Florence
écrit à

   


Claude Frollo

   


Amour à sens unique

   
Le 7 septembre en l'an de grâce 2006, Québec


Bonsoir mon père,

Je vous salue ici avec tout le respect qui est dû à votre illustre personne.

Mon père, j'espère que vous allez bien, malgré tous les tourments qui vous affligent! J'imagine bien facilement toutes les douleurs que vous devez endurer en aimant une personne qui vous rejette et qui en aime un autre. Rien n'est plus dur au monde! J'espère que vous pourrez un jour trouver la paix! La vie est belle, mais elle est difficile. Il faut bien gagner sa place au Paradis près de Dieu.

J'espère que ces quelques paroles vous aideront un  peu! Je dois vous avouer (vous allez peut-être trouver cela extrêmement étrange) que j'ai exactement ou presque le même caractère qu'Esméralda, en plus de lui ressembler un peu sur le plan physique! Mais loin de moi l'idée de penser que je suis aussi belle qu'elle. J'ai les yeux et les cheveux noirs, mais le teint un peu plus pâle.

Côté caractère, j'aime la vie et la liberté et ne pas me sentir enfermée. Lorsque j'aime une personne, aucune autre personne ne peut prendre la place dans mon coeur, mais si cette personne me trahit, alors il vaut mieux qu'elle disparaisse de ma vue (quoique parfois, l'amour rende aveugle et nous fasse fermer les yeux sur les incartades de celui qu'on aime). Et pour que je déteste une personne, il faut que celle-ci m'ait bien fait souffrir en s'en prenant à moi ou à une autre que j'aimais.

La seule différence que j'ai avec Esméralda, c'est que contrairement à elle, vos paroles ne m'ont pas laissée insensible et que si j'avais été à sa place je crois que je vous aurais choisi à la place de Phoebus (il faut dire ici que je sais que Phoebus la trompe avec une autre). Le problème qu'il y a avec elle, c'est que vous l'effrayez et que, comme elle est aussi amoureuse de Phoebus, elle ferme ses oreilles et son coeur à tout ce que vous pouvez lui dire. Vos paroles demeurent du silence, du vent pour elle. (Je sais de quoi je parle! Lorsque j'aime une personne, une autre personne pourrait venir me déclarer son amour, fût-il le plus bel homme au monde, que je ne l'écouterais même pas). Comme je vous le disais un peu plus haut, contrairement à elle, vos paroles ne m'ont pas laissée insensible, et bien que vous m'ayez effrayée un peu la première fois que je vous ai rencontré par le biais du roman de monsieur Victor Hugo, les paroles que vous disiez à Esméralda m'ont frappée directement au coeur. (Croyez-moi, je ne sais pas ce que je donnerais pour que quelqu'un me dise ces mots-là un jour). Si j'étais à la place Esméralda, c'est vous que je choisirais.

Sur ce, je dois vous laisser mon père. Faites bien attention à vous  et que Dieu vous garde!

Florence

P.-S.: Malgré le fait que je ressemble à Esméralda sur le plan du caractère, j'ai un point en commun avec vous: Le fait est que les amours que j'ai eus ont toujours été à sens unique. J'aimais la personne et je faisais tout pour lui plaire et être aimée d'elle, mais en vain, elle en préférait une autre. C'est étrange parfois la vie.



Brune demoiselle, si jeune, si passionnée, savez-vous que les mots que vous espérez sont des laves? que leur aveu est un arrachement, une déchirure au flanc d'un volcan? Savez-vous à quel point ils brûlent le corps, l'âme, la bouche de celui qui les prononce, le laissant ensuite épuisé et sans force?


Attendez-vous donc un tel amour? Espérez-vous ces cris, ces sanglots, ces tourments de l'âme, cette consomption du corps de la part d'un homme qui vous aime? Lui souhaitez-vous de connaître ces nuits de veille et de braise ardente où la bouche altérée mord l'oreiller en vain? -Oh! l'enfer même doit être un lieu de repos à côté de cette incessante torture!- Lui souhaitez-vous de vivre chaque soir, en rêve et sans espoir, l'étreinte qu'il convoite, et dont la seule pensée le fait frissonner de tout son être?

