Esmeraldaécrit à

   


Claude Frollo

   



les différences

   

Dom Claude,

Tout comme vous, je suis obligée d'utiliser les nouvelles technologies pour vous poser une question. Gitane, bohémienne, égyptienne, etc.: est-ce que la nationalité et la race ont tant d'importance et, malgré les différences et les préjugés, ne considérez-vous pas que chacun -même les bannis- a droit d'amour et de justice? Tous les hommes peuvent recevoir la bénédiction de Dieu et pas seulement les «choisis». Pourquoi, alors, n'ouvrez-vous pas votre cœur et ne comprenez que le Dieu tout puissant aime tous ses enfants qui ont tous le droit de vivre et d'être heureux?

Je suis étonnée de vous écrire à vous, le prêtre, l'homme de science. Moi, qui pense que l'amour est la seule chose qui doive régner sur la Terre et dans les âmes; moi, qui suis tellement différente de ce que vous êtes et qui a même peur de vous. Toutes les différences que vous posez entre les gens ont-elles vraiment tant d'importance? Ne comprenez-vous pas que l'amour est la loi la plus importante pour tout le monde?

Je vous souhaite cet amour, mais non pas une passion obsédante, mais un amour profond qui va vous ouvrir les yeux et qui va vous permettre de trouver la paix.

Que la bonté et l'amour soient avec vous!

E.


Madame,

Et quel que soit votre nom, la première phrase de votre missive intrigue au plus haut point l'homme de science que je suis. De quelles nouvelles techniques voulez-vous donc parler? Existerait-il à votre époque quelque machine ingénieuse qui soit capable de transmettre d'elle-même les paroles, sans avoir à passer par les relais de poste?

Ne me parlez pas de l'Amour de Dieu, feu vivant, lumière de la lumière, splendeur céleste, -dont vous ne pouvez, sacrilège, même imaginer le plus faible rayon; ne me parlez pas de l'amour humain, -vous en ignorez les abîmes et les profondeurs. Mais parlez-moi de cette industrie curieuse que votre siècle a vu naître, et sur les moyens que vous utilisez pour m'adresser vos réflexions.


Parlez au savant, jeune fille, non à l'homme de Dieu, qui ne pourrait que vous réprouver.

dom Claude Frollo, archidiacre


Dom Claude,

La lettre que je vous ai envoyée la dernière fois était adressée en même temps au prêtre, au savant et à l'humain qui font tous partie de vous. Je voulais vous montrer le vrai sens de la vie: l'amour. L'amour où l'on donne sans rien attendre en retour et non pas l'amour où l'on possède ou exige, celui où l'on est le maître. C'est dommage que dans cette lettre vous n'ayez remarqué que le moins important.

Les relais de poste? À notre époque, le Moyen-Âge, la poste n'existe pas, cher monsieur. À mon époque, le quinzième siècle, il n'y a que des courriers et des pages qui transmettent directement les messages. Je crois que je me suis trompée, vous n'êtes point Claude Frollo, du moins pas celui d'avant.

Mais en tous cas sachez, cher monsieur, qu'il n'a rien de plus important que cet amour dont je vous ai parlé et l'on n'a pas besoin de vos manuscrits pour le découvrir. Moi, je le porte dans mon cœur et je vous le souhaite!

Esméralda



Que me contez-vous là, madame, et pour qui essayez-vous de vous faire passer? Les sages de Dialogus qui ont pris contact avec moi ne me transmettent que des messages de leurs contemporains, ne tentez pas de me faire croire que vous êtes de mon siècle. Sinon, comment expliquer que vous ignoriez l'existence des relais de poste, que notre roi, Louis le onzième, a fait mettre en place, il y a peu d'années il est vrai, mais qui sont bel et bien le moyen régulier d'acheminer le courrier sur les routes de France?

Révisez vos connaissances, madame -et c'est là encore le savant qui vous parle. Vous avez tant de choses à apprendre avant de pouvoir aborder le sujet abyssal de l'âme humaine...


dom Claude Frollo, archidiacre.