Galasso
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

Naissance d'une vocation

   

Je vous ai choisi car votre vie est passionnante vous avez plusieurs professions à la fois: vous êtes chanteur, auteur, compositeur et poète; j'ai lu vos poèmes, j'ai surtout bien aimé le poème «Avec le temps». Vous êtes l'exemple à suivre pour tous les compositeurs et chanteurs.

J'aimerais savoir comment vous avez su que votre vie serait consacrée à la chanson.



Une vie passionnante? Une vie qui s'est arrangée autour de ce mot-là, une passion, peut-être... Un mot passe-partout. Vous, vous la voyez passionnante comme vous parlez d'un film ou d'un spectacle. Je la vois autrement, du dedans, alors le registre change. Ma seule chance, ma vraie fortune, ça a été ma voix. J'ai écrit parce que j'avais de la voix. Si je n'avais pas été chanteur je n'aurais été rien. Surtout à cette époque de la mécanisation de la parole et de l'image. Il y a eu aussi la musique, Beethoven, et puis moi, à l'aiguillage de la chanson.

Un exemple? Moi, un exemple... Je corrige, je raye. Un artiste n'a pas à être un exemple. Vous vous rendez compte, quelqu'un à suivre, à imiter. Comme une sorte de tuteur accroché à un arbuste. Je suis dans mon ciel, simplement. Regardez-moi, suivez la course. Pas plus.

«Avec le temps»? Écoutez-la, vous avez raison... Mais écoutez une ou deux autres des trois cents chansons que j'ai écrites. Elle finit par me sortir des yeux. Dans mon ciel, je vous dis. Mais il faut le regarder en entier. Même si c'est impossible. Allez-y voir.

Ciao,

Léo.