Jamsy. F.
écrit à

   


Claude Frollo

     
   

Salutations

    Bonjour Monseigneur,

Je me présente, Jamsy. Je vois que vous n'avez pas répondu aux questions intéressantes qui ont été posées sur le site et qui nous dévorent de curiosité, la curiosité n'est pas encore considéreé comme un péché, donc nous avons droit à cela, n'est-ce pas?

Je remarque aussi que beaucoup de personnes se liguent contre vous sur ce site et c'est bien compréhensible pour ceux qui ne comprennent pas votre âme torturée. Je pense que le «vrai» Frollo a plus de de fierté et ne considère pas Dieu comme infaillible, ce qui l'intéresse avant tout c'est le savoir, et Dieu après, et c'est d'ailleurs ça qui vous perdra, comme je m'y suis perdue, ne m'en veuillez pas, l'erreur est humaine. Pour les grands intellectuels, aimer est plus qu'un effort, c'est une chose difficile de donner son coeur, non?

Le moyen-âge est une époque très controversée par les historiens mais vous me diriez que notre époque est loin d'être aussi brillante! Que pensez-vous de notre pape? Simple question pour un homme érudit comme vous, ayant de l'esprit critique, qui pourra sûrement me donner une réponse.

Mais pour reprendre la question d'un de vos plus grands fans sur le site, qui est intéressante, quelle est votre considération pour la femme, puisque qu'à part Esméralda (qui vous a «tapé» dans l'oeil) vous êtes plutôt mysogyne? Pourquoi?

Mes salutations distinguées, en espérant une réponse de votre part. Je suis au courant de votre emploi du temps chargé.

Jamsy F.
 

Madame,

La curiosité est la dynamique de l’existence, en faire preuve n’est pas un péché, mais témoigne au contraire d’un bel état d’esprit. Vous n’avez pas eu connaissance de toutes mes réponses? Peut-être le décalage de temps entre nos époques ne permet que difficilement de faire parvenir mes missives avec promptitude. J’ose espérer qu’à cette heure, votre saine curiosité se trouve rassasiée…

Mais que voulez-vous dire par «vrai» Frollo? Je suis dom Claude Frollo, ego sum dom. Claudius Frollo, archidiaconus atque minister Domini nostri; je pense que c’est bien à moi que vous vouliez adresser votre courrier, n’est-ce pas?

J’ai par ailleurs un peu de mal à suivre votre raisonnement. La science a toujours été pour moi la plus haute vérité, le plus pur éclairage de toute mon existence; en aucun moment elle n’a été cause de perdition, quelle que soit son influence sur ma conception de Dieu, conception qui d’ailleurs ne regarde que moi et mon confesseur. Et les grands intellectuels, pour reprendre votre expression fort pertinente, dont je me considère faire partie sans doute possible, possèdent cette largeur de vues, cette soif d’absolu qui transcende la simple croyance. Tout sentiment, tout investissement, toute passion deviennent alors plus graves et plus profonds, avec des ardeurs et des abîmes que ne peut appréhender l’imagination du vulgaire. Il n’est pas plus difficile aux grands intellectuels d’aimer, peut-être y sommes nous simplement moins préparés, mais cette apparente maladresse se compense par la force, l’intensité, la beauté de ce que nous éprouvons.

Je suis heureux que vous me parliez de mon époque; vous êtes la première à aborder cette question, et il semble que votre siècle considère bien à tort l’âge médiéval comme une époque d’obscurantisme et de terreur, alors que nos valeurs sont lumière et spiritualité. Observez les œuvres de mon époque, sculptures, lettrines, orfèvrerie, vous y trouverez le souffle de l’Esprit, le mouvement même de la vie, le mystère du sacré et de l’incarnation de Dieu. Jusque dans les plus humbles objets de l’existence quotidienne, tout est empreint de cette dynamique et de cette transcendance qui font tant défaut à votre époque dépourvue d’âme… L’obscurantisme n’est pas toujours là où l’on croit.

Quant à votre Pape, les sages de Dialogus m’ont informé qu’à la date de votre courrier, le Saint Père se nommait Jean-Paul II, natif de Pologne, une grande nation, mais je n’imaginais pas que le successeur de Saint-Pierre pût se trouver un jour être d’origine slave. Les renseignements que j’ai pu prendre sur son compte le montrent comme un homme d’une morale et d’une doctrine extrêmement rigoureuses, ce qui est exemplaire et, paraît-il, fort actif dans la lutte contre le paganisme de certaines nations. Il est louable qu’à votre lointaine époque, la plus stricte éthique morale soit ainsi respectée.

Enfin, vous relancez une question qui m’a précédemment été posée, question indiscrète, stupide, insolente, inconvenante! Je pense que la réponse que j’y ai apportée éclaire suffisamment mon opinion, et les raisons que j’ai de haïr la gent féminine, dont vous faites partie, madame; et vous conviendrez bien que je dois prendre sur moi pour répondre à vos courriers, lectrices impénitentes, afin de tenir l’engagement que j’ai pris auprès des membres de Dialogus.

Priez Dieu qu’Il ait de vous miséricorde.

dom Claude Frollo, archidiacre