Non, enfant, si vous l'aimez en retour, épargnez-lui ce supplice! Ayez pour lui la tendresse et la générosité qui apaiseront les convulsions de sa flamme. Faites-lui don de votre douceur, rêvez pour lui d'un bonheur en plénitude, afin que vous puissiez connaître ensemble la sérénité de votre affection.

Damoiselle Florence, que l'amour divin illumine toujours de Sa grâce vos amours terrestres! Que Sa lumière vous permette de discerner celui qui saura répondre à l'intégrité de vos sentiments.

Moi, j'ai la nuit dans l'âme, la glace et le feu dans mon coeur. La passion qui m'habite et qui, autrefois offerte à la science, éclairait ma vie, n'est plus aujourd'hui qu'une antichambre de l'enfer. Pourtant, j'ai été touché de voir qu'un aveu éperdu, que des mots de fièvre, de souffrance, peuvent trouver écho dans le coeur d'une femme.

A Dieu, enfant, qu'Il vous protège!

dom Claude Frollo, archidiacre



Bonsoir mon Père,

Je suis heureuse de recevoir de vos nouvelles! Au moins, je sais que malgré les tourments qui vous affligent, Dieu vous prête toujours vie et ainsi je peux aussi espérer que Notre-Seigneur vous apporte son aide afin d'apaiser quelque peu votre âme!

Je vous demande pardon si je me suis mal fait comprendre dans mon dernier message!  Je vous assure que je ne souhaiterais jamais de telles tortures à celui qui m'aimerait. Ce que j'essayais simplement de vous dire, c'est qu'il me semblerait impossible de résister (contrairement à Esmeralda, et ce même si je lui ressemble) à un amour comme le vôtre.  Vos paroles (qui sont issues malheureusement de ce qui vous torture aussi) sont la preuve que votre amour est véritable, sinon, vous vous contenteriez de lui dire les mêmes formules que tous les autres. Phoebus par exemple, celui qu'elle aime aveuglément, il se contente simplement de lui dire des formules apprises par coeur (sans jamais laisser parler son coeur) qu'il a dites déjà à plusieurs autres jeunes filles ainsi qu'à sa fiancée Fleur-de-Lys. Non mon père, je ne demanderais pas à celui qui m'aimerait de souffrir autant que vous, mais par contre j'aimerais qu'il sût laisser parler son coeur comme vous. La seule chose que j'espère, mon Père, c'est qu'un homme puisse me dire un jour qu'il m'aime! Qu'il me le dise avec son coeur et non avec sa tête et des formules récitées machinalement.

Je dois vous avouer ce soir, mon Père, que depuis que je vous ai écrit la dernière fois, j'ai perdu de ma gaieté et de mon insouciance. Des évènements malheureux m'ont complètement ou presque mis le moral à zéro! Un homme est entré dans une école et a blessé et tué des gens innocents sans aucune raison avant de s'enlever la vie à son tour! Dieu du ciel! Dans quel monde vivons-nous? Mon père, ce soir je crains moins la colère de Dieu que la folie des hommes. L'humain est capable du meilleur, mais il est aussi capable du pire! Si des historiens ont eu le front de qualifier votre époque, le moyen-âge, d'âge des ténèbres, je n'aime autant pas penser à ce qu'ils diront de la nôtre, avec ses deux grandes guerres mondiales en plus des autres guerres et de sa violence gratuite qui font sans cesse des victimes innocentes. Mon père, je m'en veux de vous importuner avec mes questions, surtout avec tous les maux qui vous affligent, mais comment se fait-il que tant d'humains n'aient pas encore compris encore aujourd'hui le message de Dieu et de son Fils qui était «Aimez-vous les uns les autres» et que nous sommes tous et toutes des frères et soeurs, puisque nous sommes tous les enfants de Dieu? Ah! Pardon, mon Père, je ne devrais pas vous importuner avec tout ça! Votre croix est bien assez lourde à porter comme ça! Je voulais vous supporter dans votre douleur et au lieu de ça, je vous parle de la mienne et de celle de probablement bien d'autres jeunes gens de mon âge en ce moment!  J'aurais dû attendre un peu d'avoir retrouvé un peu de gaieté avant de vous répondre. Je suis désolée!

