Laurie
écrit à

   


Claude Frollo

   


Différentes amours

    Bonjour mon père,

Du peu que j'ai eu le plaisir de lire à votre propos, j'ai constaté que vous étiez surtout quelqu'un qui n'avait connu que très peu d'amour, quelle qu'en soit la forme... Ai-je tort?

Vous avez énormément d'amour à donner, cela se voit. Pourtant, vous n'en recevez pas tellement en retour. Je ne peux que vous comprendre, j'ai également eu des déboires ressemblant aux vôtres: un amour non réciproque, des problèmes avec mes deux frères... Bien que je sois heureuse avec ma famille, je n'ai pu que pleurer en silence à l'abri des regards mon amour déçu. C'est une chose que je ne souhaite à personne, et surtout pas à vous. Je vous admire énormément et prie pour que vous puissez trouver ne serait-ce qu'un éclat de bonheur.

Veuillez acceptez ma tendresse.
 
À bientôt j'espère,

Laurie



Solitude de l'ordination et solitude du génie, solitude de la supériorité et solitude du pouvoir... Ah! Dieu, toute ma vie n'a été que quête inassouvie d'un Absolu -d'apprentissage, de connaissance, de puissance, d'amour- un absolu que bien peu de vos semblables ne peuvent approcher sans se brûler les ailes, sans s'asphyxier les poumons de cet air raréfié des trop hauts sommets...
 
Et cette faim qui ne me quitte pas, ce désir dont seuls les hommes les plus remarquables peuvent entrevoir l'intensité -comment le faire comprendre et le partager en retour, sans tout consumer dans sa force? Hélas! ni mes liens familiaux, ni mon œuvre de maître ou de père n'ont pu me permettre une telle communion.

Et aujourd'hui, plus douloureux que tout encore, cet appétit de la chair qui m'exile davantage, proscrit par ma religion, marqué au fer rouge par mes vœux, scellé au célibat par des chaînes d'acier -avec ce désir continuel qui a soumis mon âme pour sa damnation! Oh! Enfer! Comment dans ces conditions approcher celle dont la beauté m'arrache l'âme, dont la beauté me brûle le corps jour et nuit, comment la joindre dans son errance et son dénuement, depuis la prééminence qui me reclut? Comment, enfin, rompre cette solitude qui a coulé mon sang de lave incandescente dans le marbre de la vertu et de la domination?
 
Hélas, enfant! Quel désespoir! Oh! Priez pour moi, jeune fille, petite lumière d'amitié dans mon désert et mon obscurité!
 
dom Claude Frollo, archidiacre