Laetitia
écrit à

   


Claude Frollo

   


Votre enfance

   

Très cher Claude,

Quelle joie de vous écrire à nouveau! L'objet de mon message de ce soir concerne votre enfance car personne ne nous en a encore parlé.

Nous savons que vous avez été élevé en internat mais rien de plus. Nous ne savons rien de votre relation avec votre famille, si vous avez des cousins, des oncles ou des tantes et surtout, une chose m’étonne: comment se fait-il que vous n'ayez presque pas vu vos parents étant petit? Votre mère a dû être folle de chagrin de ne jamais vous avoir auprès d'elle! D'ailleurs, vous ne parlez jamais d'elle, c'est étrange. Et si cela ne vous fait pas trop de peine d'y penser, car elle vous a été brutalement enlevée par la maladie, j'aimerais savoir quels souvenirs vous gardez de votre maman.

Affectueusement,

Laetitia


Dame Lætitia,

Les souvenirs que j'ai de mes parents et plus particulièrement de ma mère, puisque c'est là votre question, ces souvenirs remontent à une enfance si tendre et si lointaine qu'ils ne sont plus guère accessibles à ma conscience. Et s'ils existent encore en moi, c'est au plus profond de ma chair, dans cette intimité instinctive et archaïque -mais non dans une image précise et vivante de mon esprit. Non, les seules représentations qui me restent de ma jeunesse sont la stricte obéissance, la rectitude, l'obligation de discrétion. Mes souvenirs sont ceux de contention, de retenue des sentiments, et de pudicité. Et la première douceur dont je me souvienne vraiment, le premier plaisir que j'aie consciemment ressenti est le plaisir intellectuel que me procura la science, lorsque je pus accéder aux apprentissages scolaires. Vous me parlez de ma mère, la science est ma mère, la source de ma nourriture et l'assouvissement de ma faim. Voilà mes souvenirs, dame Lætitia, voilà ce qui m'a porté jusqu'ici.

Puissiez-vous avoir eu des heures d'enfance heureuses et libres, qui aient marqué votre existence de leur sceau bienfaisant, comme la connaissance a pu le faire chez le jeune enfant que j'étais.


À Dieu, dame Lætitia, âme curieuse et délicate, le Seigneur protège votre bienveillance.

Dom Claude Frollo, archidiacre.