Marie
écrit à

   


Claude Frollo

   


Réhabilitation

   

Dom Claude,

Je me permets de vous écrire car je trouve injuste la vision qui est donnée de vous. Souvent on vous perçoit comme un vieillard lubrique, une sorte d'obsédé prêt à toutes les horreurs pour parvenir à vos fins avec Esméralda. Or, personne ne voit la merveilleuse âme qui est en vous. Personne ne voit celui qui a sacrifié toute sa jeunesse, sa vie même pour élever son jeune frère et faire en sorte qu'il devienne quelqu'un (quel ingrat celui-là, d'ailleurs!). Personne ne comprend votre démarche d'être entré en religion pour sauver votre frère et renoncer ainsi à tous les plaisirs qu'offre la vie. Personne ne comprend le feu qui a pu vous animer lorsque vous avez rencontré Esméralda et la profondeur de votre désespoir.

Oui, en dépit de ce qui a été dit et écrit à votre sujet, vous avez toujours à mes yeux cette belle âme. Ce feu qui vous anime m'a bouleversée comme jamais. Nul avant vous ne m'avait autant touchée. Comme ne pas être touchée par des sentiments aussi forts, désespérés, grandioses?

Je suis de tout cœur avec vous. J'espère seulement que vous avez enfin trouvé la paix. Quoi qu'il en soit, je prierai pour votre âme.

Marie


Le Seigneur vous bénisse, Madame, pour la sincère prévenance dont vous faites preuve à mon égard. Je ne suis guère coutumier de ces témoignages apologétiques -et l'impopularité est le plus souvent mon lot- mais la surabondance de mon univers intérieur fait que je n'ai guère eu jusqu'ici à en souffrir l'agression, perdu dans le foisonnement de mes rêves et dans la contemplation du sublime, que je pouvais appréhender au plus profond de mon âme.

C'est -hélas!- cette même richesse, ce bouillonnement et cette capacité à pénétrer la beauté pure qui m'ont finalement perdu, dans cette quête d'absolu qui a entrevu l'incommensurable, l'émeraude parfaite, l'inaccessible et transcendante gemme -qui a cru pouvoir y toucher, et se heurte à l'inatteignable et à la soif ardente, la soif inextinguible qui ne peut s'assouvir.

Priez pour moi, Madame -sans espérer que je trouve la paix- car il n'est plus pour moi que le malheur, l'immobilité du givre, le désespoir et la nuit de l'âme. Mais que Dieu bénisse la délicatesse de vos sentiments, et vous conserve dans Sa plénitude.

Dom Claude Frollo, archidiacre.