Sire Marius
écrit à

   


Claude Frollo

   


Version Disney

   

Res publica Genuae, Annus Domini 2008

Bonjour à vous, Dom Frollo!

J'adore le Moyen-Âge!

Je vous adore (en sens de filia et absolument en sens d'agapê)!

Walt Disney a dit que vous êtes un inquisiteur sans pitié humaine et que vous avez essayé de tuer Quasimodo. C'est la vérité? Je pense que non!

Une dernière chose: qu'est-ce que vous pensez du fin amour chanté des trouvères?

Je vous salue cordialement!


Maître Marius,

Entendez-vous filius ou philia? Quoiqu'il en soit, soyez remercié pour votre enthousiasme à l'égard de mon époque; elle a vu en effet se déployer à leur apogée des sciences et des arts dont, semble-t-il, nul siècle ultérieur n'a su égaler la grandeur, la hardiesse et le sens du sacré.

Savez-vous que les maîtres alchimistes ont transmis leur génie, non seulement dans leurs livres, dans les symboles qui peuplent les murailles des lieux saints, mais aussi par l'exemple même de leur existence et par l'accomplissement de la Pierre -lapis philosophorum- témoignage vivant de leur savoir et sublime empreinte de la grandeur de Dieu?

Conservez votre amour pour les temps médiévaux, maître Marius; ils sont source de lumière et de transcendance pour éclairer la stérilité des siècles à venir.
 
Vous me parlez aussi d'un homme dont le nom anglais m'a déjà été évoqué par un autre correspondant de votre siècle; j'ignore en quoi cette personne s'intéresse à mon existence, mais sachez que non seulement ses propos à mon sujet sont faux, mais que leurs mensonges m'indiffèrent.

Oui, je fais parti de l'Official, et l'exercice de la fonction que cela m'impose relève essentiellement de la préservation du droit canonique -donc de l'essence même de la vie sociale. Car comment garantir l'ordre spirituel qui est l'assise de toute complexion humaine, sinon par la stricte application des règles de l'Église?
 
Quant à la pitié humaine -car je pense que c'est de cela que vous voulez parler- il est toujours difficile d'être juge de soi-même; mais si mes façons envers Quasimodo importunent certains, qu'ils osent prendre ma place dans le soin que j'apporte à son existence -car qui d'autre a pris en charge le pauvre bossu, qui l'a recueilli et élevé, lorsque les bonnes âmes ne songeaient qu'à sa consomption et ne voyaient dans sa difformité que l'œuvre du démon au lieu de la miséricorde divine incarnée dans les plus petits? Mais peut-être n'est-ce point là ce que le vulgaire nomme charité.
 
Vous m'interrogez aussi sur le fin amor. L'amitié enthousiaste que vous me témoignez me laisse à penser qu'il ne s'agit pas d'une provocation. Alors, je vous répondrai de ne pas voir dans cette appellation seulement un exercice de relation amoureuse d'une grande délicatesse, dans lequel, en tant que prélat, je pourrais tout à la fois saluer la vertu et l'épreuve de chasteté -et abominer la source des hérésies qu'il a fait naître. Il s'agit en vérité de bien plus que cela, il s'agit de la structure même sur laquelle s'appuie la société de mon époque -l'engagement à la parole donnée et la force des liens personnels.

Par ailleurs, certaines œuvres épiques sont aussi des témoignages alchimiques, où l'on retrouve, par le chant des trouvères -des trouveurs- le secret transmis obscurément de l'Opus Magna.
 
Réjouissez-vous, maître Marius, de votre intérêt pour les temps féodaux; et cherchez à le transmettre à vos pairs, qu'ils puissent prendre conscience du rayonnement des hommes qui les ont précédés.
 
Que Dieu garde votre foi!
 
dom Claude Frollo, archidiacre