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Patrocle 
écrit à
Héphaïstion
Héphaïstion

Du bout de l'autre monde j'appelle Achille

    Je ferme les yeux et je m’imagine les tiens, grands, doux, avec des cils si longs que je peux même me figurer les gouttes de pluies qui y restent accrochées.

Depuis un mois je suis allongé à t’attendre et tu ne viens pas, je lis ces lettres d’inconnus qui ont la prétention d’utiliser mon nom pour avoir le bonheur de te parler et moi, Patrocle, mais en réalité tu sais qui je suis, demeure à prier nuit et jour les dieux de bien vouloir m’appeler pour me ramener à toi. Roxane me veille constamment mais je n’ai d’autres pensées que la tienne et je ne ressens plus rien si ce n’est la douleur que j’éprouve depuis que tu m’as laissé. Ainsi, j’aurai passé ma vie entière à construire un nouveau monde pour enfin ne désirer qu’une chose: le quitter pour te rejoindre. Je ne suis pas, tu le sais bien ami fidèle, homme à regarder vers l’arrière mais la triste constatation qui s’impose à moi à ce moment où ma poitrine se soulève à un rythme effréné, soulevée par les sanglots et la torture de ton absence, c’est que le monde pour lequel nous nous sommes tant battus peut bien être le plus vaste, le plus majestueux et le plus riche du monde, je n’en veux pas sans toi.

N’oublie pas, Héphaistion, comme Achille n’a jamais abandonné Patrocle et si tu le peux manifeste-toi, je n’attendrai plus très longtemps...



J'ai fermé les yeux aussi.
Et puis j'ai cherché.
Je cherche dans la concordance des maux, des mots, du temps et de l'infinité qui nous sépare, quelque chose de concret à te répondre.
Patrocle, tu dis être mon binôme, et tu viens à moi en t'agenouillant.
Relève-toi, tendresse, puisque nous pouvons régner sur cette partie de l'Hadès qui nous engouffre.
Soulage-moi. Viens me prendre. Amène-moi avec toi.
La lumière me brûle les yeux au fur et à mesure que mon Achille me délaisse pour cet eunuque ou cette barbare.

Je me manifeste. Vois.
Embrassons-nous. Sous le feu des mots.

Héphaïstion



Mon doux Héphaïstion,

Ferme les yeux à nouveau. Je viens te chercher.
Oublie l'homme larmoyant, agenouillé et désespéré de ma précédente missive, les feux animés de ta manifestation m'ont redressé. Si tu te concentres bien, tu peux peut-être sentir ma présence... Sens... Les vents cinglants de l'Hadès se voilent d'un souffle chaud et ta peau frissonnante reprend un peu de couleur... Le vide ambiant des Enfers s'emplit tout à coup de mon amour pour toi... Je viens te chercher.
Je ne te délaisse pas... jamais! Et j'imagine déjà le moment où je vais avancer vers toi Amour, où je vais t'emporter avec moi, où je vais te prendre en moi...
Dès lors que tu me fais signe, mon caractère impétueux et dominant refait surface et je suis prêt à nouveau à conquérir toutes les contrées et les peuples de l'univers.
Je viens te chercher...
Me distingues-tu au loin? Est-ce que tu souriras? Me tendras-tu la main?



Est-ce que tu lis?
J'ai peur de fermer mes yeux, à nouveau.
Les cils me blessent, et le soleil aussi. Je ne veux pas de cet Hadès, je te veux toi.
Peut-on laisser les maux? Garder les mots, et oublier ceux qui nous blessent?
Il n'y a plus de souffle.
Il n'y a plus aucune clarté. Le vois-tu que je délire?

N'oublie pas.
Tu m'as promis.
Viens en toute hâte.
Prends-moi tout entier.

Héphaïstion
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