Vinciane
écrit à

   


Claude Frollo

   


Juste une lettre...

    Je ne pense pas que cette lettre soit d'un quelconque intérêt!

Il y a quelques années déjà on se parlait (voir «Tracas», «Pays», «Clopin»...)! J'étais jeune et émerveillée à l'idée de vous parler (peut-être amoureuse?). Aujourd'hui, j'ai relu quelques-unes de mes précédentes lettres. Je voulais vous remercier, vous avez été un de mes soutiens dans mon «désespoir» passager que, je pense, vous avez dû connaître aussi. Vous m'avez aidée en créant une illusion, ô combien bénéfique pour moi. Si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas! Même si je sais que vous ne me contacterez pas. En relisant nos précédentes conversations, une sorte de nostalgie m'est revenue! Mélancolie aussi? Peut-être tout simplement encore envie de correspondre avec vous... Mais à propos de quoi? Je pourrais vous raconter ma vie mais je ne pense pas qu'elle vous intéresse,tout comme cette lettre d'ailleurs.

Pardonnez-moi si je vous ai fait perdre du temps.

Vinciane


Dame Vinciane,


Plusieurs années ont donc passé depuis votre dernière missive? Ici, seuls quelques jours se sont écoulés mais il est vrai que pour moi les jours s'étirent comme des siècles...

Heureuse êtes-vous de pouvoir parler de votre «désespoir passager», heureuse êtes-vous de l'avoir dépassé -mais ne comparez pas cela aux abîmes de nuit qui s'ouvrent sous mes pas. Vous ne savez pas ce que c'est, enfant, vous ne le saurez jamais. Car vos rêves ne sont point mes rêves, et la passion qui me consume, qui m'altère et me dessèche, tant sont pressants l'appel et la soif incoercibles de mon désir -jamais, non, vous ne pourrez imaginer ce dont il s'agit, si vous n'avez connu vous-même cette quête sans repos, cette inextinguible recherche d'un être sublime, qui vous échappe, et qui seul, vous le savez, peut apporter l'apaisement de tous vos sens.

Mais vous me proposez de me parler de votre vie -pourquoi pas? Je suis las, enfant, et le désir qui envahit tout ne laisse plus de place pour aspirer à de modestes joies quotidiennes. N'attendez donc pas que je vous sollicite; si vous le souhaitez, racontez-moi votre existence sans attendre mon accord -cela sera toujours un désennui pour moi...

Que Dieu vous accompagne, chaque jour et chaque heure,


Dom Claude Frollo, archidiacre.