexandre: son conseiller mais aussi son amant. Toutes ces pensées ont tourbillonné dans mon esprit pendant quelques semaines. Je me renseignais sur l'histoire d'Alexandre, ainsi que sur la tienne, sans être vraiment satisfaite. Je cherchais des livres, mais je suis loin de ma patrie, ici les livres sont écrits dans une langue qui m'est trop peu connue pour que je puisse la lire. Aussi, quand j'ai découvert le moyen de te joindre grâce à Dialogus, je n'ai pas hésité.

Comme certains d'entre nous, je t'ai découvert grâce à un film (une histoire jouée par des comédiens), et si j'ai été impressionnée, émerveillée face à la grandeur d'esprit d'Alexandre le Grand (qu'il porte bien son nom!) et par ses conquêtes, c'est par toi surtout que j'ai été le plus touchée, par ton amour envers Alexandre, ta bravoure et, il faut l'avouer, par ta beauté!

Mais en fait, quel visage avais-tu? Je doute fort que ce comédien ait le même que le tien, cette question me préoccupe. Ce n'est, bien sûr, pas pour cela que je rêvais de t'écrire, simplement le simple fait de te parler m'émeut profondément. J'ai appris en me renseignant sur toi et sur l'histoire d'Alexandre, que vous aviez grandi ensemble et que Aristote vous avait transmis sa science. Que vous enseignait-il?

Je connais, bien sûr, l'histoire de Bucéphale, magnifique histoire, surtout pour moi qui vénère les chevaux plus que tous autres animaux! Et toi, avais-tu un cheval, et comme pour Alexandre, y avait-il un lien fort entre vous?

Excuse mes questions impertinentes grand Héphaïstion, mais j'éprouve beaucoup de joie à t'écrire et même si je la contiens, mes questions coulent à flots, inépuisables comme l'eau du Nil débouchant sur la mer.

Une autre question cependant, si tu pouvais revenir en arrière dans ta vie, que changerais-tu? As-tu des regrets au point de vouloir retourner dans le temps et changer le chemin que les Dieux t'ont tracé? J'aurais aimé poser la même question à Alexandre, mais j'ai l'impression qu'il a quitté Dialogus. Je ne lui en veux absolument pas! Il a un royaume à gérer, des contrées à conquérir et peut-être qu'il ne lui reste plus beaucoup de temps pour répondre aux questions nombreuses des gens de notre ère, si différente de la vôtre!

Je préfère la vôtre sans aucun doute, les hommes ici pourrissent la terre, détruisent des vies par soif d'argent, le monde est empreint de bêtise! C'est pourquoi je profite de cette occasion pour te parler et m'échapper quelques minutes dans votre époque!

Grandes salutations, qu'Athéna veille sur vous!

Marie


Posideon II le 17e jour

Je suis flatté, Marie, que ta missive me parvienne pleine de tant d'admiration. J'ai, hélas, il est vrai, très peu de temps pour répondre à mes correspondants ces temps-ci.

Tu dis être loin de ta patrie, comme je te comprends j'en suis bien loin moi aussi et je la regrette tant parfois. Quelle est cette patrie dont tu t'es éloignée?

Encore cette histoire de film! Par toutes les lettres que j'ai reçues j'ai cru comprendre ce dont il s'agissait, mais ce divertissement s'est-il joué jusqu'aux confins du monde pour que cela crée une telle effervescence?

Je ne sais pas trop qu'en dire. Ce comédien, comme tu le dis, je ne sais pas non plus à quoi il peut ressembler, cependant je puis te décrire mon visage de façon succincte. Mes yeux clairs, en amande, contrastent avec ma peau, laiteuse à l'origine, mais assombrie et meurtrie par le temps. Mes lèvres sont pulpeuses mais pas trop épaisses, et mes doigts longs et fins. Je suis un peu plus grand qu'Alexandre, puisque tu tends à me comparer à lui, et mes cheveux sont un peu plus longs que les siens, environ aux épaules, d'une teinte entre le noir perse et le blond grec.

Ce qu'Aristote, notre second maître commun nous a appris, a été le prolongement de sa propre étude sur l'homme et ses agissements. Même lorsqu'il nous parlait de géographie cela prenait une tournure philosophique. Il nous poussait à voir au-delà des choses, qu'elles soient matérielles ou non, ce qui m'a personnellement aidé à vaincre mes peurs et à combler certaines lacunes en tactiques stratégiques ou dans la science de voir au-delà des faiblesses de l'ennemi pour ne pas ignorer sa force.

Aristote... je lui parle encore et lui dois beaucoup. Je suppose qu'Alexandre dirait la même chose mais je ne saurais parler en son nom. Aristote... son nom m'intime le respect encore aujourd'hui, alors que des soleils nous séparent et que la peine creuse toujours les traits de nos visages. Aristote m'a transmis les prémices d'un élément précieux, qui peut définir toute mon adoration et ma dévotion envers Alexandre; la passion.

Je pense qu'elle se cache au plus profond de nous même, attendant son heure, jusqu'au moment où l'on s'y attend le moins. Ouvrant ses mâchoires pour ne plus jamais nous lâcher, elle nous entraîne, nous pousse, et finit par nous imposer sa loi, et nous lui obéissons, que pouvons-nous faire d'autre? La passion est la source des moments les plus rares, la joie de l'amour, la lucidité de la haine, la jouissance de la douleur. Quelquefois la douleur est si forte qu'on ne peut plus la supporter, si l'on pouvait vivre sans passion, sans doute serions-nous moins torturés, mais nous serions vides, espaces déserts, sombres et glacés; sans passion, nous serions véritablement morts.

J'espère t'avoir apporté un peu de ce que je suis par ces modestes propos, pardonne mon retard et mon engouement.

Athéna me porte ses faveurs, j'en suis à présent persuadé; qu'elle se consacre à toi lorsque tu doutes.

Hêphaistíôn Amyntaros, chiliarque et général d'Alexandre III de Macédoine.

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