Manuel
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

Salut Léo

    Salut Léo

Je me permets de te t'appeler ainsi, et de te tutoyer, autrement, ça m'est impossible. Pas de question particulière pour toi, juste le plaisir. Celui de t'écrire, comme un rêve après t'avoir écouté aussi longtemps. Pour moi, tout a commencé par le TLP Dejazet, tout s'y finit d'ailleurs, et je te pardonne même d'avoir oublié une strophe complète de l'Affiche rouge. Les soirs de tristesse, quand je me souviens des soirs là-bas, tu es là, et ça me suffit.



Salut Manuel,

J'aime ta lettre. Elle fait dans le léger. Pas la peine d'en faire des tonnes et des romans, pas la peine de se répandre et de dégouliner pour être dans le vrai.

Merci de ta fidélité. Mais ne parle pas de rêve. On a quelques minutes, on peut discuter.

Mes amis, les vrais, je ne les connais pas. Ils sont, comme toi, planqués au Déjazet ou dans je ne sais quelle autre salle. A m'écouter, aussi, les soirs où ça tangue dans un coin d'Espagne ou du Canada, perdus en Italie ou en France.

La rencontre, elle est là. Pas dans le fait d'être sur moi, à côté de moi. A me suivre partout, à rentrer dans ma tête. A être de mes amis auto-proclamés. Sur des additions de fatigue et de complaisance.

La rencontre, elle est dans un regard, dans deux lignes, dans l'écoute d'une chanson. Elle est dans les soirs de tristesse dont tu parles, quand la mélancolie a pris quelques années et pèse un peu lourd, et qu'on vit dans l'approximation, un couplet sur les lèvres.

Je suis comme toi. Je ne fais pas dans la langueur. Façon de parler, façon d'écrire.

Ecoute L'affiche rouge. Sur le disque il n'y a pas de strophe oubliée. Le compte y est. Et puis, enchaîne sur La tristesse. Tu te souviendras alors des soirs là-bas quand je chantais pour toi.

Salut Manuel.

Léo