Je vous laisse pour ce soir mon Père. Que Dieu vous garde et vous protège de la folie des hommes qui règne présentement dans mon siècle! Pour ma part, il me faudra bien réapprendre à faire confiance dans l'Humanité. En attendant, je mettrai ma confiance en Dieu, il me donnera sans doute la force de revoir le beau côté des gens!

Bonsoir,

Florence

P.-S.:Bien que je sois attristée par tous les événements qui ont eu lieu ces derniers-jours, la réception de votre message et de voir que vous avez pris la peine de me répondre remet un peu de soleil dans ma vie et pour cela, je vous remercie!



Je vous souhaite le bonjour, mon Père.

J'espère de tout coeur que vous allez bien et que Dieu, en ces temps difficiles, vous aide à soulager quelque peu vos tourments, comme il l'a fait pour moi. Il m'a aidée à retrouver ma gaieté. Aujourd'hui les étudiants retournaient pour la première fois à l'école depuis la tuerie qui a eu lieu mercredi dernier. Ils sont tous rentrés en même temps à la même heure que celle à laquelle le tueur est entré l'autre jour, mais cette fois les gens applaudissaient les étudiants et le soleil brillait sur eux, comme si Dieu envoyait un message que la vie est plus forte que tout. Bon assez parlé de moi!

Mon père, je suis un peu gênée, mais puis-je vous poser une question? Pardonnez mon ignorance, mais quelle est la fonction d'un Archidiacre? Car, bien que Catholique et que le Québec (La Nouvelle-France) où je vis soit l'un des endroits dans le monde où la Religion ait été la plus présente avec l'Italie et un autre pays, je n'arrive pas à trouver de réponse (et pourtant ma tante est religieuse). Ici (de nos jours), nous avons les diacres, les prêtres, les évêques, les archevêques, les cardinaux et finalement le Saint-Père. La Bonne Sainte-Anne est la sainte patronne de la province de Québec.

Votre Cathédrale, mon Père, est magnifique. Je n'y suis jamais allée, mais sa renommée est connue mondialement. C'est une magnifique démonstration du génie des hommes de votre époque. C'est une oeuvre d'art! J'ai entendu parler d'une statue de la Vierge qui, dit-on, sourit sous un angle et semble pleurer sous un autre en tenant l'enfant Jésus dans ses bras. Quelle merveille!

Je vous ennuie peut-être avec tout ça! Si c'est le cas, je m'en excuse! J'espère quand même que mon message vous aura permis de vous changer les idées quelque peu! Mon Père faites attention à vous et que Dieu vous garde dans ses bonnes grâces. Mon coeur et mes pensées sont avec vous! Et je prie Dieu pour qu'il puisse vous aider comme il l'a fait pour moi!

Florence



Demoiselle Florence,

Je n'ai jamais espéré en l'homme. La fréquentation des livres et de l'art m'a toujours paru plus édifiante que celle de mes semblables, et les informations que vous m'apportez, jeune fille, ne font que confirmer mon aversion naturelle; rien n'a donc changé à votre époque, et l'homme reste un loup pour l'homme, homo homini lupus...

Vous vous demandez comment les humains font pour ignorer le message du Christ? Mais s'ils l'avaient compris, l'auraient-ils fait périr sur la croix? Cependant, il fallait que cela fût pour la rémission de nos péchés, in remissionem peccatorum...

Que Dieu reçoive votre prière encore pleine de la fougue de votre jeunesse!

dom Claude Frollo, archidiacre.



Bonjour mon Père,

J'ai reçu votre lettre hier soir et en la lisant une chose m'a frappée! Oui, je vous ai dit que sur le plan du caractère je ressemblais à Esméralda et c'est vrai, mais en lisant votre message je me suis rendue compte que j'avais un autre point en commun avec vous.

