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Julie 
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Héphaïstion
Héphaïstion

À la recherche de mon passé

   

Je te salue, noble et puissant Héphaïstíon.

Qu'il doit être difficile pour toi de communiquer avec nous, peuple dont les us et coutumes sont tellement différents par rapport aux vôtres. Mais quelle exaltation de rencontrer les descendants de tes compagnons et amis, telle l'exaltation que l'on ressent avant la bataille.

De nos jours les guerres ont cessé depuis longtemps et l'arrogance des hommes leur donne des armes nouvelles. Nous ne nous servons nullement de flèches, de chars tirés par les chevaux... mais de technologies qui dépassent de loin tes connaissances.

Si tu le pouvais, n'aimerais-tu donc pas voir cela de tes propres yeux? Ce monde qu'Alexandre le Grand (puissent les dieux et les hommes honorer sa mémoire) et tes compagnons ont essayé de sauver, et qui se retrouve en déclin?

Je me souviens que tu disais à Alexandre que l'amour aussi faisait avancer les hommes, que leur force s'en trouvait décuplée. Comme j'envie cette époque! Bien que je sois dans mes jeunes années, à peine plus âgée qu'Alexandre lorsqu'il partit vers l'Asie, je me rends compte que ce monde n'est pas le mien.

Souvent des visions me hantent, comme des rêves qui me tiennent éveillée.

Je vous vois, Alexandre et toi, sur le balcon du palais de Babylone. Le monde était à vous. Les parfums de la ville embaumaient, et la musique égayait les soirées. Je me revois à Babylone, cependant la personne que je vois ne semble pas me ressembler.

Pardonne-moi si mes propos te semblent confus.

Je suis à la recherche de mon passé, de ce monde que moi ou mes ancêtres ont du abandonner, et qui me manque cruellement.

Comme j'aimerais être sûre d'appartenir à ton époque, mon cher Héphaïstíon!

Te reverrais-je un jour, peut être dans mes rêves, te balader le long des eaux cristallines du Tigre? Chevaucher cheveux au vent vers les déserts de l'Égypte?

Que par les dieux, cela soit possible! Je les supplierai s'il le faut, pour pouvoir -rien qu'une fois- revoir ton doux visage.

Parle-moi de toi, de l'endroit où tu vis désormais, de ce qui s'y passe...

J'espère que ma missive ne t'aura pas ennuyé et je prie pour une réponse de ta part, ainsi que l'occasion de t'envoyer ultérieurement de mes nouvelles.

Que les dieux te protègent.

Julie


Tendre Julie, que je salue tout aussi humblement,

Il ne doit en effet pas être aisé de prendre une telle décision que celle de balbutier quelques mots à un chiliarque mourant. Pense à moi, donc, qui dois répondre, et qui le fait avec tant de plaisir.

On m’a parlé de vos guerres. Des explosions, des flèches de métal en feu, des bombes? J’ai toujours du mal à imaginer mais je sais combien certains aiment à s’appliquer pour trouver des moyens toujours plus radicaux d’exterminer leurs semblables. J’aimerais, parce que je suis de nature curieuse et aventurière, voir cela de mes propres yeux, bien sûr. Mais est-ce aussi magnifique que vous le dites? Reste-t-il un peu d’amour et de verdure là où tu te trouves?

Quel est ton monde alors, douce Julie? Le mien? J’en doute… du reste, pas mon monde, pas mon sang, mes hommes, mes guerres. Une petite maison en bord de lacs salés, avec quelques chevaux, et de belles vignes. Oh sûrement alors.

Nous vois-tu de ce balcon où nous nous tenions si souvent, à converser jusqu’a l’aurore, à nous sourire, simplement, sans mot dire, juste pour se sentir aimés et vivants? Ces moments d’insouciance et de pure émulation me manquent.

Qui est cette personne que tu observes et qui ne te remarque pas? J’aimerais t’aider dans ta quête, mais je me trouve bien impuissant d’où je suis.

Je suis à Ecbatane, nous avons fait halte depuis des semaines car l’armée se décime, sans batailles, et mon état empire. Je suis certainement dans le plus beau lit de tout l’empire, mais je sais qu’il est mon tombeau. Il se passe beaucoup de choses, dehors, l’agitation, les effusions, je ne vois pas tout mais je sens l’odeur des épices des palts qui me sont refusées, je sens l’eau qui filtre entre mes lèvres décousues, et je sens parfois la caresse d’un amour qui me supplie de ne jamais l’abandonner. Que puis-je faire sinon lutter? Lutter.

Tu ne m’ennuie pas, Julie. Écris-moi encore si tu le souhaites! J’ai encore l’usage de mes yeux et de mes mains!

Que les dieux te protègent.

Héphaïstion



Salut à toi, Honorable Seigneur.
 
Ta réponse à ma missive m'a fait un grand plaisir, je n'en attendais pas moins de toi.
 
