Prérana
écrit à

   


Claude Frollo

   


Nouvelles (1)

    Bonsoir Claude,

Depuis quelque temps, je ne vais pas très bien.

Tous les soirs avant de m'endormir, je relis certains passages du roman Notre-Dame-de-Paris. Ces passages relatent votre désespoir.

Dans mes rêves, vous êtes séduisant, sensuel, attentionné et prévenant, moi je me dis que je suis Esméralda et que je suis votre épouse. Toujours dans ce même rêve, j'imagine que je suis mère et que c'est le fruit de notre union, ce fils s'appelle Claude. Par ce songe, j'ai l'impression d'être sur un nuage.

Puis-je vous tutoyer? Sachez que pour moi votre âme n'est pas en perdition. Vous êtes dans ma prière autant que dans mon coeur.

Que Dieu vous garde.

Prérana



Enfant, gardez vos rêves, leur fraîcheur et leur naturel, ils sont l'expression de votre âme, de votre profonde sensibilité -ils sont un don précieux au milieu du tumulte du monde... Les miens ne m'apportent plus que fièvre, tempête, frissons, épuisement; je m'en relève haletant et sans force -alors que votre imagination vous épanouit comme une fleur. Cultivez-la!

Je ne vous en veux pas de penser à moi comme vous le faites -mon esprit a trop de préoccupations pour que je puisse en éprouver même de la gêne, seulement un désespoir poignant et ravivé, lorsque vous évoquez mariage et paternité, car comment un prêtre deviendrait-il l'époux de celle qui lui brûle la chair, et le père de ses enfants? Et d'autant plus que l'objet de tout son désir est bohémienne, gitane, zingara, ange de ténèbres!

Ah! Je m'égare encore... Pardonnez-moi. Mais pour répondre à votre dernière question, je garderai dans nos échanges la réserve et la délicatesse que permet l'usage du vouvoiement -cette subtilité dans les rapports dont bénéficie la langue française, alors que les langues antiques l'ignoraient.

Allez en paix, petite fille, préservez vos rêves purs, et laissez-moi à l'accablement des miens.

dom Claude Frollo, archidiacre