Voyez-vous, à une époque pas si lointaine que ça (il y a à peine quelques années), je préférais de loin la compagnie des livres et des arts à celle des gens. Petite, j'étais joyeuse et gaie, mais par la suite on m'a si souvent blessée (pas physiquement mais par des mots et Dieu sait que parfois les mots font plus mal que les coups!) que je n'avais plus vraiment confiance en moi et de ce fait en les autres. Alors je me tournais vers les arts et la littérature. Ce n'est que récemment que je me suis réouverte aux autres et j'ai retrouvé ma gaieté et mon esprit de liberté et surtout ma confiance dans les autres. Quoique, comme vous avez pu le constater dans mes derniers messages, il m'en faille peu parfois pour perdre ma confiance en les autres. Il faut croire que je suis restée encore un peu farouche.

Je vous l'accorde, mon Père, l'homme est un loup pour l'homme comme vous dites, mais je crois malgré tout qu'il est encore possible de faire confiance aux autres. Comme l'on dit par chez nous, «il ne faut pas mettre tous les oeufs dans le même panier!». Bon, assez parlé de cela!

J'aimerais peut-être, si vous me le permettez mon Père, vous donner un conseil pour la prochaine fois que vous croiserez Esméralda dans les rues de Paris. J'ai pu constater en vous écrivant, qu'une fois qu'on vous  connaît mieux, que vous êtes une personne qui gagne à être connue. Quel dommage simplement qu'Esméralda soit effrayée lorsqu'elle vous voit! Si elle l'était moins, peut-être serait-elle prête à vous écouter et son regard changerait à votre égard. Alors, lorsque vous la croisez, vous pourriez peut-être lui dire «Bonjour» ou même lui faire un simple sourire. Parfois, un sourire vaut  plus que tous les mots du monde. Ce n'est qu'un conseil comme cela en passant, faites-en ce que vous en voulez!

Que Dieu vous garde!

Florence



Enfant, vous êtes la seconde personne à me conseiller de sourire, -moi qui ne connais plus la joie, pour qui il n'existe plus ni aurore, ni ciel, ni fleurs, moi dont le sourire est plus lourd de souffrance que l'expression même de mon tourment! Où puiserai-je cette douceur, cette chaleur de l'âme, lorsque me hantent la glace, la nuit, le désespoir? Comment trouverai-je en moi-même la tendresse d'un geste ou d'un regard, quand la respiration est changée en soupirs convulsifs, quand le moindre mouvement est déchirement et brûlure?

Mais, petite fille, je garde votre conseil et votre témoignage d'amitié. Peut-être pourrai-je un jour m'en ressouvenir, et connaître la force de maîtriser les éclats de ma fièvre, -savoir enfin dire avec sérénité la tempête de sentiments qui déborde mon coeur.

Dom Claude Frollo, archidiacre.



Bonsoir mon Père,

Pardon d'avoir pris un certain temps avant de vous répondre. J'espère que vous allez bien (malgré tout!).

Je crois sincèrement mon Père, que vous pourriez retrouver la force de sourire. D'accord, ce n'est peut-être pas la chose la plus facile à faire parfois (dans certaines situations), mais je peux vous dire que, dès que l'on réussit à recommencer à sourire un peu, on se sent bien mieux. Pour vous aider à retrouver le sourire, vous pourriez peut-être vous rappeler ce qui vous a déjà fait sourire. C'est parfois ce que je fais pour retrouver le sourire lorsque, certains jours, j'ai des difficultés à y parvenir. Il y a bien des moments où votre jeune frère, si je me souviens bien, parvenait à vous faire sourire. Vous pourriez peut-être y repenser.
 
J'espère que cela pourra vous aider un peu! Pardonnez-moi mon Père, si mon message est un peu court, mais mes yeux se fatiguent rapidement ce soir.

Que Dieu vous garde dans ses bonnes graces!
     
Florence



Merci, petite Florence, prenez soin de vous. Si je trouve encore le courage de l'oraison, je ne vous oublierai pas dans mes prières.

dom Claude Frollo, archidiacre.



Bien le Bonjour mon Père!

J'espère que vous vous portez bien et que vos tourments se sont allégés quelque peu! Ma vue s'étant enfin replacée (pour le moment du moins), je peux revenir correspondre avec vous. Cela me désolait un peu de ne plus pouvoir vous écrire en raison de mes yeux qui se fatiguaient trop rapidement devant mon écran. En attendant de pouvoir le faire, je priais pour vous afin que le bon Dieu apaise vos tourments.
 
