Théo
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

Respect

   

Salut mec.

Si tu savais ce que tu m’emmerdes, avec ta lucidité de prophète sans dieu. Ta parole m’a arraché les yeux, et les a lancés jusque dans dix mille ans.

J’ai ton testament en poche : passeport de liberté pure. Pas de merci pour le roi de l’invective que tu es. Il est trop petit ce mot pour l’arrière-arrière… arrière-petit-fils de Villon. Mais bon, les lignées… On y est pendu au bout et on s’en balance. Rappeur solitaire dans tes seventies.

La mémoire et la mer. C’est horriblement parfait. Léo, tu m’as anarchisé, salopard.

POÈTE ! merci quand même… et basta.



Quand tu écris «tu m'emmerdes» et «salopard» c'est un relâchement incontrôlé, une variante de la Tourette? Je connais bien, je fais pareil parfois. Mais je mets du blanc sur mes courriers, je m'autocensure et je nettoie waterman.

Quand tu écris «Théo» c'est une plaisanterie grecque, une étymologie catho? Je connais bien, je fais pareil parfois. Je mets du cul sur le spirituel, Jésus au bord du triangle et je salis waterman.

Quand tu écris... et merde. Ça écorche la bouche de dire «je t'aime», ça dérape la plume. Alors on écrit n'importe quoi, du roi et du prophète. Ta lettre est curieuse, elle vire exercice de style. Un mot en dessus, un mot en dessous. On ne sait pas par où rentrer. Mais je te prends comme ça, je prends la mouche, je simule le dépit. Tu n'es qu'un prétexte, Théo. Reste dans le texte.

Léo
Ni Dieu ni prophète



Et bien entendu vous(tu) touche(z) juste, Métamec.

Parce que tu sais lire. Et vous m'avez lu, parce que tu as remarqué qu'entre le fion[d] et la forme, y a comme un blanc. Vous nous disiez en somme que le style hors du stylo valait moins qu'un stylet face au cran d'la rue.

Word-world...il me manque une aile pour l'envol.

Non c'est pas un relâchement incontrôlé. Ce de la Tourette ou ce de Rais: des seigneurs-soigneurs chacun à leurs façons, l'un vaut l'autre. Il existe un pays où on empaille les gilles. Oui, je suis emmerdé par ce que tu m'as fait entendre musicien, parce que ton entendement est vaste ET inconfortable. Vous m'avez mis en mouvement, poëte, je tourne en rond. Et cette méthode, cette méthode... Bon, "salopard", c'est mieux que cette salopette que je me colle pour du fric.

Vous punaisez à raison ce vieux prénom de défroqué: je suis un Théo sans Vincent, moi! Théo a choisi le confort du logis. Le chansonnier a raison mais faut vivre ici, maintenant et ensemble.

On fait quoi de ce grand écart, poète??? Relâchement? Exercice de style? Non, lâcheté quotidienne.

Un Théo parmi d'autre vous salue.



Théo,

Je retiens de ton message un mot, un seul, «inconfortable», naturellement. S'il n'est pas dans cette couleur, l'artiste n'est pas. Il n'est qu'un informulé, l'inconfortable. Celui qui me regarde il s'en sort comme il peut. Moi, dans mes jours à venir, j'entasse du futur et chante le désespoir cet enfant de panique, une lueur synonyme. Salut.

Léo



Yes monsieur, « inconfortable», naturellement.
Comme ce coffret où s'entassent tes sons.
Comme cette boîte où travaillent mes potes.
Ce Barclay a de la classe pour emboîter la révolte.
Toi par exemple, mais aussi Fela Kuti …
Avais-tu le temps, c'est-à-dire l'envie, de le découvrir celui-là?
Même écurie. Rageur aussi. Mais africain.

La lâcheté est un sport d'endurance pour moi.
Merci de m'avoir donné honte de ma bassesse.
Merci d'avoir parlé du ventre des Espagnoles.

Théo.



Allez, comme ça, à la volée, pour faire un vers au bec
En guise de conclusion
Prends ta rime et fous-lui tes mecs dans ton jardin.

Léo