Audrey-Nathalie
écrit à

   


Claude Frollo

   


La paternité

    Mon Père,

Priez pour moi car j'aurais aimé savoir ce que vous pensez de la paternité. Je reste une bonne chrétienne, malgré ce songe insensé.

Votre cœur peut-il, dans l'absolu, éprouver le besoin ou l'envie d'élever un enfant qui vous doive son existence? A-t-il été formé à cela?

Cela émouvrait-il votre cœur de savoir que vos propres sang et amour lui ont donné la vie? Trouveriez-vous cela beau ou sacré? Et ce dans l'hypothèse où vous ne seriez pas ou plus enchaîné à l'autel, bien entendu!

Ensuite, comme je vous sais amoureux de la belle diction des prénoms féminins, j'aurais aimé savoir ce que vous pensiez du mien, qui sonne tout de même bien rudement: «Audrey»...

Merci infiniment mon Père!

Audrey-Nathalie


Dame Audrey, ou dame Nathalie,

Vous me posez là une grave question.

J'ai été père, en âme et en responsabilité, de mon jeune frère Jehan, de ce pauvre hère de Quasimodo, de l'orphelin Pierre Gringoire. Mais j'ai été père sans avoir été homme -et c'est ce manque qui me tourmente -cette incomplétude -cette impossibilité de vivre ma virilité-  bien plus que la transmission du sang, qui n'est après tout qu'un aléa naturel. Oui, j'ai cru trouver l'accomplissement de l'amour humain dans les soins rendus aux plus petits, mais c'était sans savoir à quel point l'acte créateur, volontairement omis et jugulé, peut engendrer de soif, de souffrance charnelle, de fièvre éperdue.

Quant à votre prénom, Ætheldreda, il est celui d'une sainte femme d'Est-Anglie qui, à l'époque des rois Francs, fuit la vie conjugale pour se cloîtrer dans un couvent, et y mener une vie austère et sainte. Je pensais avoir sa force d'âme et son courage -hélas! Malheur sur moi!
 
Dom Claude Frollo, archidiacre