Vous saviez que votre histoire et celle d'Esmeralda est de plus en plus connue dans le monde de nos jours? Plusieurs films ont été fait là-dessus. Par contre, ceux-ci déforment souvent la réalité. À ce propos, si jamais il arrivait un jour que quelqu'un vous accuse d'avoir tué la mère de Quasimodo, ne cherchez plus d'où cette personne aurait pu tenir cette information des plus érronées. Elle lui viendrait de l'un des films. Dans un dessin animé fait pour les enfants, vous êtes représenté comme un juge et non plus comme un prêtre et vous enfermez Quasimodo dans l'une des tours de Notre-Dame, après avoir «accidentellement» tué sa mère, puis vous l'empêcher de sortir à l'extérieur. Finalement, ce personnage n'a de vous que votre nom et n'a aucune ressemblance avec vous. Le seul point commun qu'il a avec vous, à l'exception de votre prénom et de votre nom, c'est l' amour qu'il éprouve lui aussi pour Esmeralda. Alors, si jamais un jour quelqu'un vous accuse de telles sornettes, vous saurez qu'il vous aura confondu avec quelqu'un d'autre.
 
Je vous laisse pour l'instant mon Père. Prenez soin de vous et que Dieu vous garde!

Florence



Damoiselle Florence,

Je comprends que, lorsque vous m'avez écrit cette lettre, vous approchiez du temps de Noël, alors qu'à l'heure où je la reçois et y réponds, il s'en faut encore de plusieurs semaines... Les voies de Dialogus sont bien déroutantes. Mais cela ne m'empêchera pas de vous souhaiter en retour la grâce de vivre cette période festive dans la joie et le recueillement.

Pour ma part, je crains bien que lorsque viendra l'Avent, je ne connaisse pas cette paix de l'esprit que requiert la préparation des fêtes; à moins que les Égyptiens n'aient libéré de leur présence tant le parvis de Notre-Dame que mon âme...

En attendant, je parcours votre correspondance fidèle, et m'étonne d'y trouver quelque consolation, moi dont la défiance envers la gent féminine ne cesse de croître; peut-être la mansuétude dont vous faites preuve à mon égard contribue-t-elle à me donner espoir, et j'espère que ce ne sera pas en vain.

Priez Dieu, petite fille, pensez à moi qui ne puis trouver le repos dans l'agitation de mes pensées et faites silence en votre âme devant le mystère de l'Incarnation...

dom Claude Frollo, archidiacre.



Bonsoir mon Père,

Comment allez-vous? J'espère encore et toujours que Dieu a pu apaiser vos tourments! (Je sais que je me répète souvent, mais c'est que j'espère vraiment que vous pourrez un jour retrouver la paix! Et puis, que serait la vie sans espoir! Tant que l'on continue d'espérer, l'on continue de vivre! La vie tout comme l'espoir est un cadeau de Dieu!)

Je vous remercie de tout coeur pour vos bons voeux! Dites-moi mon Père, à quel moment de l'année êtes-vous rendu? Pour nous, nous venons, il y a quelques jours à peine, de passer le Nouvel An! Je prends donc la chance de vous souhaiter une très bonne année, en demandant à Dieu qu'il vous accorde la grâce de retrouver la paix, même si je me doute que vous devez être loin de fêter le nouvel an aussi. S'il vous plaît, offrez mes bons voeux aussi à Quasimodo!

Vous êtes, mon Père, une personne que l'on gagne vraiment à connaître! (Bon, peut-être que je me suis encore répétée! Mais je le crois sincèrement!) J'aimerais vraiment en faire plus pour vous!  Si je le pouvais, je prendrais une partie de votre fardeau sur mes épaules, afin que vous puissiez vous sentir plus libre! Mais pour l'instant tout ce que je peux faire, c'est espérer que mes lettres puissent vous distraire un peu. (Eh oui, encore l'espoir! C'est quand on garde espoir que les choses se produisent!).  Vous me trouverez peut-être effrontée de vous parler de la sorte, mais je me risque tout de même! L'amour est un merveilleux cadeau de Dieu, alors ne le craignez pas! Je sais que vous êtes prêtre et que vous avez voué votre vie au Seigneur, mais peut-être que celui-ci en vous envoyant ce don vous dit qu'il est temps pour vous de passer à autre chose. Et même si vous aimez une bohémienne (en passant, Esméralda n'est pas d'origine bohémienne! Elle est née à Reims et a été baptisée, mais elle a été enlevée par les Bohémiens alors qu'elle n'avait que quelques mois!), pourquoi devrait-on vous blâmer! Les voies de Dieu sont impénétrables! Je vous prie de m'excuser si mes propos vous ont choqué!

