Claudia
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

Qui est le destinataire?

    Je suis une étudiante italienne et je dois faire une rédaction sur le grand Léo Ferré. Je voudrais avoir des informations sur sa poésie.. Qui est le destinataire, pourquoi a-t-il peur que le temps passe? Pourquoi a-t-il introduit des animaux dans le texte...

Merci beaucoup… j'attends une réponse

Claudia



Les femmes ne savent pas s’arrêter. C’est leur drame, et le nôtre, la réplique. Quand elles mettent le grappin sur un mec, c’est foutu. Elles l’assassinent à la fin. J’en ai connu une de ce calibre. Dix-huit ans de collage administratif, éparpillés dans la saleté des scènes de mariage, ces moments où c’est plus l’heure des bises dans le cou. Avec le temps, c’est elle, cette femme, cette salope invétérée. Avec le temps, c’est toi aussi.

Tu comprends? On ne rencontre jamais personne, on triche sur toutes les cartes. On bâtit des histoires impossibles et, un jour, on s’en va avec, dans le dos, le fracas de la chose qui s’écroule. Cette chanson je l’ai écrite en deux heures, et toute une vie. Pour arrêter une sale vérité. Avec le temps on n’aime plus. Et c’est pas grave. On oublie tout, sauf un dessus d’écume, le haut du panier. Et… tutto va bene. Je l’aime cette chanson. En même temps elle me sort par les trous de nez, mais indécollable. A la fin des années 80 je terminais mes concerts avec cette chanson. Je demandais aux spectateurs de partir, dans le silence, sans applaudissements. Aujourd’hui il ne reste plus que cette anecdote. Avec le temps n’est plus que ce procédé. Et chacun de raconter sa version, les poils dressés sur les bras, la gorge serrée, les larmes. C’était donc ça un concert: des gens qui venaient pleurer sur leur vie, sur leur temps loué, sur leurs ruptures canalisées. Lisez-moi dans le texte, débordez la marge. Circulez… avec le temps, y a rien à voir… circulez… col tempo, tutto se ne va… Cette femme si je devais la retrouver, je dégagerais de l’espace. Pour retrouver trois ou quatre personnes, quelques animaux, ma Pépée que tu iras chercher dans sa chanson. Je ne vais pas te raconter la première fois et le 7 avril de '68. Avec le temps il me faudrait rester sur une idée, je prendrai une femme imaginée, je l’engouffrerai de sang, son jardin ouvert la nuit pour mes emplettes, juste pour faire briller, un peu, son émeraude. Un instant, une petite éternité.

Baci, Claudia. A presto.

Léo