Damnation?
       

       
         
         

Sarah

      Mon cher Claude,

Vous êtes mon personnage préféré, toutes oeuvres confondues. Ce que j'ai pu rêver de vous, de votre visage que j'imagine sombre et séduisant, de votre esprit profond et torturé, de vos dilemmes insolubles, de votre destin dramatique et romantique.

Un amour comme le vôtre est trop violent pour convenir à votre état, mais a, plus que tous vos actes pieux, révélé votre vraie nature.

Vous êtes tendre, vous êtes passionné, vous êtes sensuel, cultivé, curieux. Un peu étroit d'esprit parfois, et avez une trop grande tendance à diaboliser les beautés du corps féminin. Peut-être trop possessif en amour, mais j'attribue cela à votre manque d'expérience.

Et puis, quelle poésie dans vos déclarations d'amour! Il faut vraiment être Esmeralda pour vous préférer les rustres propos de Phoebus. «J'arracherais de moi, non des paroles d'amour, mais mon coeur et mes entrailles pour vous dire que je vous aime...». «Je baiserai, non vos pieds, mais la terre qui est sous vos pieds»... Ah là là...

Vous devriez abandonner l'autel et laisser libre cours à vos instincts...

Je vous embrasse.

Sarah

 

       
         

Claude Frollo

      …Mais je ne demande que cela -de tout mon corps, de tout mon sang, de toute ma fièvre et de toute mon âme!

Une telle flamme supporterait-elle de rester sous le boisseau? Une telle passion pourrait-elle se voir repoussée sans que la terre ne s’ouvre, et que ne hurlent toutes les voix de l’abîme? Et ces mots, que je ne puis extraire de mon cœur sans arrachement, devront-ils se perdre dans le désert?

Je ne veux pas encore laisser tout espérance…
Oh! petite fille, si vous avez été touchée par mon cri de souffrance et de désespoir, peut-être alors une autre saura-t-elle l’entendre…

Priez pour moi, et gardez-moi dans vos rêves -les miens ne m’apportent plus ni paix, ni réconfort.

Que la Grâce de Dieu protège votre fraîche spontanéité.

Dom Claude Frollo, archidiacre