Je vous laisse pour ce soir mon Père! Que Dieu vous garde en ses bonnes grâces! (En espérant ne pas vous avoir ennuyé avec tout cela!)

Florence



Enfant, je suis prêtre! Quel espoir garderais-je, avec ce corps brûlant de passion, ce coeur aussi tourmenté? La damnation me guette, toutes autres portes fermées devant moi.

Mais vous me parlez d'amour et je plonge à nouveau dans le doute. Qui êtes-vous, petite fille, qui venez me trouver au fond de ma retraite, et tour à tour raviver puis panser les blessures qu'une autre a ouvertes? J'alterne entre la nuit absolue de mon âme, et le curieux réconfort que me procurent vos paroles... Je suis homme de Dieu! Pourrais-je, comme vous le suggérez, passer à autre chose? Dieu de bonté! Votre appel, audacieuse enfant, sera-t-il une faible lumière dans l'obscurité glaciale qui m'habite? Mais je trébuche dans mes propres paradoxes...

Vous m'avez souvent affirmé que je gagne à être connu, pour reprendre vos termes... Je n'ai jamais cherché la promiscuité des autres humains. Et les siècles qui nous séparent limiteront notre relation à ces quelques échanges épistolaires. Mais je m'étonne chaque fois du baume qu'ils apportent à la déchirure à vif, à cette marque au fer rouge qui lacère mon corps sans répit.

Soyez donc remerciée, douce dame, pour votre constance et votre affection.

Je vous bénis.

dom Claude Frollo, archidiacre.



Bonsoir mon Père,

Je vous remercie pour vos bénédictions et je vous prie de m'excuser pour ne pas vous avoir répondu plus tôt. J'espère que vous allez bien et que vos tourments se sont quelque peu apaisés! Vous ne méritez pas de souffrir ainsi!

Il est vrai que parfois, lorsque je vous écris, j'en oublie les siècles qui nous séparent. Et j'en oublie aussi l'époque à laquelle vous êtes mon Père (pour un peu et je vous disais cher ami, mais c'est trop d'audace!) et c'est peut-être pour cette raison, que je vous parle comme je l'ai fait dans le dernier message!

Si vous me permettez, mon Père, je vous dirai que je vous trouve bien sévère avec vous-même! Vous me dites que la damnation vous guette et, pour reprendre vos termes, que toute autre porte est fermée devant vous, parce que vous êtes prêtre et que vous aimez une jeune femme, mais pourquoi cela? L'amour est un cadeau envoyé aux hommes par Dieu comme je vous l'ai déjà dit, alors pourquoi vous punirait-il pour quelque chose que lui-même vous a donné? Honnêtement mon Père, je ne crois pas que la damnation vous guette! Enfin, Dieu est Amour et Miséricordieux ne l'oubliez pas! Vous êtes l'un de ses enfants avant tout et je suis certaine qu'il nous aime quoi qu'il arrive. Je ne crois que j'aie vraiment besoin de vous rappeler cela mon Père! Et si vous me permettez vous êtes prêtre, mais vous êtes avant tout un homme, un enfant du Seigneur, alors pourquoi est-ce qu'il faudrait vous en demander plus à vous qu'à un autre? Tous ces sacrifices qu'on vous demande de faire sont un bien lourd fardeau pour une personne.

Bonté! J'ai l'impression que je me suis laissée emporter, mais je pense sincèrement ce que je vous ai dit. Excusez encore une fois mon audace mon Père. Comme j'aimerais être capable de trouver les mots justes afin de pouvoir vous soulager ne serait-ce qu'un peu tant l'esprit que le coeur. Enfin, j'espère qu'avec ces quelques messages, j'y parviens un peu.