Je n'arrive toujours pas à expliquer aux gens de mon monde, surtout aux enfants, pourquoi il existe tant de guerres et de haine entre les peuples. Tu as raison lorsque tu décris les armes que nous utilisons.
La guerre ne comporte plus rien de glorieux, elle ne comporte même plus ce sentiment étrange que l'on ressent avant la bataille et qu'il est souvent impossible de décrire sans l'avoir vécu.
J'ai combattu moi aussi, sans armes, pour survivre dans ce monde cruel.
Ce monde n'est pas le tien, et je me languis de ton monde qui était, même en temps de guerre, si beau et dont l'architecture et les paysages me surprennent encore sans cesse.
Je les revois souvent dans mes rêves, comme tant de terres que j'ai sans doute connues jadis.
 
Même si la curiosité te poussait à voir cela de tes propres yeux, je crains fort que tu n'en sois que terrifié. Pardonne-moi, grand Seigneur, de douter de ton courage.
Les forêts ont été détruites par la main de l'homme, qui torture même ses animaux pour s'en nourrir. Le monde est plein de ces gens qui tuent leur prochain sans raison, des hommes qui se font traîtres à leur sang.
 
Comme j'envie la description que tu m'as faite...  Cette maison en bord des lacs...
 
Parles-tu de ton unique amour lorsque tu évoques les moments passés sur le balcon? N'ais-je donc pas une place dans ton coeur? Par Dionysos, j'aurais aimé me battre moi aussi rien que pour être à tes côtés dans ces moments d'exaltation! J'aurais tenu l'épée comme un homme, lancé le javelot sans doute plus loin que nulle autre, et décoché des flèches volant haut dans le ciel et touchant mes ennemis en plein coeur, car je me serais sentie en sécurité chevauchant à tes côtés...
 
Les dernières nouvelles de ta missive m'inquiètent énormément. L'armée souffre-t-elle de la faim, de la fatigue, est-elle lasse de marcher vers d'autres contrées? Qu'importe de perdre l'armée, mais pas toi! Non, par les dieux, puissent-ils te permettre de rentrer sain et sauf.
Je ne sais comment je pourrais continuer ma quête sans toi, devenu le seul correspondant qu'il m'ait été donné d'avoir.
Pardonne-moi de m'exprimer avec tant de zèle, mais je crains pour toi.
 
Ne doute jamais que la caresse qui te procure un peu de réconfort provient de ton aimé, mais il se peut qu'à celle-ci s'ajoute ma douce main, accompagnant mon regard tendre, parfois même mes lèvres qui te murmurent: «N'abandonne pas...»
 
Oui lutter, c'est tout ce qu'il nous reste. J'ai déjà du affronter la mort, j'en connais les traits, mais j'ai combattu et je suis là aujourd'hui à m'enquérir de tes nouvelles.
 
J'ai également peur de tes hommes, je vois le mal derrière chaque visage, et j'ai peur que de mauvaises gens te veuillent du tord. Fais attention à toi, je t'en prie.
 
Tu dois me trouver très égoïste, mais les raisons de mon inquiétude me dépassent parfois. Je pense simplement que je te voue une admiration sans limite. En moi, tu pourras toujours avoir confiance. Ceci est une promesse.
 
Je me trouve actuellement dans ma maison, qui n'a rien de luxueux mais qui est tellement confortable. Je n'ai besoin de rien de plus, la richesse ne m'intéresse nullement. La pluie n'a cessé de tomber ces derniers jours et je dois avouer que ma santé n'a rien à envier à la tienne.
 
Tu ne quittes pas mes pensées, et je prie les dieux pour qu'ils t'accordent ce que tu désires le plus.
 
Serais-tu jaloux si je te demandais d'embrasser Alexandre de ma part?
 
Que les dieux te protègent, mon tendre Héphaïstion.
 
Julie



Je te salue, tendre Julie.

Pardonne-moi de ne point me courber.

Je comprends tes pensées sur la guerre. J'ai bien du mal à les transposer dans ma réalité. Mais de tout temps, les hommes ont eu une attitude cruelle et belliqueuse. Cela, je le sais.

Mon courage, tu en parles. Il est amoindri, ma douce, la moindre salamandre ou mouche m'inspirent la crainte à présent.

Tu parles sagement, Julie. L'amour que tu me portes est juste. Je suis touché par tes écrits.

J'ai protégé quiquonque s'est battu en toute conscience à mes côtés.

L'armée souffre. Elle a mal et faim. Nous ne pouvons pas donner de nouvelles ou en recevoir. La famille de mes homme leur manque. Et comme je les comprends. Les dieux m'entendent. Et je ne leur demande plus de me laisser remarcher ou revoir Babylone. Je veux simplement voir et sentir les blés de Champs-Élysées! Je ne veux plus souffrir de respirer.

Ecbatane sera mon tombeau. Aussi sûrement que mes yeux sont clairs et humides.

Garde l'amour et la santé. Ne fais jamais la guerre. Reste sage. Je voudrais te sourire pours les jolis mots que je t'ai entendus prononcer. À m'en fendre les joues.

Prends ma tendresse et j'embrasse mon roi.

Héphaïstion
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