Florence
écrit à

   


Claude Frollo

   


Voeux

    Bonsoir mon Père,
 
J'espère que vous allez bien! Je prends quelques instants pour vous écrire afin de vous souhaiter une très joyeuse fête de la Nativité! Passez de joyeuses fêtes, mon Père et que Dieu vous garde et qu'il apaise un peu vos tourments!

Florence



Petite Florence, heureuse enfant dont les pas avancent assidûment sur les chemins lumineux de l'étude, sur cette route large et sereine, vous connaissez donc ce bonheur d'apprendre, cette évidence limpide, ce rayonnement sans cesse renouvelé, à la fois ardent et paisible, du savoir! Profitez de votre chance, mettez toute votre foi et votre juvénile enthousiasme dans cette acquisition des sciences, arts et lettres, exercice qui apporte la paix du corps, l'élevation de l'âme et la nourriture de l'esprit. Enivrez-vous de l'éternelle beauté de la Science, c'est le seul bien terrestre qui vaille la peine que l'on se donne...

Hélas! Je n'ai plus pour ma part le loisir d'en éprouver les bienfaits. D'autres préoccupations, -obscures, -tourmentées, -implacables, m'ont envahi au point de ne trouver ni trêve ni repos, -ont remplacé de leur déchaînement convulsif le calme éblouissement des hauteurs intellectuelles. Et je ne sais plus, de la seule fréquentation des livres, vaincre et dissoudre les troubles pensées qui m'assaillent aujourd'hui, -chaque nuit, -chaque jour, -sans relâche, me laissant, -Malheur de mon âme!- toujours plus misérable, toujours plus éperdu!

Mais vos paroles me sont un baume en m'apprenant que la plus noble des sciences trouvera un accomplissement chez les savants de votre époque. Vos contemporains peuvent donc accomplir la grande coction, -mener à terme l'hebdomas hebdomadum, -en reproduire chaque année le miracle, sous la clémence d'un ciel constellé et faire partager à tous le don si précieux de la divine Providence?

Parlez-moi de l'avènement de l'alchimie, petite Florence, réconfort de ces heures sombres où je crains que ne se perde, et le millénaire savoir, et mon salut.

dom Claude Frollo, archidiacre



Bonsoir mon père,

Pardon pour avoir pris si longtemps avant de vous répondre! Mais, encore une fois, je n’ai eu que très peu de temps entre travail et études. J’ai enfin quelques minutes de libre pour vous répondre. J’espère que vous allez bien, enfin, que vos tourments ont quelque peu diminué!  Nous reparlerons plus tard, si vous le voulez bien, de cette science qu’est l’alchimie. Mais pour ce soir, comme je suis un peu prise par le temps (veuillez m’en excuser!), je ne pourrai vous en parler longuement.

J’aimerais aussi pouvoir discuter avec vous de votre époque. Vous savez, des gens de mon temps (moi compris) s’efforcent de faire, ou plutôt refaire, découvrir cette époque qu’est la vôtre, et de leur montrer qu’elle n’est pas une période de grandes noirceurs mais que vos contemporains ont accompli de magnifiques prouesses tant sur le plan de l’architecture, avec vos superbes cathédrales qui ont traversé les siècles et sont encore debout, que sur le plan des lettres et des arts, sans oublier non plus les autres inventions.

Je dois bientôt retourner à mes études, mais je voudrais vous poser, mon père, une dernière question: quel est le roi qui règne en ce moment, pour vous? Enfin, j’espère ne pas vous avoir embêté avec tout ça!

Je vous laisse donc pour ce soir, mon père. Prenez soin de vous et que Dieu vous garde et vous éclaire en ces temps difficiles!

Florence



Damoiselle Florence,

C'est avec une joie profonde, et qui vient démentir toutes mes craintes, que j'apprends par votre correspondance la transmission des oeuvres de mon siècle en votre étrange et lointaine époque. La lumière qu'a su faire naître l'art et la science de mes pairs ne s'est donc pas perdue comme je le redoutais, mais demeure vivante, active à travers la nuit des temps, et il se trouve toujours des esprits éclairés pour en apprécier les vertus!

Bienheureux ceux qui peuvent s'émerveiller de l'harmonie divine à travers le témoignage qu'en rendent les artisans de mon siècle: l'équilibre d'une architecture toujours plus pure, l'hermétique secret de ses bas-reliefs, la clarté chatoyante des vitraux comme un miroir des couleurs de la Création et de la lumière de Dieu, le Grand Oeuvre, transcendance de l'art humain et accomplissement de l'Incarnation...

Oui, petite Florence, studieuse enfant, élève assidue, mon époque est la source d'une création vivante, exubérante, pleine de sève et de jaillissement. Poursuivez la joie de vous instruire et gardez en votre coeur l'amour des temps médiévaux, de leur vigueur et de leur spiritualité!

Quant au roi de France sur lequel vous m'interrogez, il s'agit de Louis le onzième, que j'ai personnellement eu l'honneur de rencontrer il y a fort peu de temps. Il semble depuis lors requérir mon assistance, mon savoir et mon conseil, et je pense avoir de nouvelles occasions de m'entretenir avec lui, de confronter mon intelligence et la sienne, ce dont ma curiosité toujours en éveil se réjouit. Mais son état de santé demeure depuis longtemps précaire, et je crains qu'un funeste événement ne vienne interrompre cette neuve intimité.

Grâces vous soient rendues, jeune Florence, pour votre enthousiasme et votre soif de connaissance!
Je bénis vos lettres,

Dom Claude Frollo, archidiacre