Ethan Greene
écrit à

   


Claude Frollo

   


Une chose assez surprenante

   

Monsieur l'archidiacre,

Tandis que je furetais sur le net en quête d'informations d'ordre philosophique et commentées sur «Notre-Dame de Paris», quelle ne fut pas ma surprise en trouvant vos lettres et celles de vos correspondants!

D'un côté, je me dis que vous, mieux que quiconque, pouvez me décrire votre mode de pensée. Pourquoi appréhender à ce point une évolution si indéniable de notre monde? N'est-ce pas ce qui a permis aux Lumières d'exister, de nous transmettre leur savoir, pour déboucher sur les visions de la société actuelle? Bien sûr, en tant qu'homme du XVe siècle, je doute que vous connaissiez la suite de l'histoire de l'Humanité.

Que penseriez-vous si on vous annonçait que le beau Paris de votre époque partirait peu à peu, noyé sous la modernité et le vandalisme? Que pense un homme d'Église de l'évolution de ce monde?

Il n'y a dans ma lettre aucune pointe d'ironie, d'humour moqueur ou autre, mais un désir sincère de comprendre mieux les points de vue de personnes telles que vous sur la situation de notre monde, avant, après, plus tard...

Que pensez-vous aussi du fait que certains membres du clergé du XXIe siècle remettent en cause pratiques et principes fondamentaux de votre institution?

Merci de m'aider à mieux me situer.

Bien à vous, monsieur,
Ethan



Maître Ethan,

Il m'est difficile de suivre le cheminement de votre pensée; tout d'abord parce que vous me parlez de choses dont j'ignore tout -que sont donc ces Lumières qui méritent ainsi une initiale majuscule? Puis par le témoignage paradoxal que vous donnez de l'avenir du monde: est-il éclairé, comme vous le laissez en premier lieu supposer, ou en proie à la destruction -ce qui confirmerait mes pires cauchemars?

Ah! Maître Ethan, je crains, non point d'être obscurantiste, mais au contraire d'être trop clairvoyant -et incompris. Incompris de mes pairs, qui sont aveugles au danger de ce qu'ils nomment ad absurdum «progrès», et incompris de votre siècle aussi, semble-t-il, qui ignore à quel point l'âge médiéval est un âge d'élévation et de spiritualité.
 
Mais votre dernier propos me rend perplexe... Quels principes sont donc mis à mal à votre époque? De quelles règles canoniques voulez-vous parler? L'esprit même de la religion catholique serait-il remis en cause par vos pairs? Ou ne s'agit-il que de quelques individus dévoyés, qui ne différeraient alors en rien de mes contemporains -car il y a toujours et partout des diables, homo homini lupus, le vieil adage garde sa pertinence, de même que les paroles de l'Ecclésiaste...

Cependant, épistolier curieux, si vous souhaitez réellement connaître ma pensée, relisez les maîtres Alchimistes, lege, relege et ora -relisez et priez, imprégnez-vous de leur sagesse, et retournez contempler les oeuvres de pierre, des portails et des narthex de nos sublimes édifices religieux, si la folie des siècles futurs ne les a point détruites...
 
Alors peut-être pourrez-vous approcher la transcendance à laquelle mon âme aspire, inlassablement altérée du sublime breuvage de la Science.
 
Adieu, maître Ethan, que le feu de l'Esprit soit toujours un flambeau au cours de votre quête!
 
dom Claude Frollo, archidiacre