Prérana
écrit à

   


Claude Frollo

   


Problème

   

Bonjour Claude,

J'ai parlé avec une copine du roman Notre-Dame de Paris, le sujet principal de la discussion c'était vous. Sachez que je ne vous reproche rien, moi, par contre j'ai quelque chose à me reprocher. La chose que je me reproche est de vous aimer  comme vous avez aimé Esméralda. De ce fait j'ai peur de brûler en Enfer. Les sentiments ne se commandent pas.

Que dois-je faire?

Bien à vous,

Prérana


Jeune fille, prenez soin de votre âme! -la mienne est en perdition, et je ne sais que trop ce que signifient les ténèbres de l'abîme... Oeuvrez, travaillez sans relâche pour votre salut! Il n'est pas d'autre tâche qui vaille et justifie les efforts de notre séjour ici-bas.

Veillez et priez -faites pénitence dans l'humilité- et sans vous maudire, ce qui serait déjà une forme d'orgueil. Mais ne désespérez jamais de l'infinie miséricorde de Dieu.

Et votre franchise, si spontanée et si vivante, l'innocent enthousiasme de vos sentiments, sont simplement une preuve de votre capacité d'amour, et laissent espérer des qualités de coeur qui vous permettront, un jour, de partager le don de la tendresse, l'ardeur de la flamme, la bénédiction du bonheur avec un époux choisi.

Cultivez votre belle générosité, petite fille, ne perdez pas courage -et je vous conserverai dans mon oraison.

Que Dieu ait de vous merci!

dom Claude Frollo, archidiacre.


Bonsoir mon père,

Après la lecture de votre lettre, je me suis mise à réfléchir. Mais j'en arrive toujours à la même conclusion: l'amour que je vous porte est comme celui que vous portez à Esméralda. Nous sommes dans la même situation, vous et moi. Je vous en prie, ne repoussez pas cet amour profond que je vous porte! Aidez-moi!

Je vous conserve dans ma prière. Que Dieu vous ait en Sa sainte garde.

Prérana

P.S: Je sais que c'est un péché d'aimer un archidiacre!



Madame,

Solliciter mon indulgence fut une gageure, vous entêter serait une erreur. Il n'est pas en mon pouvoir de répondre à votre supplique, ni en tant que prêtre, par le sceau de mes sacrements, ni en tant qu'homme -dont le coeur brûle de passion, et ne sait plus éprouver d'autre émotion tant la fièvre me dévore...

Et comment pouvez-vous comparer l'émoi si franc, intense, naïf et propre à votre jeune âge, à la passion dévastatrice qui laboure mon corps sans répit -à ce désir inassouvi dont les vagues lancinantes et sauvages me submergent nuit et jour? Que savez-vous de ces ardeurs de la chair qui fermentent, bouillonnent et débordent d'un coeur plein de passion, brisant comme verre le carcan d'interdits qui les contenait jusque-là? Mais votre aveu m'apporte la consolation de penser que, étrangement, il m'est possible de susciter la compassion d'une femme...

Ne me tourmentez plus. Je ne puis vous être d'aucun secours. J'ai voulu vous inciter à trouver dans votre sensibilité le levain d'une vie abondante. Mais si vous ne pouvez porter vos sentiments comme une grâce, portez-les alors comme une croix; et que cette souffrance soit pour vous pareille à l'eau du baptême, qui abrase et purifie.

Confessez-vous, priez sans relâche, et préservez la générosité de votre coeur.

dom Claude Frollo, archidiacre.