Je vous laisse pour ce soir! Que Dieu vous garde mon Père!

Florence



Petite fille, je ne sais, je ne sais... Je suis le témoin d'une époque révolue -et le spectateur impuissant de l'avènement d'une autre; et je crains que la flamme qui brûle en moi sans relâche, tour à tour lumière ou consomption de toutes mes entreprises, ne sache trouver sa voie dans ce nouvel univers. Amoureux de science, assoiffé d'absolu, je me suis autrefois jeté à corps perdu dans la plus sublime recherche -dans la métamorphose, la transcendance de la matière inerte. Je n'ai su aboutir. Et qui s'intéresse encore aujourd'hui à la divine Oeuvre alchimique?

Mais je suis maintenant mon propre creuset -c'est moi que le feu dévore- c'est en moi que s'effectue toute transmutation. Les conditions seront-elles encore présentes pour que je réalise le grand Oeuvre de ma propre vie? -Il est si tard- les règles religieuses sur lesquelles j'ai arc-bouté toute ma quête et porté au plus haut mon âpre désir de connaissance, sont si contraignantes... Le souffle qui soulevait autrefois l'esprit médiéval et alliait les puissances fertiles sous la domination du spirituel souverain, aurait peut-être pu permettre à la puissance de ma passion de trouver moyen de s'exprimer, tant dans l'amour de la science, -que de l'amour parental- que de l'amour d'une femme... de quelle femme! -toutes formes humaines de l'amour de Dieu.

À présent, je suis dans une impasse. Ceux que j'ai élevés, Jehan et Quasimodo, sans avenir. La science alchimique, sans résultat. Mes élèves, sans intelligence. Et mon amour, qu'espérer de l'amour d'un prêtre, -d'un blasphème- d'un apostat!

J'ai peur, petite fille, et suis dans le trouble le plus profond. Oui, vous dont les lettres me sont un réconfort en ces heures d'angoisse, seriez en droit de m'appeler ami. Et sans doute avez-vous raison, je suis trop exigeant envers moi-même. Peut-être devrais-je renoncer en partie à mes rêves d'idéal pour répondre à ce nouvel appel, à ce désir, à cette faim du corps aussi insatiable que l'est celle de mon intelligence.

Écrivez-moi, enfant, vos lettres me redonnent un peu d'espoir -et peut-être m'aideront-elles à trouver cette grâce nouvelle que je cherche.

dom Claude Frollo, archidiacre


Bonsoir mon Père,

Je vous demande pardon d'avoir pris si longtemps avant de vous répondre. Mais j'ai eu très peu de temps pour moi ces derniers temps. Études obligent! J'espère que vous allez bien et que vous arrivez à trouver le repos quelque peu!

Vous me disiez dans le précédent message que vous aviez peur de ce que l'avenir vous réserve.  Je vous assure qu'il est normal d'avoir peur!  Au fond, l'être humain, que l'on soit à votre époque ou à la mienne, a toujours eu peur de l'inconnu, de ce que sera fait demain. Vous êtes, si ma mémoire est bonne, en l'an 1482. Votre époque est à la veille d'un jour nouveau. Dans quelques années, soit en 1492 un homme découvrira, en cherchant un nouveau passage vers la route des Indes, un nouveau continent. L'ère Médiévale cèdera doucement sa place à l'ère de la Renaissance. Les moeurs changeront peu à peu aussi. Et bien d'autres choses se produiront encore, mais je m'arrêterai là pour ce soir.

