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  Correspondant anonyme
écrit à
Héphaïstion
Héphaïstion

Je vous apprécie depuis longtemps

   

Très cher Héphaïstion,

Je vous apprécie depuis longtemps, et je regrette de ne pas avoir été votre fidèle étudiant. Ici-bas, tout me dégoûte et je ne me sens pas a ma place dans la France du XXIe siècle, qui n'est pas adapté à mon état d'esprit.

J'ai honoré tant de dieux thaumaturges, fréquenté tant de sanctuaires à oracles, que je doute désormais que les dieux ou Dieu, qu'il se nomme Zeus, Amon-Ra, Ahura Mazda, ou Baal Shamin existe.

J'ai prié Adonis, Attys, Osiris, et même le Christos des Nazaréens, mais tous me semblent trop loin, trop hautains. Je n'y vois que des statues de pierre, ou de bois, d'albâtre ou de porphyre.

Tout m'afflige, et me nuit, et conspire à me nuire. Je ne suis déjà plus, je n'existe pas, seul mon esprit, mais ô combien affligé, demeure dans mon corps, mais il est affaibli.  Je me consume dans la vénération des cultes antiques, je m'épuise à errer près des autels, mais c'est sans succès. Parfois, il me semble qu'Astarté, Aphrodite, Mylitta, Hathor, ou même Isis vont me venir en aide, mais c'est sans succès.

C'est un échec. Oh oui, je ne crois plus ni en moi, ni en la Transcendance, je n'ai pas ce culte du Profit, ou de la destruction de l'un par l'autre qu'ont mes semblables. Ils se prétendent humains, mais ils n'en ont que l'apparence. Tantôt souriants, tantôt cruels, ce sont des monstres, des loups, et je me sens si souffrant, si faible pour me défendre.

Où aller? que faire?  c'est ignoble, insupportable, intolérable. Tous s'acharnent sur moi, alors que je ne leur ai rien fait. Rumeurs, coups bas, harcèlements, je suis seul, à la rue, sans aide de qui que ce soit.

Voilà des jours que je ne mange pas, que je dors dans les toilettes publiques ou celles de Jussieu; je ne tiendrai plus très longtemps, déjà la fatigue et l'épuisement ont raison de moi.  Je ne sais plus à qui m'adresser c'est pour cela que je vous écris.

«Psychanalyste» oui, mais à la rue....  Quel glorieux destin.


Loios, Sixieme jour du cycle Macédonnien

Cher ami,

Je suis heureux d'être aussi apprécié par toi et tes semblables; hélàs je suppose que mes élèves, comme ainsi tu les nommes, ne doivent pas se sentir aussi à l'aise à mes côtés car je ne leur apprends pas à jouer avec des épées en bois.

Alexandre a longtemps senti un profond malaise dans son pays natal, étriqué, voulant tout voir, tout savoir et tout découvrir. Ne te laisse donc pas briser par des murailles invisibles, surmonte ces gens qui te rendent aussi mal et va vers ton épanouissement.

Les dieux sont cléments certains jours et odieux le lendemain, je ne sais ce qu'il advient des tiens, mais ils se trouvent en toi si tu a la force d'y croire. Je ne suis pas prima de foi mais je puis te dire ceci, ne fais rien qui ne soit qu'intéréssé envers les divinités; Athéna t'aime, elle.

Et tu sembles venir vers moi en une supplique, indiscible prière, je ne suis pas un dieu, je ne sais comment t'aider.

Les idoles n'ont rien de bon. Qu'elles soient de marbre, d'albâtre ou de bois. Tu sembles si loin, perdu dans tes propres abysses. Ouvre toi aux autres, au monde, trouve un terrain où tu te sentiras bien et exploite ton potentiel afin de te complaire dans quelques champs-elysées.

Je sais plus que personne, ce qu'est la fatigue. Je suis fatigué depuis longtemps, fatigué de courir après les rêves d'autres, fatigué de vivre et me battre pour faire perdurer ce choix que je n'ai pas, vivre pour continuer à vivre. Je sais oui, ce qu'est d'être fatigué alors que ma nuit fut des plus douces. Alors relève-toi, marche et va de l'avant.

Les dieux n'attendent rien des mortels, nous sommes leurs jouets, alors ne les considère pas si intensément. Suis ta propre doctrine et crois en toi avant d'aller vers ces idoles. Ce ne sera pas un échec mais ta plus grande réussite.
 
La destruction de l'un par l'autre est hélas le propre de l'homme et même si je suis un homme de guerre, je crois à un monde plus paisible, mais quoiqu'il en soit il semble advenir que, dans ton monde comme dans le mien, les gens sont assez bêtes pour n'avoir que cette prérogative. Le sang lave les affronts.

Tu te cherche désespérement et tu m'affliges, si peu de confiance en soi, tant de souffrance et de malheur.Je ne suis qu'homme, tout comme toi, humain de simples os, mes mots ne guérirons pas tes maux, mon regard ne pourra jamais croiser le tien, mais puissent mes prières acompagner les tiennes. Trouve refuge auprès de ceux que tu aimes, deviens lumière, sors de cette enveloppe de ténèbres qui t'étouffe.

Mange à ta faim, bois jusqu'à en être rassasié, satisfais toi de plaisirs simples et ne laisse pas ton sommeil te consumer; la mauvaise fatigue tue. Et j'ai falli mourir bien plus de fois que toi.

Rien ne doit avoir raison de toi. Jamais. N'aie confiance qu'en deux personnes, dont une des deux sera bien évidemment toi-même.

Tu as bien fais de venir vers moi mais je me sens bien faible et bien inutile en ces temps sombres de ton existence, puissent alors ces quelques palabres te secourir, ne serait-ce qu'un instant.

La gloire sourit à tous.
Ton destin est le tien.

Dyonisos te regarde et t'aime.

Hêphaistíôn Amyntaros, Chiliarque et Général d'Alexandre III de Macédoine