Flore
écrit à

   


Claude Frollo

   


Esmeralda et Fleur-de-Lys

   

Monseigneur,

Si vous ne supportez pas de voir Esmeralda danser et chanter, que cela vous trouble au point que vous ne puissiez trouver le repos, pourquoi ne pas partir? Ou si vous ne supportez pas son idylle avec Esmeralda, plutôt que de frapper Phoebus avec un couteau dans le dos, pourquoi ne pas révéler à Fleur de Lys, sa fiancée, que Phoebus courtise Esmeralda? Cette idée, je ne vous la transmets pas uniquement pour vous rendre service mais parce que je trouve écoeurant son double jeu entre ces deux femmes. Il trahit non seulement Esmeralda mais aussi Fleur de Lys.

Respectueusement,

Flore


Et à quel titre devrais-je m'en aller? Ne suis-je pas archidiacre de Josas, second acolyte de l'évêque de Paris, doyen de Montlhéry et de Châteaufort, et seigneur du fief de Tirechappe, prétendant censive dans Paris? Ici est ma place, mon statut, ma domination; je n'ai pas à me résoudre à partir.

J'ai, par contre, mais en vain, fait interdire le parvis de Notre-Dame aux bateleurs en tout genre qui viennent profaner de leurs jongleries impies le saint seuil de Dieu. La simple application de cet interdit pourrait mettre un terme à ce qui me tourmente et m'obsède...

Dame Flore, épistolière fidèle, vous me parlez à l'instar d'autres correspondants d'un certain Phoebus. À l'heure où je vous écris, j'ignore qui est cet homme, mais l'homogénéité de vos propos, aux uns et aux autres, me glace. Deviendrai-je un meurtrier? Et non sans raison, semble-t-il, d'autant que votre lettre le présente comme un être particulièrement haïssable...

Fasse le Ciel que mes pas ne croisent jamais ceux de cet individu, que la passion qui couve en mon sein n'éclate pas en fureur, convulsions, lave de volcan, mais s'apaise enfin, enthousiaste et sereine, dans la lumineuse évidence de la science et de Dieu.

Le Seigneur vous garde, dame Flore, vous qui ne me refusez pas votre aide tandis que j'erre dans la nuit...

Dom Claude Frollo, archidiacre