Pour l'alchimie, je ne saurais vous dire ce qu'il en deviendra lors de la Renaissance, mais je sais qu'à mon époque (quoique celle-ci doive vous paraître bien loin dans le temps!) elle se nomme maintenant Chimie et est une science reconnue. Je me souviens avoir appris à l'école qu'en Chimie rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout se transforme. Les gens qui la pratiquent se nomment maintenant des Chimistes. C'est assez près d'Alchimiste, vous ne trouvez pas? Et bien que les moyens dont ils disposent aujourd'hui ont sûrement évolué depuis votre époque, dites-vous bien, mon Père et ami, que leurs découvertes ne se sont pas faites sans travail et acharnement et qu'il leur a fallu  bien du temps parfois (voire des années) avant d'arriver aux résultats souhaités. Ainsi ne vous découragez pas si vite! Votre patience sera sûrement récompensée un jour! Mais si j'ai un conseil à vous donner, c'est de prendre garde, lorsque vous pratiquerez cette science, à ce que cela ne s'ébruite pas. Pour vous, comme pour les gens de mon époque, qui êtes un homme instruit c'est là la pratique d'une science sans plus, mais pour les gens de la ville qui vous entourent et qui ne sont pas instruit comme vous l'êtes, ils croient plutôt à de la sorcellerie. Comme je vous le disais un peu plus haut, ce que nous ne connaissons pas nous effraie!

Ce lien que vous faites entre les changements qui se produisent en vous et la science de l'alchimie est très fort. Chaque personne ressent dans sa vie des changements intérieurs qui la transforme et la transformera tout au long de sa vie. Certains changements seront petits et modifieront seulement un peu nos habitudes, mais d'autres seront si grands qu'ils provoqueront chez nous des remises en questions et des transformations qui marqueront à jamais notre vie! Au fond, l'être humain vit une éternelle transformation tout au long de sa vie, c'est simplement qu'il ne s'en rend pas toujours compte. Prenez: vous  par exemple! Si vous repensez au jeune étudiant que vous étiez avant le jour où vous avez pris en élève votre jeune frère, je crois pouvoir dire (pardonnez -moi si je me trompe) qu'un grand changement c'était alors produit en vous lorsque vous avez pris sous votre aile votre petit frère Jehan. Vous me dites que vous sentez pris dans une impasse, mais dites-vous bien que lorsque l'on se retrouve face à un mur comme l'on dit chez nous, que ce n'est jamais qu'une pause et que l'on finit toujours par trouver le moyen de passer au travers et de reprendre «son chemin». Il faut se dire
qu'il y a toujours une solution et qu'en prenant le temps de s'arrêter l'on finit par la trouver!

Pour Jehan et Quasimodo, je ne sais que vous dire, si ce n'est ceci, faites confiance à la vie. Il y a des choses que l'on ne peut prévoir et les chemins de la vie qu'emprunteront votre jeune frère et votre fils sont de ces choses-là. Alors, ne vous tracassez pas pour rien, même si je sais que pour un père ou une mère il est difficile de voir ses enfants s'éloigner du chemin que l'on aurait voulu les voir prendre et de ne pas s'inquiéter pour eux. Nous apprenons tous de nos erreurs comme de nos «victoires» et parfois encore plus de nos erreurs. Et comme le disait l'un des grands auteurs du 20ème siècle, Antoine de Saint-Exupéry: «L'on doit parfois s'égarer pour mieux se trouver!». Ils trouveront bien leur voie un jour et ils se souviendront alors de tout ce que vous avez fait pour eux. Pour vos élèves (vous me parlez sans doute de Gringoire, entre autres), je ne peux que vous conseiller la même chose que pour votre frère et Quasimodo. Vous savez, parfois ce n'est pas parce que l'étudiant ne suit pas l'enseignement du maître à la lettre, que ce dernier a échoué dans sa tâche d'enseignement.

Et pour votre amour, (il est vrai que je regarde cela avec les yeux d'une personne de l'an 2007) je crois que ce ne peut être un Blasphème, puisque celui-ci vous vient de Dieu. Et puis, vous croyez  toujours en Dieu il me semble, alors vous êtes loin d'être un apostat. Ce n'est pas parce que nous doutons parfois et que nous nous remettons en question, que Dieu nous aime moins pour cela! Il est bon  d'apprendre à écouter ce que dicte son coeur. Si les gens le faisaient un peu plus souvent, peut-être que l'on entendrait plus souvent la voix de Dieu, si je puis dire ainsi.

Bon! J'espère ne pas vous avoir ennuyé avec tout cela! Et j'espère aussi vous avoir aidé un peu. Je vous laisse pour ce soir mon Père et ami. Que Dieu vous garde et qu'il vous apporte la paix dont vous avez tant besoin!

Florence